lundi 27 juillet 2026

L'Odyssée

Un homme supérieurement intelligent manipulé par des forces qui le dépassent va, en brisant une loi ancestrale, faire basculer le monde dans lequel il vit dans une ère totalement nouvelle. Ce pourrait être J. Robert Oppenheimer, ce pourrait être Ulysse. 
Mais au-delà de l’appropriation thématique du texte d’Homère, c’est à un véritable tour de force que se frotte Christopher Nolan pour cette nouvelle entreprise titanesque, celui d’adapter une épopée fondatrice de bien des mythes modernes, l’un si ce n’est le récit d’aventure le plus célèbre du monde. 
Si cette Odyssée frôle la démesure par biais des aspects dont celui d’un tournage épique sur plusieurs continents et d’une pléiade d’acteurs de premiers plans, elle n’en reste pas moins cantonnée aux limites d’un film distribué en salle dont la durée, pas loin de trois heures tout de même, implique de faire des choix drastiques et donc des renoncements. 
On regrettera entre autres l’absence de dialogue entre Ulysse et Polyphème le cyclope ainsi que des sirènes aperçues de loin et qui restent pourtant parmi les monstres les plus fascinants d’un bestiaire déjà bien fourni. D’une manière générale, le réalisateur écarte d’emblée tous les aspects ayant trait au désir féminin pourtant bien présent dans le texte d’Homère. 
Exit les sirènes alors, mais également la sensualité de Calypso qui retient Ulysse dans ses bras pendant sept longues années pour en faire son compagnon autant que son amant. 
Pas de séduction donc, mais un spectacle à la hauteur des ambitions de son réalisateur porté par une distribution spectaculaire qui, en dépit d’un Robert Pattinson à la limite du cabotinage, déroule chacun(e) dans son rôle une partition sans fausse note. 
Alors certes Christopher Nolan choisit de faire d’Ulysse un homme dépassé par les évènements qui provoque à son corps défendant le massacre d’un peuple et la disparition d’un monde en brisant les lois éternelles de l’hospitalité plutôt que le guerrier manipulateur décrit par Homère. Certes il faut connaitre un temps soit peu le texte d’origine ainsi que l’Iliade pour appréhender le contexte du film et les interactions entre les différents personnages. 
Il n’en reste pas moins que les efforts de Christopher Nolan pour rendre accessible une épopée vieille de dix siècles et de nous offrir autant de morceaux de bravoures se trouvent récompensés par un succès publique massif. Preuve en est que les histoires, lorsqu’elles sont bien racontées, demeurent éternelles.

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