dimanche 20 décembre 2009

Avatar

Douze ans après Titanic, le nouveau film de James Cameron arrive enfin sur les écrans, précédé d’une réputation à la mesure de l’évènement annoncé, celui d’une révolution technique, pas moins.
Filmé et pensé en 3 dimensions, Avatar est en effet un prodige technique à la hauteur du talent d’un réalisateur aussi rare qu’attendu. Heureusement, le film n’est pas qu’une prouesse technologique.
Pendant deux heures quarante, de grosses lunettes en plastique sur le nez, nous voilà donc plongé au plus profond de la planète Pandora en compagnie des quelques terriens qui tentent de la coloniser, des Na’vis qui l’habitent, d’une faune et d’une flore qui défient l’imagination. Et c’est bien à une immersion complète que nous convie James Cameron, aidé en cela par une technologie 3D qui nous plonge littéralement dans un monde totalement imaginaire et construit de toute pièce.
Contrairement à nombre de films actuels pour lesquels la 3D n’est qu’un argument de vente utilisé lors de courtes séquences pour impressionner le spectateur à la manière d’un artifice de train fantôme, cette technologie prend ici tout son sens en nous invitant à découvrir un monde peuplé d’une multitude d’êtres vivants, un monde merveilleux, aussi beau que dangereux, où les Na’vi vivent en harmonie avec leur environnement.
James Cameron retrouve donc son talent toujours intact de raconteur d’histoire et renoue avec celui de réalisateur de scènes de guerre que l’on n’avait plus vu depuis Aliens. Que ce soit lors de batailles aériennes ou terrestres épiques, ou de promenades bucoliques en forêt, toutes les scènes spectaculaires d’Avatar dépassent ce que l’on avait pu voir jusqu’à présent. Les images de synthèse n’ont jamais été aussi fluides jusqu’à presque se faire oublier. Quand aux personnages des Na’vis, ils sont parfaitement caractérisés et il est difficile de résister aux charmes de Neytiri, alors qu’elle mesure deux mètres de haut et arbore une belle couleur bleue !
Et c’est là toute la force du réalisateur et de son équipe, celle de nous montrer des personnages écrits, étoffés, crédibles et donc immédiatement attachants. Car sans cette adhésion du spectateur aux protagonistes de l’histoire, toute cette débauche d’effets n’aurait donné qu’un spectacle vain et froid, une coquille vide. Mais James Cameron a pris le temps d’écrire son film, de donner une véritable identité à des personnages qui, humains ou artificiels, ont tous une réelle présence à l’écran.
Partant de ces considérations, Avatar aurait pu être un film parfait. Malgré ses multiples qualités et le spectacle ahurissant qu’il nous offre, le point faible du film réside surement dans l’histoire en elle-même.
Non pas qu’elle soit bancale ou qu’elle ne fonctionne pas, bien au contraire, elle fonctionne trop bien. En prenant pour point de départ un monde extra terrestre que des hommes cupides vont tenter d’envahir, le déplacement de populations indigènes vivant en harmonie avec la nature pour des raisons financières, en opposant scientifiques et militaires et en y ajoutant une histoire d’amour (un peu) contrariée, James Cameron reprend des thèmes archi connus et rabattus. Bien sur, et malheureusement, ces thèmes sont on ne peut plus d’actualité. Depuis l’époque du Far West jusqu’aux récents conflits au Moyen Orient, l’Homme, ici américain, a toujours provoqué des guerres pour s’approprier le bien d’autrui. A ce titre, Avatar n’est d’ailleurs rien d’autre qu’une version moderne des westerns, les Indiens étant remplacés par les Na’vis.
Alors oui, l’histoire se répète et il est toujours important qu’il y ait des gens pour nous le rappeler. Mais avec ce parti pris, le réalisateur choisit aussi de nous raconter une histoire sans surprise. Du conflit entre deux guerriers pour les yeux d’une belle princesse au retournement de situation lors de la bataille finale alors que tout semblait perdu, rien ne nous surprend et certaines scènes ont même un air de déjà vu.
Alors qu’il avait déjà montré avec Abyss un réel intérêt pour la dimension écologique dans ses films, le réalisateur semble pour Avatar avoir été très inspiré par Hayao Miyazaki, que ce soit au niveau des thèmes abordés comme de la structure de certaines scènes. Par exemple, la charge des animaux contre les soldats lors de l’attaque finale fait penser à Princesse Mononoke, alors que les montagnes volantes de Pandora renvoient directement au Château dans le ciel. Ceci dit, on pourrait trouver pire référence. James Cameron fait le pari risqué de nous présenter les Na’vis en complète osmose avec leur environnement naturel lors de scènes de transes ou de danses collectives qui auraient vite pu sombrer dans le ridicule ou renvoyer à des images de sectes d’illuminés post soixante huitards. Il n’en est rien et il faut tout le savoir faire du réalisateur pour nous faire accepter ce parti pris.
Même sous influences, Avatar reste avant tout un film de James Cameron. Le réalisateur retrouve d’ailleurs Sigourney Weaver, les Marines et les exo squelettes, d’ailleurs plus perfectionnés, d’Aliens. Avatar, outre les images superbes et les scènes époustouflantes qu’il propose, est en quelque sorte un condensé de l’énorme savoir faire de James Cameron. Il nous a montré avec Abyss l’importance de la dimension écologique dans ses films, il a révolutionné avec Aliens les scènes de guerres entre Marines et extra terrestres, et Titanic l’a presque fait assimiler à un réalisateur de film romantique. Avatar est un peu de tout cela, avec beaucoup d’effets en plus, un peu moins d’originalité dans l’écriture mais au final énormément de magie.

