jeudi 21 janvier 2010

Le livre d'Eli

Les films post apocalyptiques semblent revenir à la mode depuis quelques temps.
De Terminator Renaissance en passant par La route, dont l’univers est très similaire à celui du Livre d’Eli, et en attendant Fury Road, la désolation post nucléaire occupe une bonne partie des écrans, avec plus ou moins de bonheur.
Pourtant, ce Livre d’Eli ne se contente pas d’être un simple film d’action mais propose une approche inédite de ce type d’histoire.
A la confluence de multiples influences, anticipation donc mais aussi western et quête initiatique, le film des frères Hughes dénote aussi bien par le traitement de l’image que par les thèmes abordés.
Dès le premier plan, nous sommes plongés dans un monde ravagé par le biais d’une photographie magnifique aux tons délavés. Les couleurs oscillent entre le marron et le gris, et de multiples plans larges nous font découvrir d’immenses paysages dévastés jonchés de carcasses de voitures abandonnées, de villes désertées depuis des années. Les réalisateurs nous font suivre les pas d’Eli, un homme taciturne qui marche vers l’Ouest. Guerrier accompli et au demeurant indifférent au sort de ses semblables, il constitue un improbable croisement entre le Pale Rider de Clint Eastwood et le Mad Max de Georges Miller. Eli transporte un livre mystérieux vite convoité par Carnegie qui règne d’une poigne de fer sur un semblant de ville reconstituée et peuplée d’une faune peu recommandable.
Car, et c’est une constante dans ce type de film, en l’absence de règle, d’autorité et de tout ce qui constitue une société, l’homme redevient, au sens propre comme au figuré, un prédateur pour son semblable. Au milieu de cette violence, Eli marche inexorablement vers ce qui semble être sa destinée, animé par une volonté et une force quasi divine.
La démarche des frères Hughes de mettre le religieux au cœur de leur histoire est risquée. Il est tentant de voir en Eli un intégriste ne reculant devant aucun sacrifice pour remplir à bien sa mission. Sobrement interprété par un Denzel Washington pourtant peu habitué à ce type de personnage, Eli est investi d’une mission sacrée, celle de protéger et de transmettre la parole de Dieu. Les athées se demanderont si une telle chose est bien souhaitable et s’il ne serait pas plus sage de repartir de zéro. Carnegie ne s’y trompe pas, lui qui voit dans la Bible une arme de manipulation extrêmement puissante. Alors qu’il réussit enfin à s’en emparer, il découvre horrifié qu’il ne peut le lire, tout comme les non croyants ne peuvent voir Dieu.
Les références bibliques sont d’ailleurs nombreuses et l’ont peut voir l’apocalypse nucléaire comme une allégorie du jugement dernier. L’Enfer est désormais sur Terre et Eli est l’un des derniers prophètes qui protège la parole divine.
Formellement, le film est une réussite. Les réalisateurs montrent une réelle maitrise lors des scènes d’actions et de combat, notamment lors de l’attaque de la maison durant laquelle ils nous offrent des plans acrobatiques tout en gardant une parfaite lisibilité de l’action. La rencontre d’Eli et de Solara avec les habitants de la maison est d’ailleurs un model du genre. On passe en quelques minutes du comique à l’horreur lorsque les deux voyageurs découvrent leur secret, puis à l’action pure quand débarque Carnegie et ses sbires.
Il ne manque donc pas grand-chose pour que le Livre d’Eli soit une réussite majeure. Le seul point faible du film est surement le personnage de Solara interprétée par Mila Kunis. Ses vêtements branchés et sa démarche pimpante dénotent dans cet univers de poussière et de sang. On l’imaginerait plus volontiers dans une comédie romantique ou dans un épisode de Sex and the city. La reprise du flambeau à la fin du film est d’ailleurs peu crédible.
On peut aussi déplorer que le potentiel de méchanceté et de folie de Gary Oldman et de Ray Stevenson n’ait pas été plus exploité.
Ceci étant, le livre d’Eli reste un film qui ose s’aventurer dans des voies inédites, quitte à provoquer la controverse, tout en nous offrant un spectacle de qualité, ce qui est déjà beaucoup.

