samedi 18 septembre 2021

Dune

Fable écologique et odyssée politico-religieuse au long court, Dune est avant tout une chimère cinématographique sur laquelle bon nombre de scénaristes, producteurs et cinéastes se sont cassé les dents. 

Plutôt que d’opter pour une interprétation toute personnelle de l’œuvre de Franck Herbert comme le fit David Lynch en 1984, Denis Villeneuve opte pour une approche beaucoup plus prudente et fidèle au matériau d’origine en vulgarisant la trame mystique de l’auteur. Le résultat ? Un film qui simplifie à outrance les multiples intrigues de la saga littéraire (la mythologie autour de l'ordre du Bene Gesserit, les enjeux stratégiques autour du commerce de l'Épice ne sont que brièvement évoqués) pour rendre accessible à tous une saga foisonnante qui s’étendra sur plusieurs millénaires. 

Le réalisateur a donc fait des choix narratifs drastiques comme le fit Peter Jackson sur le Seigneur des Anneaux, pour engendrer ce que bon nombre de fans se désespéraient de voir un jour sur grand écran, une adaptation pétrie de sincérité qui mêle avec bonheur de spectaculaires séquences d’actions et des moments intimistes portés par une interprétation risquée sur le papier mais qui se révèle remarquablement pertinente à l’écran. Car mise à part Zendaya qui traverse le film comme si elle tournait une énième publicité pour un parfum de luxe (attendons les épisodes suivants pour juger de son rôle), tout le casting se montre à la hauteur des attentes de leurs personnages, Timothée Chalamet en tête. Potentiel tyran ou messie en devenir, il construit le personnage de Paul Atréides par petites touches et laisse entrevoir le fantastique potentiel du futur meneur des Fremen. 

Ce premier épisode pose les bases d’une histoire tentaculaire dont les suites dépendront de sa rentabilité financière et de l’intérêt du public pour un film spectaculaire et adulte aux ramifications multiples. Espérons que le public suivra la voie ouverte par Denis Villeneuve pour retourner sur Arrakis et chevaucher les vers des sables le plus vite possible.

samedi 28 août 2021

American Nightmare 5

Après la cellule familiale, la ville, le pays, la Purge s’étant maintenant au-delà des frontières des Etats Unis, entrainant dans son sillage les prémices d’une guerre civile et des mouvements de réfugiés vers les pays frontaliers, Canada et Mexique en tête. Et plus elle s’étend au fil des épisodes, moins cette Purge a de choses à nous dire. 

Après un quatrième épisode franchement décevant qui invoquait les origines de la Purge et mettait en avant des militants noirs des droits civiques, c’est maintenant au tour des immigrés mexicains d’avoir les honneurs de combattre les militants dégénérés d’un nouvel ordre raciste et nationaliste. 

Alors que les trois premiers épisodes invoquaient l’explosion de la cellule familiale, l’exploitation des pauvres par les riches, la manipulation politique et sociologique avec une nervosité et un sens aiguë de la mise en scène, cet ultime (?) opus se contente de creuser un sillon déjà largement exploité avec une ironie facile (les riches blancs américains se réfugient au Mexique pour fuir l’oppression) et une réalisation sans imagination alignant les passages obligés sans imagination (les déguisements des émeutiers n’ont jamais été aussi pauvres) jusqu’à un final sans surprise. 

La saga American Nightmare aurait pu s’arrêter aux trois premiers épisodes qui exploitaient pleinement le potentiel de la série avec une hargne bienvenue et décomplexée non dénuée d’une charge contre la société américaine, ses inégalités de classes et les violences qu’elles génèrent. Rien de tout cela dans cette Purge Sans limite, si ce n’est celles de la créativité.

samedi 21 août 2021

BAC Nord

Qu’est ce qui provoque ce sentiment de malaise après la vision de BAC Nord ? 

Certainement pas la réalisation nerveuse de Cédric Jimenez qui suit au plus prés ces flics des quartiers nord de Marseille aux méthodes peu orthodoxes quand ils ne sombrent pas franchement dans le racket et l’extorsion. 

Pas non plus l’interprétation de ce trio incarné par Gilles Lellouche à fleur de peau, François Civil tour à tour lunaire et exalté et l’excellent bien que discret Karim Leklou en père de famille tiraillé entre ses nouvelles responsabilités et son quotidien sur une corde raide. 

S’il n’échappe pas aux passages obligés des films de flics (le traditionnel barbecue entre collègues, la dispute entre membres du groupe, les tensions avec la hiérarchie), le scénario de BAC Nord arrive néanmoins à ne pas tomber dans les poncifs du genre (on s’attend à ce que le nouveau père de famille y passe en premier ou que l’indic d’Antoine soit retrouvées dans le coffre d’une voiture) en ne comptabilisant aucun mort de premier plan. Et pour cause, Cédric Jimenez s’empare d’un fait divers survenu en 2012 pour suivre pas à pas la descente aux enfers de ces policiers peu scrupuleux. Et c’est là que le bat blesse. 