vendredi 11 décembre 2009

Soldat Bleu


Sand Creek le 29 novembre 1864. Une unité de 500 hommes de la cavalerie du Colorado attaque et massacre les 700 habitants d’un village cheyenne, pour la plupart des femmes et des enfants.
C’est cette histoire atroce que relate le film de Ralph Nelson. Un film coup de poing, magnifique et poignant, un western humaniste qui préfigure bien des années plus tard Danse avec les Loups de Kevin Costner.
Soldat bleu débute par le voyage de Kathy Maribel Lee, une jeune femme new yorkaise ayant passé deux ans parmi les cheyennes. Elle rejoint son fiancé escortée par des soldats qui transportent une cargaison d’or. Le convoi est attaqué par des indiens qui massacrent tout le monde, excepté la jeune femme et Honus Gent, un soldat novice.
Commence alors un long périple à pied à travers une nature sauvage pour les deux survivants qui apprennent à se connaitre, à surmonter leurs différences et finalement à s’aimer. Alors qu’ils rejoignent la civilisation, lui dans le camp des soldats et elle dans la tribu cheyenne, le détachement de cavalerie s’apprête à fondre sur le village.
L’attaque du convoi par les indiens est expliquée, mais non moins excusable, par la nécessité pour eux de se procurer de l’or afin d’acheter des fusils pour se protéger des hommes blancs. Douloureux paradoxe et situation imbécile que la présence et l’attitude belliqueuse des colons imposent aux natifs de cette terre qui deviendra les Etats Unis d’Amérique.
Ralph Nelson signe avec Soldat bleu un film à multiples facettes. Le voyage du jeune soldat et de cette femme hors norme est émaillé de scènes de comédie dues à leurs différences culturelles et idéologiques. Leur rencontre avec un trafiquant d’arme donne lieu à une chasse à l’homme haletante et si nous sommes bien dans un western comme en témoignent les scènes de fusillades et la somptueuse nature dans laquelle évoluent les protagonistes, c’est avant tout l’aspect humain, et parfois inhumain des personnages qui est au centre du film.
Au fur et à mesure qu’ils progressent, l’homme et la femme perdent peu à peu leurs vêtements qui tombent en lambeaux, déchirés par les ronces. La désagrégation de l’uniforme d’Honus Gent va de pair avec sa prise de conscience du rôle de l’armée américaine dans l’annexion de territoires qui ne sont pas les leurs. Ses idées préconçues partent petit à petit en morceaux au contact de Katy Maribel Lee et de ses idées humanistes. De son coté, alors qu’elle perd peu à peu ses atours de femme civilisée, c’est un érotisme sauvage qui émane du personnage magistralement interprété par la belle Candice Bergen. Elle campe une femme déchirée entre son fiancé qui est un étranger pour elle, et ce jeune soldat dont la conscience s’éveille peu à peu. Déchirée aussi entre sa condition de femme blanche et cette tribu cheyenne dont elle partage les valeurs mais dont elle sera à jamais étrangère.