dimanche 17 janvier 2010

Invictus

Le pardon et la rédemption ont toujours constitué des thèmes majeurs dans la filmographie de Clint Eastwood.
L’adaptation de Mystic River, et des œuvres plus personnelles comme Impitoyable, Gran Torino en sont les exemples les plus récents. Invictus se situe dans la droite ligne de ses précédents films et constitue une pierre supplémentaire dans une œuvre majeure et d’une rare cohérence.
Le film débute en 1994, l’élection de Nelson Mandela sonne le début d’une ère nouvelle pour l’Afrique du Sud. Après des années de prison, le leader noir n’a qu’un mot à la bouche, le pardon pour ses tortionnaires. Un pardon qui devra être partagé par tous et qui permettra au pays de se relever et de se reconstruire. Les tensions entre noirs et blancs restent cependant vives et s’expriment au travers de multiples scènes de la vie quotidienne. Le sport en est un exemple, comme en témoigne ce plan d’ouverture où l’on voit un groupe de blancs bien équipés s’entrainer au rugby alors que de l’autre coté de la route des jeunes noirs en haillons jouent au foot.
Fin stratège et visionnaire, Nelson Mandela pressent que le rugby et l’équipe nationale des Springboks, jusque là symbole de l’Apartheid, pourrait bien devenir un élément national fédérateur à l’occasion de la coupe du monde qui se déroula en Afrique du Sud en 1995. Il se rapproche alors de François Pienaar, capitaine de l’équipe et pur produit de l’Apartheid.
Invictus se rapproche davantage de Mémoires de nos Pères et Lettres d’Iwo Jima que de Million Dollar Baby. Le film privilégie en effet moins des destins individuels que l’histoire d’une nation. Une page de cette histoire nous est présentée ici par le biais de deux hommes, issus de milieux radicalement différents.
Nelson Mandela et François Pienaar n’avaient à priori rien en commun si ce n’est que l’un et l’autre incarnaient de façon symbolique les deux visages de l’Afrique du Sud des années 90. Le vieil homme noir, leader politique et ancien prisonnier va contribuer à transformer le jeune homme blanc, sportif élevé dans une tradition de séparation raciale. Ensemble, ils vont donner à tout un pays une raison de regarder dans la même direction, le temps d’une saison sportive.
Si le film de Clint Eastwood joue surement moins sur la corde sensible que ses précédents longs métrages, le réalisateur réussit cependant à combiner habilement le film sportif et la chronique politique sans sacrifier pour autant ses personnages. Encore une fois, tous les éléments sont rassemblés pour faire d’Invictus un film prenant et réussi. Une bande son impeccable, une direction d’acteur sans faille, une distribution intelligente et surtout, un réel intérêt porté aux personnages qu’il met en scène. Une fois de plus, Clint Eastwood signe un film maitrisé de bout en bout. Alors même que l’on connait le résultat du match de final, il réussit le pari de nous tenir en haleine et de faire de cette rencontre sportive une aventure avant tout humaine. Celle de deux hommes, de deux peuples qui se rapprochent un peu alors qu’ils se haïssaient quelques années auparavant. La personnalité exceptionnelle de Madela est incarnée par un Morgan Freeman habité par son rôle, tour à tour grave et souvent malicieux.
On pourra toujours reprocher au réalisateur quelques scènes un peu forcées lorsqu’à la fin du match des policiers blancs prennent des enfants noirs dans leurs bras, et que chacun s’embrasse dans la liesse la plus totale. C’est surement un peu trop, mais c’est aussi l’expression d’un homme qui croit encore, et de plus en plus en son prochain.
Chaque film en témoigne, chaque film confirme que Clint Eastwood est l’un des plus grands réalisateurs en activité. Vite, la suite !

