samedi 2 mai 2026

Hokum

Avant même de se rendre en Irlande pour disperser les cendres de ses défunts parents, Ohm Bauman est en proie à d’étranges visions alors qu’il écrit la fin de son dernier roman. Les différents protagonistes croisés aux alentours d’une auberge réputée hantée par une mystérieuse sorcière vont constituer pour lui les pièces d’un puzzle dont la révélation finale, mêlant culpabilité personnelle, folklore local et machination criminelle, va le précipiter au bord de la folie. 
C’est d’ailleurs la principale force du troisième long métrage de Damian McCarthy que de mêler le lourd secret d’un romancier miné par son passé avec les agissements de personnages peu recommandables et une horrible légende de plus en plus palpable pour en tirer un film à l’atmosphère trouble et à de multiples reprises franchement effrayant. 
Jouant à fond sur les effets visuels, et notamment le hors champs et les ténèbres, et auditifs avec une bande son savamment travaillée, le réalisateur apporte un soin tout particulier à son environnement et aux décors pour créer une atmosphère propice à installer ce climat de terreur d’autant plus progressif que le romancier interprété par Adam Scott progresse dans une enquête où se mêlent passé et présent, menace réelle et peur fantasmée, matérialisation de sa propre culpabilité et folklore horrifique. 
Déjouant les codes usuels de mise en scène et de progression du récit par des ruptures de tons parfois déconcertantes (le romancier Ohm Bauman met plusieurs minutes pour dévisser une plaque rivée au mur afin de s’enfuir avant de buter sur la dernière visse et d’abandonner son projet), Damian McCarthy clôt son intrigue par une vision infernale que n’aurait pas renié Dario Argento pour sa trilogie des Mères.
Soigné dans sa mise en scène, sa direction artistique et son écriture, jouant autant sur une atmosphère d’angoisse que sur des jump scares parfois convenus, Hokum nous emmène par petites touches parfois imperceptibles (le reflet d’un visage blême sur une vitre) vers un cauchemar païen et un voyage intérieur pour un homme miné par le remord et en quête d’une rédemption aussi douloureuse que salutaire.