dimanche 10 avril 2022

Abuela

Susana est jeune, belle et un brillant avenir de mannequin s’offre à elle. Lorsque sa grand-mère est victime d’un accident cardiaque qui lui fait perdre ses facultés mentales, elle quitte Paris pour se rendre à Madrid et s’occuper d’elle. A la dure confrontation avec la dépendance physique et la vieillesse va bientôt se substituer une peur bien plus insidieuse et une menace qui se précise alors que la date de leur anniversaire commun approche. 

En 2007, Rec coréalisé avec Jaume Balagueró portait déjà en son sein les thèmes du nouveau film de Paco Plaza. La déliquescence des corps, l’horreur tapie dans l’ombre, la sorcellerie faisaient de Rec un found footage horrifique d’une efficacité redoutable. Quinze ans plus tard, le réalisateur choisit la vieillesse dans ce qu’elle a de plus tragique comme véhicule de ses peurs. 

Le réalisateur adopte une vision frontale de la décrépitude physique en faisant de Vera Valdez, ancienne égérie de Chanel, un personnage mutique tour à tour fragile, horripilant et inquiétant, prisonnière d’un corps à l’abandon qui n’a que trop servi. Face à elle, Almudena Amor passe de la compassion à la lassitude avant de basculer dans l’horreur lorsque des bribes de son enfance lui reviennent dans cette maison dont les murs abritent de bien sombres secrets. 

En refusant l’accumulation de jump scares et les facilités d’une bande son racoleuse, Paco Plaza livre un film terrifiant et frontal sur la déchéance physique et les moyens de s’en absoudre. Porté par le jeu de deux actrices exceptionnelles et une mise en scène intelligente, Abuela marque d’une nouvelle pierre blanche le cinéma de genre espagnol.

samedi 2 avril 2022

Freaks Out

Bonne nouvelle, la magie existe. 

C’est sur ce postulat que débute le nouveau long métrage de Gabriele Mainetti avec une fascinante séquence d’ouverture qui, premier tour de force d’un film qui n’en manque pas, condense en quelques minutes toutes thématiques de l’histoire : la magie et les monstres, la figure fédératrice d’Israël, les relations en devenir entre Cencio et Matilde, le pouvoir potentiellement mortel de cette dernière et enfin la brusque réalité de la guerre. 

Il est des films, rares et d’autant plus précieux, qui arrivent à synthétiser en une alchimie fragile tout ce qui fait l’essence même du cinéma populaire (on pourrait aussi parler de cinéma de genre), Freaks Out fait partie de ces élus. 

Généreux et spectaculaire, inventif et intelligent, profondément sincère dans son approche des genres abordés, le film déborde de morceaux de bravoures et cite tellement de références qu’il faudrait plusieurs visions pour toutes les répertorier. Pourtant, Freaks Out possède sa propre identité, celle d’un univers violent et bigarré où les monstres supposés deviennent des supers héros tragiques et les savants nazis des voyageurs du futurs. 

Mené tambour battant et multipliant les moments cultes (le spectacle du début, l’attaque du train, l’antre de Franz et ses récitals au piano), le film déroule une galerie de personnages que l’on n’est pas prêts d’oublier, du savant fou aux monstres de foire en passant par une incroyable bande de partisans italiens, le tout porté par une musique envoutante et un décorum particulièrement soigné (l’utilisation de l’iconographie nazie est absolument extraordinaire). 

Si l’on pense bien entendu aux premiers films de Guillermo del Toro, le Labyrinthe de Pan en tête, à Freaks de Tod Browning et à la culture pulp dans son ensemble (l’intrusion de la bande dans le train renvoie directement au flash-back du jeune Indiana Jones dans La dernière croisade), on peut aussi invoquer Candyman lorsque Cencio apparait le corps couvert d’abeilles, et surtout Mike Mignola et son Hellboy qui mêlait déjà galerie de personnages hors normes et nazisme. 

Il faudra qu’Israël, père de substitution et figure tutélaire, disparaisse pour qu’enfin ses protégés accomplissent leurs destinées et, une fois n’est pas coutume, on se plait à imaginer une suite tout aussi folle pour ces monstres héroïques confrontés à la Grande Histoire et à la folie du monde. En attendant, on se console en repensant à Fulvio, Matilde, Cencio et Mario comme de vieux amis et on réalise en sortant de la salle que les deux heures vingt minutes de Freaks Out contiennent plus de cinéma que toutes les production Marvel de ces dix dernières années.

samedi 5 mars 2022

The Batman

Exit Bruce Wayne, enter The Batman. 

Très librement inspiré des récits de Jeph loeb et Tim Sale (Un long Halloween et Amère victoire) pour l’emprise de Carmine Falcone sur la ville et du Dark Knight Returns de Franck Miller pour la faune de Gotham City et l’assaut final, le film de Matt Reeves assume une noirceur inédite dans la saga du Chevalier Noir. 

Gotham est une ville glauque et dangereuse noyée sous la pluie et gangrénée par une criminalité endémique qu’un justicier aux méthodes expéditives tente d’endiguer. Que ce soit dans les combats à main nue et les coups portés par Batman ou la bestialité avec laquelle The Riddler assassine ses victimes (sauvagerie d’ailleurs assez inédite pour ce personnage), The Batman revendique le coté le plus obscur du comics et s’en nourrit pour proposer une version résolument adulte du personnage. Mais la plus grande nouveauté réside dans la place accordée au vigilante au détriment de son alter égo public, Bruce Wayne qui n’apparait en pleine lumière qu’à travers une scène qui prendra assez vite un tour tragique pour laisser place au justicier masqué. 

Point de fêtes mondaines et de playboy en costume donc, mais un Robert Pattinson totalement investi dans un rôle qui emprunte autant à l’icone de Bob Kane qu’au look d’Eric Draven, le personnage tragique de The Crow dans le chef d’œuvre gothique d’Alex Proya. Nous n’en dirons pas autant pour la figure pourtant centrale de Selina Kyle qui, si elle a le mérite d’assumer la bisexualité de son héroïne, reste peu aidée par des dialogues convenus et un manque d’épaisseur qui ne feront pas d’ombre au charisme animal de Michelle Pfeiffer ou à l’élégance de Anne Hathaway. 

The Batman revisite le mythe du Chevalier Noir sans en bousculer les codes mais avec une maturité bienvenue et une vraie proposition de cinéma, encore une fois trop longue d’une bonne trentaine de minutes (l’intrigue autour du Riddler aurait gagnée à être concentrée) mais diablement enthousiasmante.