jeudi 31 décembre 2009

Esther

Le pitch d’Esther repose sur un principe aussi simple qu’efficace. Une famille est menacée par un élément extérieur mais également très proche, en l’occurrence une enfant adoptée.
En mêlant les thèmes des enfants tueurs et du noyau familial progressivement détruit de l’intérieur, le réalisateur Jaume Collet Serra met toutes les chances de son coté pour obtenir une intrigue solide qui tienne en haleine le spectateur. C’est nécessaire pour aboutir à une histoire réussie, mais pas suffisant. Et en effet, la réussite d’Esther tient tout autant à une solide interprétation de l’ensemble du casting qu’à une réalisation qui donne aux personnages le temps d’exister.
Le film s’ouvre sur une scène d’accouchement onirique assez éprouvante qui matérialise les traumas de Kate, une jeune mère de famille qui vient de perdre son troisième enfant, mort né. Ce traumatisme n’est pas le seul puisque l’on découvre que ses penchants pour l’alcool ont failli causer la perte de sa jeune fille sourde muette. Avec John son mari, ils décident d’adopter un enfant pour combler un vide difficile à supporter. Dans un orphelinat, ils font la rencontre d’Esther, une fille russe de neuf ans et décident de l’accueillir chez eux. Le cauchemar commence.
Il est assez rare que des films reposant sur des rebondissements de plus en plus dramatiques prennent le temps de présenter les personnages principaux de façon crédible. C’est le grand mérite du film que de nous faire connaitre cette famille et les différents membres qui la composent, chacun ayant un traumatisme psychologique ou physique plus ou moins important et plus ou moins assumé.
Des personnages bien écrits et tout aussi bien interprétés sont la clef de voute d’une histoire réussie, le réalisateur le sait et prend le pari de nous convier à des scènes d’échanges non verbaux entre Kate et sa fille sourde muette. Le langage des signes instaure entre elles une complicité réelle et le fait que le spectateur n’en fasse pas parti renforce ce sentiment. C’était un pari osé dans un film que l’on pourrait penser plus formaté. De même, les échanges entre Kate et son mari sont constamment justes et le jeu de Vera Farmiga aussi crédible en mère qu’en femme ou en alcoolique (difficilement) repentie, impose à son personnage une épaisseur indispensable pour ancrer l’histoire dans une réalité crédible. La jeune Isabelle Furhman n’est pas en reste, imposant d’emblé sa beauté étrange au service d’un personnage trouble et inquiétant.
Au fur et à mesure que la tension se fait palpable et que l’histoire avance, les rebondissements se succèdent de plus en plus rapidement et forcement de manière assez attendue. On pourra trouver que Jaume Collet Serra use et abuse des effets de caméras les plus classiques dans les films d’épouvante. Caméra subjective fixée sur la nuque des protagonistes, effets de reflet dans les miroirs, porte vitrée de pharmacie qui se referme et laisse apparaitre un visage (ou pas !), le réalisateur connait tous les tours pour faire sursauter le spectateur ou créer une tension grandissante. Cela pourrait être répétitif ou abusif s’il ne les utilisait pas intelligemment, prenant souvent le spectateur à contrepied en faisant déboucher son effet sur… rien. Le plus gênant est surement la bande son qui, du même coup, impose des coups de violon soudain aux moments les plus oppressants, comme pour mieux souligner la tension de la scène.
Ceci mis à part, le personnage d’Esther, la déliquescence progressive de la famille Coleman et la révélation finale donne à ce film une dimension qui le différencie des multiples slashers produits ces deniers temps. Le point d’orgue est atteint dans une scène vénéneuse fleurant avec l’inceste lorsque Esther, maquillée outrageusement et vêtue d’une robe de soirée tente de séduite son père d’adoption.
Si le final du film n’échappe pas à la règle des rebondissements multiples et surement trop attendus, Esther reste un film réussi, réalisé par un cinéaste qui s’intéresse à ses personnages et qui leur donne toute l’opportunité d’exister pour notre plus grande satisfaction.