Il y a un coté rousseauiste dans cette traversée d’une nature flamboyante où ces deux êtres cheminent cote à cote et s’aiment sans contrainte. Le retour à la civilisation marque la fin de ce beau et dangereux voyage, et le commencement du cauchemar.
L’attaque du village est l’une des scènes les plus marquantes, douloureuses et sauvages qu’il soit donné de voir. Mené par un colonel irresponsable, les soldats déchainent sur les femmes et les enfants une sauvagerie que seule la guerre, sans règle ni morale, peut permettre. L’image du drapeau américain piétiné par un cheval résume d’ailleurs tout à fait cette négation de toute valeur humaine.
Ralph Nelson réalise de main de maitre une séquence où l’on retrouve la maitrise d’un Sam Pekimpa et la démence des films d’horreur italiens. Il ne nous épargne rien et déroule pendant de longues minutes des scènes de décapitations, de viols, de mutilations en tout genre qui matérialisent tout ce que l’homme, en groupe et livré à lui-même, peu faire de pire à ses semblables. Sans aucune complaisance mais avec une maitrise totale de ce qu’il filme, le réalisateur nous jette au visage toute l’horreur de la guerre, de toutes les guerres et en particulier du sort qui fut réservé aux indiens d’Amériques.
Alors que le générique de fin retentit, toute la salle est silencieuse. Pendant quelques secondes, personne ne bouge, comme assommé par la puissance de ce film qui est surement l’un des plus beaux westerns jamais réalisé.

jeudi 3 décembre 2009

Copies (presque) conformes 5

Réalisé par Michel Blanc
Avec Daniel Auteuil, Stuart Townsend, Frances Barber
Interdit aux moins de 12 ans
Long-métrage français. Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h40 min Année de production : 1999
Distributeur : Pathé Distribution

Voilà une position peu habituelle pour l’acteur Daniel Auteil dont le nom figure en haut de l’affiche. Sa tête et son air étonné détonne avec sa position et donne à l’ensemble une tonalité de comédie, relayé par le titre. L’homme semble prisonnier des cuisses d’une femme anonyme et dans une mauvaise passe. La typographie du titre et la couleur blanche confirme qu’il ne s’agit pas d’un film trop grave mais bien d’une comédie dramatique. Les chairs sont bronzées et confèrent à l’ensemble une couleur chaude.


Réalisé par Larry Clark, Edward Lachman
Avec Adam Chubbuck, James Ransone, Tiffany Limos
Interdit aux moins de 16 ans
Long-métrage français, américain, néerlandais. Genre : Drame
Durée : 1h35 min Année de production : 2002
Distributeur : Pan Européenne Edition

L’affiche du film de Larry Clark a une connotation sexuelle évidente. La nudité de la femme est clairement exposé et l’attitude du jeune homme qui s’agrippe à ses cuisses ne laisse planer aucun doute quand à l’acte sexuel en cours. Il n’est fait aucune mention évidente des acteurs ni du réalisateur et le titre interpelle avec ses deux K qui se reflètent comme dans un miroir, symbolisant l’enfermement dans lequel les protagonistes du film évoluent. La couleur naturelle de la peau accentue le coté réaliste du film.


