samedi 6 juin 2026

Saccharine

Etudiante en médecine mal dans sa peau, Hana est tiraillée par des injonctions permanentes à la minceur, aux canons de beauté et une attirance trouble pour sa prof de gym. Elle met ce malaise sur le compte de quelques kilos en trop qu’une pilule miracle conseillée par une amie a tôt fait de faire fondre comme neige au soleil. 
Lorsqu’elle découvre que le principe actif n’est rien d’autre que de la cendre humaine, Hana réalise aussi qu’entre les cadavres mis à leur disposition pour leurs exercices de dissection et le four crématoire de l’école, elle possède tout ce qu’il faut pour se fabriquer ses propres remèdes aux kilos non désirés. Jusqu’à ce qu’une présence mystérieuse commence à la hanter et bascule son quotidien dans un cauchemar éveillé. 
Plus proche du film de fantôme que du body horror, Saccharine creuse la voie thématique ouverte par The Substance de Coralie Fargeat tout en se réclamant sans le dire de la filiation direct du It Follow de David Robert Mitchell. De solides modèles donc pour un film qui aspire pourtant à trouver sa propre personnalité avec une économie de moyen qui n’entrave en rien sa singularité. 
Un poil trop long dans sa première partie, Saccharine entremêle une imagerie organique et alimentaire pour servir un discours parfois labyrinthique sur le dictat de la minceur, les addictions alimentaires et les liens étroits entre le corps et la psyché. Les parents d’Hana illustrent d’ailleurs à leur manière les origines de ce trouble avec une mère dans le contrôle permanent de son corps et de son environnement proche et un père adepte du renoncement dont on taira l’apparence physique pour ne pas déflorer l’intrigue. 
C’est d’ailleurs le générique de fin qui résume le mieux le parti pris du film en mêlant les corps et la nourriture dans un débordement de chairs, de sucre et de graisse en gros plans symbolisant le plaisir autant que l’aliénation. Après une première partie d’exposition et de distillation d’un malaise prégnant, la réalisatrice Natalie Erika James accélère le rythme jusqu’à la seule conclusion logique mariant chair et nourriture. 
Sur le fond comme sur la forme Saccharine ne réinvente rien mais trace sa propre voie avec un ton singulier et une actrice principale, Midori Francis, habitée par son rôle.