dimanche 20 décembre 2009

Avatar

Douze ans après Titanic, le nouveau film de James Cameron arrive enfin sur les écrans, précédé d’une réputation à la mesure de l’évènement annoncé, celui d’une révolution technique, pas moins.
Filmé et pensé en 3 dimensions, Avatar est en effet un prodige technique à la hauteur du talent d’un réalisateur aussi rare qu’attendu. Heureusement, le film n’est pas qu’une prouesse technologique.
Pendant deux heures quarante, de grosses lunettes en plastique sur le nez, nous voilà donc plongé au plus profond de la planète Pandora en compagnie des quelques terriens qui tentent de la coloniser, des Na’vis qui l’habitent, d’une faune et d’une flore qui défient l’imagination. Et c’est bien à une immersion complète que nous convie James Cameron, aidé en cela par une technologie 3D qui nous plonge littéralement dans un monde totalement imaginaire et construit de toute pièce.
Contrairement à nombre de films actuels pour lesquels la 3D n’est qu’un argument de vente utilisé lors de courtes séquences pour impressionner le spectateur à la manière d’un artifice de train fantôme, cette technologie prend ici tout son sens en nous invitant à découvrir un monde peuplé d’une multitude d’êtres vivants, un monde merveilleux, aussi beau que dangereux, où les Na’vi vivent en harmonie avec leur environnement.
James Cameron retrouve donc son talent toujours intact de raconteur d’histoire et renoue avec celui de réalisateur de scènes de guerre que l’on n’avait plus vu depuis Aliens. Que ce soit lors de batailles aériennes ou terrestres épiques, ou de promenades bucoliques en forêt, toutes les scènes spectaculaires d’Avatar dépassent ce que l’on avait pu voir jusqu’à présent. Les images de synthèse n’ont jamais été aussi fluides jusqu’à presque se faire oublier. Quand aux personnages des Na’vis, ils sont parfaitement caractérisés et il est difficile de résister aux charmes de Neytiri, alors qu’elle mesure deux mètres de haut et arbore une belle couleur bleue !
Et c’est là toute la force du réalisateur et de son équipe, celle de nous montrer des personnages écrits, étoffés, crédibles et donc immédiatement attachants. Car sans cette adhésion du spectateur aux protagonistes de l’histoire, toute cette débauche d’effets n’aurait donné qu’un spectacle vain et froid, une coquille vide. Mais James Cameron a pris le temps d’écrire son film, de donner une véritable identité à des personnages qui, humains ou artificiels, ont tous une réelle présence à l’écran.
Partant de ces considérations, Avatar aurait pu être un film parfait. Malgré ses multiples qualités et le spectacle ahurissant qu’il nous offre, le point faible du film réside surement dans l’histoire en elle-même.
Non pas qu’elle soit bancale ou qu’elle ne fonctionne pas, bien au contraire, elle fonctionne trop bien. En prenant pour point de départ un monde extra terrestre que des hommes cupides vont tenter d’envahir, le déplacement de populations indigènes vivant en harmonie avec la nature pour des raisons financières, en opposant scientifiques et militaires et en y ajoutant une histoire d’amour (un peu) contrariée, James Cameron reprend des thèmes archi connus et rabattus. Bien sur, et malheureusement, ces thèmes sont on ne peut plus d’actualité. Depuis l’époque du Far West jusqu’aux récents conflits au Moyen Orient, l’Homme, ici américain, a toujours provoqué des guerres pour s’approprier le bien d’autrui. A ce titre, Avatar n’est d’ailleurs rien d’autre qu’une version moderne des westerns, les Indiens étant remplacés par les Na’vis.
Alors oui, l’histoire se répète et il est toujours important qu’il y ait des gens pour nous le rappeler. Mais avec ce parti pris, le réalisateur choisit aussi de nous raconter une histoire sans surprise. Du conflit entre deux guerriers pour les yeux d’une belle princesse au retournement de situation lors de la bataille finale alors que tout semblait perdu, rien ne nous surprend et certaines scènes ont même un air de déjà vu.
Alors qu’il avait déjà montré avec Abyss un réel intérêt pour la dimension écologique dans ses films, le réalisateur semble pour Avatar avoir été très inspiré par Hayao Miyazaki, que ce soit au niveau des thèmes abordés comme de la structure de certaines scènes. Par exemple, la charge des animaux contre les soldats lors de l’attaque finale fait penser à Princesse Mononoke, alors que les montagnes volantes de Pandora renvoient directement au Château dans le ciel. Ceci dit, on pourrait trouver pire référence. James Cameron fait le pari risqué de nous présenter les Na’vis en complète osmose avec leur environnement naturel lors de scènes de transes ou de danses collectives qui auraient vite pu sombrer dans le ridicule ou renvoyer à des images de sectes d’illuminés post soixante huitards. Il n’en est rien et il faut tout le savoir faire du réalisateur pour nous faire accepter ce parti pris.
Même sous influences, Avatar reste avant tout un film de James Cameron. Le réalisateur retrouve d’ailleurs Sigourney Weaver, les Marines et les exo squelettes, d’ailleurs plus perfectionnés, d’Aliens. Avatar, outre les images superbes et les scènes époustouflantes qu’il propose, est en quelque sorte un condensé de l’énorme savoir faire de James Cameron. Il nous a montré avec Abyss l’importance de la dimension écologique dans ses films, il a révolutionné avec Aliens les scènes de guerres entre Marines et extra terrestres, et Titanic l’a presque fait assimiler à un réalisateur de film romantique. Avatar est un peu de tout cela, avec beaucoup d’effets en plus, un peu moins d’originalité dans l’écriture mais au final énormément de magie.