Verdict : deux affiches volontairement provocantes et qui interpellent. Les positions des hommes, la tête entre les cuisses d’une femme, renvoient autant à l’acte sexuel qu’à l’enfantement. De par ses couleurs et sa mise en scène, l’affiche de Ken Park revendique et assume beaucoup plus sa position que celle de Mauvaise Passe.

mercredi 2 décembre 2009

Kinatay


Brillante Mendoza part d’un fait divers sordide pour nous convier à un voyage au bout de l’horreur. Durant une longue nuit, nous suivons Peping, un jeune étudiant en criminologie qui, pour gagner un peu d’argent, traine avec un gang de Manille. Il se retrouve embarqué, et nous avec lui, dans une expédition punitive visant une prostituée junkie qui doit de l’argent à un parrain local.
S’en suit alors un douloureux chemin de croix pour les victimes de ce meurtre horrible. Et ces victimes sont tout autant la prostituée Madonna que le jeune Peping qui perd alors son innocence en même temps que sa dignité et son intégrité.
Dés le début du film, le réalisateur fait reposer sa mise en scène sur une immersion totale du spectateur. Immersion au milieu de la foule de Manille, au sein d’une famille dont nous partageons un moment de bonheur lors du mariage de Peping. Et immersion quand le réalisateur nous enferme avec le jeune homme dans un van, entre la victime et ses agresseurs. Pour ce faire, Brillante Mendoza use aussi bien d’une caméra portée en constant mouvement que d’une bande son qui restitue en les amplifiant tous les bruits des scènes auxquelles nous assistons.
Après une journée ensoleillée et heureuse, la longue nuit de cauchemar peut commencer. Et l’horreur ne réside pas seulement dans le viol, le meurtre et le démembrement de Madonna, mais commence par un interminable trajet en voiture, prélude des atrocités à venir. Et elle se conclut par le sort réservé à son corps, éparpillé tout au long du chemin, ainsi que par le visage ravagé du jeune Peping changé à jamais.
Plusieurs fois, le jeune homme hésite à prendre la fuite avant d’être rappeler à l’ordre par un message sec sur son portable. Ce sont autant de portes de sortie que semble nous tendre le réalisateur en nous faisant comprendre que nous aussi nous pouvons partir, ne pas assister jusqu’au bout à ce qui va suivre. Pourtant, comme Peping, par curiosité, par lâcheté, nous restons assis, redoutant le pire mais ne faisant rien pour y échapper.
Car c’est bien dans une position de témoin que nous place le réalisateur au travers des yeux de Peping (Peping – Peeping – Peeping Tom = voyeur). Contrairement à nombre de film de torture à la mode (Saw et compagnie), Brillante Mendoza ne nous impose pas de façon frontale et complaisante les actes de barbarie qui se déroulent dans la maison. Nous ne faisons que les entrevoir, toujours par le biais de Peping, ou les entendre au travers des cris de Madonna. Le reste, il nous laisse l’imaginer ce qui est mille fois pire.
Outre la peinture sociale d’une certaine frange de la population philippine gangrénée par la corruption (les tueurs sont des policiers véreux), la violence et la pauvreté, c’est surtout un miroir difficilement supportable de l’âme humaine dans ce qu’elle a de pire que nous tend le cinéaste. Que ce soit du point de vue des tueurs pour qui leur victime n’a même plus le statu d’être humain, ou de Peping qui assiste impuissant à tout cela, le film nous met dans la position du jeune homme et nous force à nous poser toujours la même question, et nous, qu’aurions nous fait à sa place ?
Il est clair qu’un film comme Kinatay ne peut que diviser. On accepte de rentrer dans le van avec les bourreaux ou l‘on part dès le début car ensuite, plus question de reculer.

