Un homme supérieurement intelligent
manipulé par des forces qui le dépassent va, en brisant une loi ancestrale,
faire basculer le monde dans lequel il vit dans une ère totalement nouvelle. Ce
pourrait être J. Robert Oppenheimer, ce pourrait être Ulysse.
Mais au-delà de l’appropriation
thématique du texte d’Homère, c’est à un véritable tour de force que se frotte
Christopher Nolan pour cette nouvelle entreprise titanesque, celui d’adapter
une épopée fondatrice de bien des mythes modernes, l’un si ce n’est le récit d’aventure
le plus célèbre du monde.
Si cette Odyssée frôle la démesure par biais des aspects
dont celui d’un tournage épique sur plusieurs continents et d’une pléiade d’acteurs
de premiers plans, elle n’en reste pas moins cantonnée aux limites d’un film
distribué en salle dont la durée, pas loin de trois heures tout de même, implique
de faire des choix drastiques et donc des renoncements.
On regrettera entre
autres l’absence de dialogue entre Ulysse et Polyphème le cyclope ainsi que des
sirènes aperçues de loin et qui restent pourtant parmi les monstres les plus
fascinants d’un bestiaire déjà bien fourni. D’une manière générale, le
réalisateur écarte d’emblée tous les aspects ayant trait au désir féminin
pourtant bien présent dans le texte d’Homère.
Exit les sirènes alors, mais
également la sensualité de Calypso qui retient Ulysse dans ses bras pendant
sept longues années pour en faire son compagnon autant que son amant.
Pas de séduction
donc, mais un spectacle à la hauteur des ambitions de son réalisateur porté par
une distribution spectaculaire qui, en dépit d’un Robert Pattinson à la limite
du cabotinage, déroule chacun(e) dans son rôle une partition sans fausse note.
Alors certes Christopher Nolan choisit de faire d’Ulysse un homme dépassé par
les évènements qui provoque à son corps défendant le massacre d’un peuple et la
disparition d’un monde en brisant les lois éternelles de l’hospitalité plutôt
que le guerrier manipulateur décrit par Homère. Certes il faut connaitre un
temps soit peu le texte d’origine ainsi que l’Iliade pour appréhender le
contexte du film et les interactions entre les différents personnages.
Il n’en
reste pas moins que les efforts de Christopher Nolan pour rendre accessible une
épopée vieille de dix siècles et de nous offrir autant de morceaux de bravoures
se trouvent récompensés par un succès publique massif. Preuve en est que les
histoires, lorsqu’elles sont bien racontées, demeurent éternelles.

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