vendredi 11 décembre 2009

Soldat Bleu


Sand Creek le 29 novembre 1864. Une unité de 500 hommes de la cavalerie du Colorado attaque et massacre les 700 habitants d’un village cheyenne, pour la plupart des femmes et des enfants.
C’est cette histoire atroce que relate le film de Ralph Nelson. Un film coup de poing, magnifique et poignant, un western humaniste qui préfigure bien des années plus tard Danse avec les Loups de Kevin Costner.
Soldat bleu débute par le voyage de Kathy Maribel Lee, une jeune femme new yorkaise ayant passé deux ans parmi les cheyennes. Elle rejoint son fiancé escortée par des soldats qui transportent une cargaison d’or. Le convoi est attaqué par des indiens qui massacrent tout le monde, excepté la jeune femme et Honus Gent, un soldat novice.
Commence alors un long périple à pied à travers une nature sauvage pour les deux survivants qui apprennent à se connaitre, à surmonter leurs différences et finalement à s’aimer. Alors qu’ils rejoignent la civilisation, lui dans le camp des soldats et elle dans la tribu cheyenne, le détachement de cavalerie s’apprête à fondre sur le village.
L’attaque du convoi par les indiens est expliquée, mais non moins excusable, par la nécessité pour eux de se procurer de l’or afin d’acheter des fusils pour se protéger des hommes blancs. Douloureux paradoxe et situation imbécile que la présence et l’attitude belliqueuse des colons imposent aux natifs de cette terre qui deviendra les Etats Unis d’Amérique.
Ralph Nelson signe avec Soldat bleu un film à multiples facettes. Le voyage du jeune soldat et de cette femme hors norme est émaillé de scènes de comédie dues à leurs différences culturelles et idéologiques. Leur rencontre avec un trafiquant d’arme donne lieu à une chasse à l’homme haletante et si nous sommes bien dans un western comme en témoignent les scènes de fusillades et la somptueuse nature dans laquelle évoluent les protagonistes, c’est avant tout l’aspect humain, et parfois inhumain des personnages qui est au centre du film.
Au fur et à mesure qu’ils progressent, l’homme et la femme perdent peu à peu leurs vêtements qui tombent en lambeaux, déchirés par les ronces. La désagrégation de l’uniforme d’Honus Gent va de pair avec sa prise de conscience du rôle de l’armée américaine dans l’annexion de territoires qui ne sont pas les leurs. Ses idées préconçues partent petit à petit en morceaux au contact de Katy Maribel Lee et de ses idées humanistes. De son coté, alors qu’elle perd peu à peu ses atours de femme civilisée, c’est un érotisme sauvage qui émane du personnage magistralement interprété par la belle Candice Bergen. Elle campe une femme déchirée entre son fiancé qui est un étranger pour elle, et ce jeune soldat dont la conscience s’éveille peu à peu. Déchirée aussi entre sa condition de femme blanche et cette tribu cheyenne dont elle partage les valeurs mais dont elle sera à jamais étrangère.