vendredi 13 novembre 2009

L'Imaginarium du Docteur Parnassus

Terry Gilliam est surement le cinéaste le plus contrarié que la Terre ait porté. Après l’enlisement de son Don Quichotte, le tournage de son nouveau film est endeuillé par la mort tragique de son acteur principal Heath Ledger. Plutôt que de retourner toutes ses scènes, il a l’idée géniale de poursuivre son œuvre en remplaçant Heath Ledger par trois acteurs. Ce sont donc Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell qui se relaient pour incarner le personnage de Tony dans l’univers parallèle du fameux Docteur. L’idée est aussi belle que l’hommage rendu à l’acteur disparu est émouvant.
Et d’émotions, le film n’en manque pas.
En suivant cette petite troupe de comédiens itinérants perdus dans un monde moderne d’où l’imagination semble bannie, Terry Gilliam nous invite à un voyage merveilleux à travers l’imaginaire de ses différents personnages. En traversant le miroir, telle Alice au Pays des merveilles, le réalisateur nous convie à des séquences féériques qui nous renvoient directement aux Aventures du Baron de Munchausen, Lily Cole remplaçant Uma Thurman dans le rôle de Vénus. Difficile aussi de ne pas penser aux Frères Grimm devant ce comte de fées aussi cruel et noir que tendre et coloré.

L’imaginarium du Docteur Parnassus est donc un condensé de ce que Terry Gilliam sait faire de mieux, dans le fond comme dans les thèmes abordés. Le Docteur Parnassus qui emmène ses spectateurs dans un voyage fantastique renvoie en effet étrangement au réalisateur, et les difficultés qu’il rencontre font échos aux nombreux heurts qu’il a connu tout au long de sa carrière.
L’une des grandes réussites du film, outre son scénario à plusieurs niveaux de lectures, tiens aussi aux formidables acteurs dont le réalisateur a su s’entourer. Christopher Plummer campe un vieux sage immortel (qui ressemble au Gandalf de Peter Jackson comme deux gouttes d’eau) qui a vendu sa fille au diable et qui n’a plus sa place dans le monde dans lequel il vit à présent. Tom Waits incarne Monsieur Nick, un diable joueur, moqueur, ironique,… diabolique ! Des quatre incarnations de Tony, ce sont surement Johnny Depp et Colin Farrell qui tirent le mieux leur épingle du jeu en jouant la carte de la séduction et de la perversion. Mais la grande révélation du film est à coup sur Lily Cole dont l’étrange beauté envahit chaque scène où elle apparait. A l’instar de Christina Ricci chez Tim Burton, elle incarne une femme enfant tour à tour vulnérable et enjouée, et sa présence s’impose comme une évidence dans ce monde fou, merveilleux et effrayant. Un monde que ne renierait d’ailleurs pas Tim Burton, autre grand loufoque de génie.
L’imaginarium du Docteur Parnassus n’est cependant pas exempte de tout défaut. On peut en effet être gêné par une direction d’acteur parfois trop théâtrale et certains dialogues qui semblent pesant par rapport au reste, la vision du film en version française n’arrangeant pas les choses.

Le film peut être vu comme une somme de l’œuvre de Terry Gilliam, un condensé de séquences (parfois trop ?) hallucinantes, une réflexion sur le pouvoir de l’imaginaire. C’est surtout un voyage fantastique vers des contrées que l’on a peut être tendance à oublier, celles de notre imaginaire.