Le film s’ouvre sur un avertissement spécifiant que bien que basé sur un fait réel, l’histoire se dédouane de ce scandale pour ne se concentrer que sur la partie fictionnelle. Ce qui n’empêche pas le réalisateur de nous raconter ce que sont devenus les principaux protagonistes de cette affaire quelques années après leurs arrestations. Du coup, on ne sait plus ce que l’on regarde, un pur film d’action rondement mené n’ayant qu’un lointain rapport avec la réalité ou la propre version du réalisateur de cette condamnation ? La vision qu’il donne des quartiers nord contrôlés par des bandes de criminels masqués tout droit sortis d’un univers post apo correspond il à la réalité ou n’est ce qu’un trait forcé pour les besoins de l’histoire ? 

En refusant de se positionner comme une pure fiction ou une mise en lumière d’un fait divers, BAC Nord sème le doute. Là où les Misérables de Ladj Ly (avec qui BAC Nord entretient de nombreux points communs, l’assaut de l’immeuble en premier lieu) utilisait clairement la fiction pour raconter le réel, là où le récent Désigné coupable de Kevin Macdonald braquait le projecteur sur une affaire judiciaire avec une approche sciemment documentaire, BAC Nord reste le cul entre deux chaises, se dédouanant de la réalité tout en collant aux faits jusqu’à suivre le devenir des présumés coupables pour mieux enfoncer le clou. 

A tout prendre, il aurait été préférable de s’en tenir à un film policier tendu et parfaitement maitrisé en laissant de coté les protagonistes réels de l’affaire, le message serait tout aussi bien passé et le film aurait gagné en efficacité ce qu’il perd en objectivité.

jeudi 29 juillet 2021

The Suicide Squad

Échaudés par la version pour la moins bancale de David Ayer, les fans de l’équipe de super héros la plus branque de l’univers DC et Marvel réuni attendaient cette nouvelle adaptation avec un mélange d’espoir et d’appréhension. Pari gagné pour James Gunn qui allie avec talent la hargne et l’esprit provocateur de l’écurie Troma (rappelons qu’il a commencé sa carrière de réalisateur avec Troméo et Juliet et signé le génial Horribilis) et un sens inné du film chorale (Les Gardiens de la Galaxie reste à ce jour l’une des plus belles réussites des transpositions Marvel à l’écran). 

Le réalisateur donne le ton dés la scène d’introduction en massacrant une bonne moitié de son casting et les deux heures suivantes seront à l’avenant, un mélange de gore décomplexé, d’humour incorrect et d’action débridée. The Suicide Squad est bien l’adaptation que l’on attendait de cette bande de psychopathes en puissance dont, et c’est une surprise, Harley Quinn se trouve être le personnage le moins intéressant. Cela montre surtout tout le soin apporté à chaque protagoniste servi par des dialogues savoureux et des punchlines comme s’il en pleuvait. 

Avançant sur la corde raide avec des ruptures de ton risquées d’un point de vue narratif, The Suicide Squad ne cesse d’adresser des clins d’œil complices au spectateur sans perdre de vue sa fonction première, agrémenter un spectacle bourrin et délicieusement régressif d’un sous texte politique sans concession vis-à-vis de la politique extérieure des États Unis. 

Jusqu’à un final forcément excessif dans sa démesure qui, s’il ne constitue pas la meilleure partie du film, participe au chaos d’un film qui fait la part belle aux losers. Et c’est peut-être le principal message du film qui, entre Superman et un homme requin a clairement choisi son camp.

 

mercredi 21 juillet 2021

Titane

Un accident de voiture doublement traumatisant (c’est papa au volant), une plaque de titane vissée sur le crâne, il n’en faut pas plus (mais pas moins) pour transformer une horripilante gamine en danseuse mutique et tueuse en série à ses heures perdues. Alors lorsqu’elle croise le chemin d’un père à la recherche de son fils disparu depuis dix ans, les choses prennent une tournure pour le moins inattendue. 

Qui trop embrasse mal étreint. On connaissait les qualités de mise en scène et les références au cinéma de genre de Julia Ducournau depuis son premier film, Grave, l’histoire limpide, certains diront simpliste, du réveil à la sexualité d’une jeune fille dont la vraie nature issue d’une longue tradition familiale s’avère pour le moins complexe à gérer. Des références, Titane en regorge. On y croise pèle mêle Crash pour la symbiose entre la chair et le métal, Baby Blood pour la grossesse monstrueuse, Martyrs pour le massacre collectif et le giallo en général pour les meurtres à l’arme blanche et son gout prononcé pour les lumières colorées. Pour ce qui est de la lisibilité de la trame, c’est une autre histoire. 