Il y a un coté rousseauiste dans cette traversée d’une nature flamboyante où ces deux êtres cheminent cote à cote et s’aiment sans contrainte. Le retour à la civilisation marque la fin de ce beau et dangereux voyage, et le commencement du cauchemar.
L’attaque du village est l’une des scènes les plus marquantes, douloureuses et sauvages qu’il soit donné de voir. Mené par un colonel irresponsable, les soldats déchainent sur les femmes et les enfants une sauvagerie que seule la guerre, sans règle ni morale, peut permettre. L’image du drapeau américain piétiné par un cheval résume d’ailleurs tout à fait cette négation de toute valeur humaine.
Ralph Nelson réalise de main de maitre une séquence où l’on retrouve la maitrise d’un Sam Pekimpa et la démence des films d’horreur italiens. Il ne nous épargne rien et déroule pendant de longues minutes des scènes de décapitations, de viols, de mutilations en tout genre qui matérialisent tout ce que l’homme, en groupe et livré à lui-même, peu faire de pire à ses semblables. Sans aucune complaisance mais avec une maitrise totale de ce qu’il filme, le réalisateur nous jette au visage toute l’horreur de la guerre, de toutes les guerres et en particulier du sort qui fut réservé aux indiens d’Amériques.
Alors que le générique de fin retentit, toute la salle est silencieuse. Pendant quelques secondes, personne ne bouge, comme assommé par la puissance de ce film qui est surement l’un des plus beaux westerns jamais réalisé.

jeudi 3 décembre 2009

Copies (presque) conformes 5

Réalisé par Michel Blanc
Avec Daniel Auteuil, Stuart Townsend, Frances Barber
Interdit aux moins de 12 ans
Long-métrage français. Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h40 min Année de production : 1999
Distributeur : Pathé Distribution

Voilà une position peu habituelle pour l’acteur Daniel Auteil dont le nom figure en haut de l’affiche. Sa tête et son air étonné détonne avec sa position et donne à l’ensemble une tonalité de comédie, relayé par le titre. L’homme semble prisonnier des cuisses d’une femme anonyme et dans une mauvaise passe. La typographie du titre et la couleur blanche confirme qu’il ne s’agit pas d’un film trop grave mais bien d’une comédie dramatique. Les chairs sont bronzées et confèrent à l’ensemble une couleur chaude.


Réalisé par Larry Clark, Edward Lachman
Avec Adam Chubbuck, James Ransone, Tiffany Limos
Interdit aux moins de 16 ans
Long-métrage français, américain, néerlandais. Genre : Drame
Durée : 1h35 min Année de production : 2002
Distributeur : Pan Européenne Edition

L’affiche du film de Larry Clark a une connotation sexuelle évidente. La nudité de la femme est clairement exposé et l’attitude du jeune homme qui s’agrippe à ses cuisses ne laisse planer aucun doute quand à l’acte sexuel en cours. Il n’est fait aucune mention évidente des acteurs ni du réalisateur et le titre interpelle avec ses deux K qui se reflètent comme dans un miroir, symbolisant l’enfermement dans lequel les protagonistes du film évoluent. La couleur naturelle de la peau accentue le coté réaliste du film.