dimanche 1 novembre 2009

Le ruban blanc

Après le remake américain de son film choc Funny Games, Michael Haneke poursuit ses investigations sur le mal.
Le Ruban blanc met en scène un village allemand à la veille de la Première Guerre Mondiale. Entre pratiques quasi féodales et modernité, toutes les figures traditionnelles d’un village traditionnel de cette époque nous sont présentées dés les premières minutes du film. Le baron qui règne sur ses villageois, le docteur, le prêtre et l’instituteur. Entre chacun d’entre eux, des rapports de force et d’autorité, de domination et de frustration.
Surviennent alors toute une série d’évènements violents à priori accidentels qui vont petit à petit semer le doute, la suspicion et la peur.
Pour illustrer cette nouvelle analyse de la condition humaine dans ce qu’elle a de plus sombre, Michael Haneke fait preuve d’un formalisme impressionnant. Deux heures trente de film sans aucune musique, un noir et (surtout) blanc somptueux qui transforme chaque plan en tableau, et surtout une direction et un choix d’acteurs impeccables. Alors que les enfants sont des sujets difficiles à diriger et à rendre crédibles à l’écran, ceux du Ruban blanc sont fabuleux. On ne peut s’empêcher de penser au Village des damnés en voyant cette bande de gamins froids et inquiétants jamais loin du drame qui vient de se produire. Et lorsqu’un petit garçon interroge sa grande sœur sur la mort, la scène est simplement impeccable et touchante. Les adultes ne sont pas en reste et chaque personnage est écrit et interprété avec le plus grand soin.
Une fois de plus, le réalisateur nous questionne sur la violence propre à l’homme, fouillant avec ce film davantage les origines que les conséquences. Comme à son habitude, et contrairement à la majorité des films traitant de ce sujet, les scènes violentes sont la plupart du temps hors champs ou passées. On n’en voit que les conséquences terribles et l’impact en est décuplé.
La seul scène de violence à laquelle on assiste est verbale, et non moins dévastatrice que s’il s’était s’agit de blessures corporelles. Le médecin, lassé de sa maitresse, la rejette avec une violence froide qui transforme ses mots en poignards. La scène est d’une dureté incroyable qui ne passe que par le domaine verbal, et c’est toute la force d’écriture du réalisateur que de nous faire ressentir une telle violence alors que les corps eux ne bougent pas. Les parties du film qui mettent en scène le médecin sont d’ailleurs les seules à ne pas nous être présentées par le prisme du narrateur, l’instituteur que l’on devine vieux et qui nous relate l’histoire tel qu’il s’en souvient. Michael Haneke choisit de nous confronter directement à ce personnage qui cache peut être les plus lourds secrets.
De l’aveu même du réalisateur, le film ne traite pas seulement des origines du nazisme mais de toutes les formes de violence, terrorisme, intégrisme religieux, dictature et autres. Pourtant, il parait difficile de s’affranchir du fait que le film se déroule en Allemagne au début des années 1910 et que nombre des enfants que nous voyons seront vraisemblablement parmi les nazis de 1940. Et c’est là que le film se fait un peu réducteur. Si l’analyse de cette société corsetée par des principes qui paraissent aujourd’hui d’un autre âge, aussi bien moraux que religieux, est passionnante, si le réalisateur filme sans pareil les pires sévices qui se déroulent aussi bien derrière des volets clos que dans l’imagination du spectateur, force est de reconnaitre que c’est un peu rapide d’en faire l’origine même du nazisme. Ou de quelque autre forme de fanatisme politique ou religieux. Ce serait faire abstraction de bon nombre d’éléments économiques et sociaux qui, en 1910 comme en d’autres temps, furent les catalyseurs de ces montées d’extrémismes.
Il n’en demeure pas moins que le Ruban blanc est un film fascinant (l’histoire est racontée comme une enquête policière, à la lisière du fantastique), ambitieux dans les thèmes abordés et les réflexions qu’il suscite à sa sortie, et d’une beauté formelle à couper le souffle. Comme à son habitude, Michael Haneke ne dévoile pas toutes les solutions et nous laisse avec notre propre interprétation des faits.
C’est frustrant, inconfortable mais aussi diablement stimulant !

