lundi 31 octobre 2011

Les Aventures de Tintin : le secret de la Licrone

Steven Spielberg à la réalisation + Peter Jackson à la production + Hergé comme source d’inspiration, c’est peu dire que cette nouvelle adaptation de Tintin sur grand écran est née sous une bonne étoile. Ce projet, Steven Spielberg y pense depuis des années. Il lui faudra attendre les avancées technologiques suffisantes et la motion capture pour pouvoir enfin donner vie à sa vision de ce héros de papier. Car il ne faut pas s’y tromper, avec ces Aventures de Tintin, nous sommes davantage chez Spielberg que chez Hergé.

Puisant dans pas moins de trois albums (Le Crabe aux pinces d’or, Le trésor de Rackam le Rouge et le Secret de la Licorne), le film se vit comme une succession d’aventures qui emmènent les protagonistes aux quatre coins du monde dans une course effrénée au trésor. Une course presque trop effrénée d’ailleurs, qui laisse peu de place au répit et encore moins à toute trace d’émotion. Car si le rythme ne faiblit pas une seule seconde, que l’animation n’a jamais était aussi fluide et que les scènes d’actions sont toutes plus impressionnantes les unes que les autres, les personnages, en particulier celui de Tintin, souffrent d’un vide émotionnel dont l’origine se trouve d’ailleurs dans les albums d’Hergé. Tintin est un être sans aspérité, pratiquement asexué, d’une humeur égale, un personnage qui ne se révèle que dans la succession d’aventures auxquelles il se trouve mêlé. Spielberg respecte en cela les personnages d’Hergé et transforme le jeune reporter en une sorte d’Indiana Jones européen, en plus lisse et pour tout dire moins intéressant.

Malgré cela, le film force l’admiration par sa réalisation, ses performances techniques et la multitude de scènes de bravoure qui s’enchainent à un rythme incroyable. Bien que prenant quelques libertés avec les albums en question (de nombreuses scènes, comme par exemple le violent combat de grues opposant le Capitaine Haddock à Ivanovich Sakharine, n’y figurent pas) et l’imaginaire même d’Hergé (les morts sont beaucoup plus nombreux et visibles que dans les histoires initiales), Spielberg parvient à réaliser un film relativement fidèle aux personnages tout en y apposant sa marque. On pourra ainsi s’amuser à noter les multiples renvois à sa filmographie qui parsèment le film. Le combat dans le paquebot en pleine tempête n’est pas sans rappeler une scène des Aventuriers de l’Arche Perdu, la houppette de Tintin qui fend la surface de la mer quand il s’approche de l’hydravion ressemble fort à un clin d’œil aux Dents de la Mer, quand à la poursuite en side car dans les rues de la ville, elle fait irrésistiblement penser à La Dernière Croisade.

Les Aventures de Tintin : le secret de la Licorne est donc un spectacle réussi, surement trop foisonnant et rapide pour satisfaire pleinement les puristes tintinophiles mais c’est peut être la condition nécessaire pour conquérir le public américain à la cause du petit reporter belge. On peut aussi se reposer les yeux en se replongeant dans la magie des albums d’Hergé.

dimanche 23 octobre 2011

Polisse

Habituée au film choral, Maïwenn se penche cette fois sur le quotidien des policiers de la Brigade de Protection de l’Enfance. Ils sont neuf, hommes et femmes aux personnalités marqués, tour à tour agaçants, attachants, exaltés ou écœurés par un métier hors du commun.

Car la réalité des membres de la BPE est loin de celle des flics habituellement mis en scène au cinéma. Chaque jour, ils sont confrontés à des viols d’enfants, des incestes, des enlèvements ou de l’esclavage. Face à cette réalité terrible, chacun réagit à sa façon, avec des répercussions inéluctables sur leurs vies privées.

Avec Polisse, Maïwenn frappe fort car elle frappe juste. Il aurait été facile de tomber dans le voyeurisme ou le misérabilisme avec un tel sujet. La réalisatrice évite avec élégance tous ces écueils en marquant à la culotte un groupe incarné par des comédiens d’une rare justesse. Pas de prise de position, peu de scènes d’actions, pas de pathos exagéré, les situations mises en scènes parlent d’elles même. Maïwenn va même jusqu’à traiter par l’humour une situation dramatique quand une jeune fille explique le plus naturellement du monde devant l’équipe hilare qu’elle a sucé des garçons pour récupérer son portable, parce que tout de même, « c’était un beau portable ». La tension supportée quotidiennement par ces policiers est gérée différemment par chacun mais elle a toujours des conséquences sur leur vie privée. Et quand elle éclate, cela donne des scènes d’une force incroyable, comme cette dispute homérique entre Karin Viard et Marina Foïs, ou la confrontation entre un père arabe traditionaliste et Naidra Ayadi.

Porté par une tension et une énergie qui ne faiblit pas un seul instant quand nous partageons le quotidien de la BPE, le film s’essouffle quand il s’agit de traiter des histoires amoureuses qui viennent se greffer sur l’histoire, particulièrement celle entre Maïwenn et Joey Starr. Pour dire les choses comme elles sont, chaque apparition de Maïwenn en tant qu’actrice plombe le film. De même, la scène de la discothèque est trop longue et coupe le rythme qui ne laissait jusque là pas un seul moment de répit au spectateur.

En dehors de cela, Polisse est une vrai réussite, une claque sans aucun artifice dont on sort en ne sachant pas trop s’il est porteur d’espoir ou au contraire si le film est le constat sans appel d’une souffrance d’autant moins acceptable qu’elle prend pour cible des enfants.

mercredi 12 octobre 2011

Drive

Rarement un film aura autant mérité le prix de la mise en scène à Cannes que Drive. Après des débuts aussi intéressants qu’inégaux, Nicolas Winding Refn livre un film dont chaque scène semble avoir été pensée en termes esthétiques tout en servant admirablement l’histoire qu’il raconte.

Cette histoire, c’est avant tout celle d’une rencontre entre un jeune homme froid et taciturne et une jeune mère de famille qui ne demande qu’à tomber amoureuse. Même si Drive brasse des thèmes aussi diverses que le film de gangster, la vengeance, le film de poursuite, c’est avant tout d’une histoire d’amour tragique dont il est question.

Le réalisateur qui semble chérir les personnages peu expansifs filme avec brio toute une galerie de personnages au milieu desquels se détache un Ryan Gosling impressionnant de sobriété et d’humanité cachée. Alors qu’il ne prononce que peu de mots, ses accès de violence n’en sont que plus crédibles et effrayants. Face à lui, Carey Mulligan campe une jeune femme loin des canons esthétiques des films de genre, à la fois fragile et déterminée à élever seule son petit garçon. Le reste de la distribution est tout aussi impressionnant, entre un Brian Cranston dont le talent n’est plus un secret depuis son interprétation vertigineuse dans la série Breaking Bad, Albert Brooks en mafioso redoutable et un Ron Perlman autrement plus intéressant que dans le récent Conan.

Drive est donc un film beau et intelligent porté par une bande son décalée et une photo superbe, une histoire qui semble suivre les sentiers mille fois empruntés du film de gangster pour mieux bifurquer là où on ne l’attend pas, vers la rencontre d’un homme et d’une femme qui auraient pu vivre heureux ensemble si les vents contraires de leurs destins ne les en empêchait.

Après Bronson et sa trilogie Pusher, Nicolas Winding Refn entre enfin dans la cour des grands sans renier les thèmes qui lui sont chers (les personnages atypiques, la description de microcosmes en marge de la société, la solitude, l’engrenage de la violence). La suite nous montrera s’il saura renouveler ce coup de maitre.