Verdict : deux affiches volontairement provocantes et qui interpellent. Les positions des hommes, la tête entre les cuisses d’une femme, renvoient autant à l’acte sexuel qu’à l’enfantement. De par ses couleurs et sa mise en scène, l’affiche de Ken Park revendique et assume beaucoup plus sa position que celle de Mauvaise Passe.

mercredi 2 décembre 2009

Kinatay


Brillante Mendoza part d’un fait divers sordide pour nous convier à un voyage au bout de l’horreur. Durant une longue nuit, nous suivons Peping, un jeune étudiant en criminologie qui, pour gagner un peu d’argent, traine avec un gang de Manille. Il se retrouve embarqué, et nous avec lui, dans une expédition punitive visant une prostituée junkie qui doit de l’argent à un parrain local.
S’en suit alors un douloureux chemin de croix pour les victimes de ce meurtre horrible. Et ces victimes sont tout autant la prostituée Madonna que le jeune Peping qui perd alors son innocence en même temps que sa dignité et son intégrité.
Dés le début du film, le réalisateur fait reposer sa mise en scène sur une immersion totale du spectateur. Immersion au milieu de la foule de Manille, au sein d’une famille dont nous partageons un moment de bonheur lors du mariage de Peping. Et immersion quand le réalisateur nous enferme avec le jeune homme dans un van, entre la victime et ses agresseurs. Pour ce faire, Brillante Mendoza use aussi bien d’une caméra portée en constant mouvement que d’une bande son qui restitue en les amplifiant tous les bruits des scènes auxquelles nous assistons.
Après une journée ensoleillée et heureuse, la longue nuit de cauchemar peut commencer. Et l’horreur ne réside pas seulement dans le viol, le meurtre et le démembrement de Madonna, mais commence par un interminable trajet en voiture, prélude des atrocités à venir. Et elle se conclut par le sort réservé à son corps, éparpillé tout au long du chemin, ainsi que par le visage ravagé du jeune Peping changé à jamais.
Plusieurs fois, le jeune homme hésite à prendre la fuite avant d’être rappeler à l’ordre par un message sec sur son portable. Ce sont autant de portes de sortie que semble nous tendre le réalisateur en nous faisant comprendre que nous aussi nous pouvons partir, ne pas assister jusqu’au bout à ce qui va suivre. Pourtant, comme Peping, par curiosité, par lâcheté, nous restons assis, redoutant le pire mais ne faisant rien pour y échapper.
Car c’est bien dans une position de témoin que nous place le réalisateur au travers des yeux de Peping (Peping – Peeping – Peeping Tom = voyeur). Contrairement à nombre de film de torture à la mode (Saw et compagnie), Brillante Mendoza ne nous impose pas de façon frontale et complaisante les actes de barbarie qui se déroulent dans la maison. Nous ne faisons que les entrevoir, toujours par le biais de Peping, ou les entendre au travers des cris de Madonna. Le reste, il nous laisse l’imaginer ce qui est mille fois pire.
Outre la peinture sociale d’une certaine frange de la population philippine gangrénée par la corruption (les tueurs sont des policiers véreux), la violence et la pauvreté, c’est surtout un miroir difficilement supportable de l’âme humaine dans ce qu’elle a de pire que nous tend le cinéaste. Que ce soit du point de vue des tueurs pour qui leur victime n’a même plus le statu d’être humain, ou de Peping qui assiste impuissant à tout cela, le film nous met dans la position du jeune homme et nous force à nous poser toujours la même question, et nous, qu’aurions nous fait à sa place ?
Il est clair qu’un film comme Kinatay ne peut que diviser. On accepte de rentrer dans le van avec les bourreaux ou l‘on part dès le début car ensuite, plus question de reculer.