Le ruban blanc


Après le remake américain de son film choc Funny Games, Michael Haneke poursuit ses investigations sur le mal. Le Ruban blanc met en scène un village allemand à la veille de la Première Guerre Mondiale. Entre pratiques quasi féodales et modernité, toutes les figures traditionnelles d’un village traditionnel de cette époque nous sont présentées dés les premières minutes du film. Le baron qui règne sur ses villageois, le docteur, le prêtre et l’instituteur. Entre chacun d’entre eux, des rapports de force et d’autorité, de domination et de frustration. Surviennent alors toute une série d’évènements violents à priori accidentels qui vont petit à petit semer le doute, la suspicion et la peur. Pour illustrer cette nouvelle analyse de la condition humaine dans ce qu’elle a de plus sombre, Michael Haneke fait preuve d’un formalisme impressionnant. Deux heures trente de film sans aucune musique, un noir et (surtout) blanc somptueux qui transforme chaque plan en tableau, et surtout une direction et un choix d’acteurs impeccables. Alors que les enfants sont des sujets difficiles à diriger et à rendre crédibles à l’écran, ceux du Ruban blanc sont fabuleux. On ne peut s’empêcher de penser au Village des damnés en voyant cette bande de gamins froids et inquiétants jamais loin du drame qui vient de se produire. Et lorsqu’un petit garçon interroge sa grande sœur sur la mort, la scène est simplement impeccable et touchante. Les adultes ne sont pas en reste et chaque personnage est écrit et interprété avec le plus grand soin. Une fois de plus, le réalisateur nous questionne sur la violence propre à l’homme, fouillant avec ce film davantage les origines que les conséquences. Comme à son habitude, et contrairement à la majorité des films traitant de ce sujet, les scènes violentes sont la plupart du temps hors champs ou passées. On n’en voit que les conséquences terribles et l’impact en est décuplé. La seul scène de violence à laquelle on assiste est verbale, et non moins dévastatrice que s’il s’était s’agit de blessures corporelles. Le médecin, lassé de sa maitresse, la rejette avec une violence froide qui transforme ses mots en poignards. La scène est d’une dureté incroyable qui ne passe que par le domaine verbal, et c’est toute la force d’écriture du réalisateur que de nous faire ressentir une telle violence alors que les corps eux ne bougent pas. Les parties du film qui mettent en scène le médecin sont d’ailleurs les seules à ne pas nous être présentées par le prisme du narrateur, l’instituteur que l’on devine vieux et qui nous relate l’histoire tel qu’il s’en souvient. Michael Haneke choisit de nous confronter directement à ce personnage qui cache peut être les plus lourds secrets. De l’aveu même du réalisateur, le film ne traite pas seulement des origines du nazisme mais de toutes les formes de violence, terrorisme, intégrisme religieux, dictature et autres. Pourtant, il parait difficile de s’affranchir du fait que le film se déroule en Allemagne au début des années 1910 et que nombre des enfants que nous voyons seront vraisemblablement parmi les nazis de 1940. Et c’est là que le film se fait un peu réducteur. Si l’analyse de cette société corsetée par des principes qui paraissent aujourd’hui d’un autre âge, aussi bien moraux que religieux, est passionnante, si le réalisateur filme sans pareil les pires sévices qui se déroulent aussi bien derrière des volets clos que dans l’imagination du spectateur, force est de reconnaitre que c’est un peu rapide d’en faire l’origine même du nazisme. Ou de quelque autre forme de fanatisme politique ou religieux. Ce serait faire abstraction de bon nombre d’éléments économiques et sociaux qui, en 1910 comme en d’autres temps, furent les catalyseurs de ces montées d’extrémismes. Il n’en demeure pas moins que le Ruban blanc est un film fascinant (l’histoire est racontée comme une enquête policière, à la lisière du fantastique), ambitieux dans les thèmes abordés et les réflexions qu’il suscite à sa sortie, et d’une beauté formelle à couper le souffle. Comme à son habitude, Michael Haneke ne dévoile pas toutes les solutions et nous laisse avec notre propre interprétation des faits. C’est frustrant, inconfortable mais aussi diablement stimulant !