Passant d’une piste à l’autre et multipliant les directions narratives, la réalisatrice s’amuse à mélanger les genres (hyper féminisée au début, Alexia se voit progressivement dépouillée de tous ses attributs féminins, au sens figuré comme au sens propre) et les représentations sexuelles (des femmes alanguies nettoyant des voitures en maillot de bain devant le regard bovin des mâles hétéros jusqu’à l’imagerie porno gay du bal des pompiers et la dance lascive d’Alexia redevenue femme sous les regards désapprobateurs de ses camarades de caserne). 

Bourré d’allégories et d’interprétations possibles que l’on se fera un plaisir de commenter un verre de Spritz à la main, Titane n’a de cesse de dérouter. Formellement maitrisé et impeccablement filmé malgré une musique beaucoup trop démonstrative, alors que l’usage des chansons illustre parfaitement le propos du film, Titane explore trop de pistes qu’il laisse en chemin en compagnie d’un spectateur rapidement perdu. Alors oui les scènes pensées pour être choquantes le sont, mais on est loin de la dépravation morale et physique d’un Golden Glove ou Henry, portait d’un serial killer pour ne citer qu’eux. 

Julia Ducournau n’est pas David Cronenberg et, outre le mérite de sortir un film comme celui-ci en France et de se faire reconnaitre par ses pairs, force est de constater que la magie n’opère pas. Grand film malade ou exercice de style un peu vain et poseur, le temps fera son œuvre d’oubli ou de réhabilitation. Mais quoiqu’il en soit on sera là pour le prochain film de Julia Ducournau.

samedi 17 juillet 2021

Désigné coupable

Désigné coupable, présumé innocent, c’est là tout le travail, et la vie, de l’avocate Nancy Hollander dont le personnage entretient plus d’une similitude avec le militantisme revendiqué de Jodie Foster elle-même. Alors lorsque le cas de Mohamedou Ould Slahi, détenu arbitrairement à Guantánamo au lendemain du 11 septembre lui passe entre les mains, elle y voit une occasion supplémentaire d’étriller le gouvernement américain et sa vision toute particulière de la justice envers les présumés terroristes. 

L’affaire prendra une ampleur qui se révèle véritablement dans la seconde partie du film qui passe alors d’une histoire de procès avec les traditionnelles relations entre avocat et suspect, à la révélation brutale des conditions dans lesquelles l’armée américaine a soutiré des aveux sous la torture à des prisonniers oubliés du reste du monde. 

Porté par un Tahar Rahim solaire malgré le destin tragique de son personnage et par une Jodie Foster glaçante de professionnalisme qui ne laisse transparaitre qu’une infime faille dans sa carapace, Désigné coupable évite avec succès les écueils du manichéisme et passe du solide film de procès à un brûlot sans concession contre des méthodes expéditives que n’aurait pas renié Jack Bauer. Solide, touchant et efficace à défaut de révolutionner le genre.

mardi 13 juillet 2021

Benedetta

Le doute et la croyance. 

Croire en Dieu, croire en Benedetta, croire au cinéma de Paul Verhoeven au point de le suivre dans tous ses excès, lorsque le ridicule tutoie le sublime à la manière d’un Dario Argento sur le tournage de Mother of Tears. Croire enfin parce que le cinéaste atteint une forme de sérénité avec la mise en scène de la vie de Benedetta Carlini au XVII ème siècle, dans une Italie ravagée par la superstition et la peste noire. 

Pour la première fois chez Paul Verhoeven le sexe n’est plus considéré comme une arme, un instrument de domination ou de manipulation comme il pouvait l’être dans la Chair et le Sang, Showgirls ou Basic Instinct, mais comme l’expression la plus pure du plaisir féminin, un plaisir qui ne doit sa subversion qu’à l’endroit où il s’exerce, les murs épais et empreint de duperie d’un couvent de Toscane. 

Jamais Benedetta n’apparait plus naturelle que lors des scènes saphiques, dépouillée de ses vêtements sacerdotaux, de sa bigoterie et de sa duplicité. Car tout empreint d’apaisement qu’il puisse être, le nouveau film du cinéaste hollandais n’en demeure pas moins une charge violente contre les institutions catholiques et leurs guerres de pouvoir, l’appât du gain et leur hypocrisie. Le réalisateur tire à boulets rouges sur l’Église mais respecte les croyants comme en témoigne cette fin ouverte et ce refus du jugement sur cette figure trouble qui oscille en permanence entre manipulation et ferveur religieuse sans que l’on ne sache jamais de quel côté la situer. 

Les soins apportés aux décors et à la reconstitution historique n’ont rien à envier à une distribution trois étoiles avec une flopée de seconds rôles (Olivier Rabourdin, Lambert Wilson délectable dans le rôle du Nonce) servis par des dialogues savoureux. En équilibre permanent entre un mauvais goût assumé (les apparitions de Jésus, les saillies d’une Virginie Efira au bord de l’Exorcisme) et une tension palpable (les guerres de pouvoirs au sein du cloitre), Paul Verhoeven dresse un nouveau portrait de femme hors norme qui se bat avec ses propres armes contre une société castratrice. 

Agnès, Nomi Malone et Catherine Tramell s’en frottent déjà les mains.