dimanche 19 décembre 2010

A bout portant

A bout portant est l’exemple presque parfait de ce que devrait être un film de genre. Un scénario travaillé et épuré à l’extrême, des acteurs convaincants, des personnages crédibles et bien écrits, une action sans temps mort qui emmène le spectateur dès les premières scènes pour ne plus le lâcher.
Samuel est un homme tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Il prépare son diplôme d’infirmier et s’apprête à devenir papa. Entre sa femme enceinte qu’il chérit et son métier dans un hôpital comme il en existe des centaines en France, son existence se déroule sans heurts.
Jusqu’à ce que sa vie bascule quand il croise, bien malgré lui, la route de Hugo Sartet, un braqueur hospitalisé objet de toutes les attentions. La police, son frère, des flics ripoux, tous le recherchent pour différentes raisons. Quand sa femme se fait kidnapper, Samuel se voit obliger d’aider le malfrat à s’échapper de l’hôpital s’il veut la revoir vivante.
Commence alors une longue course contre la montre qui va le changer à jamais.
Pour son deuxième film en tant que réalisateur, Fred Cavayé a eu l’intelligence de se démarquer des artifices qui alourdissent la plupart des thrillers actuels. Ici, pas de fusillades chorégraphiées à l’extrême, de montage cut, de ralentis artistiques, de personnages invraisemblables ou d’explosions monumentales.
Samuel n’est pas un surhomme ni un agent super entrainé. Au terme d’une longue course poursuite dans le métro parisien, il s’écroule et vomit sur le trottoir. Ses actes de bravoure lui sont dictés par l’urgence de la situation et la volonté farouche de sauver sa femme et son bébé, qu’elles qu’en soient les conséquences.
Longtemps cantonnés aux seconds rôles mémorables, Gilles Lelouch campe avec aplomb cet homme ordinaire plongé au cœur d’une situation extraordinaire. Face à lui, Roschdy Zem incarne avec une sobriété exemplaire un truand froid et méthodique que l’on devine aussi droit que dangereux.
L’une des forces du film tient aussi dans une galerie de seconds rôles efficaces, avec en tête de file un Gérard Lanvin impressionnant dans le rôle de l’ordure de service. Le commandant Werner qu’il interprète et sa bande de flics ripoux auraient toute leur place dans l’univers du Dobermann imaginé par Joël Houssin.
A bout portant est un modèle de rythme, l’action ne faiblit jamais si ce n’est au cours d’un flash back explicatif en plein milieu du film, surement nécessaire pour la compréhension de l’histoire mais qui vient casser inévitablement le cours de l’action. Autre petit défaut du film, un montage un peu trop court d’une scène durant laquelle Samuel, au prise avec un flic dans le commissariat, se saisit d’une haltère pour l’assommer. La scène est coupée au moment où il prend les poids et on ne peu qu’imaginer la suite.
De bien petits détails au sein d’un film tendu et remarquablement maitrisé qui montre bien si besoin est, que le paysage cinématographique français peut engendrer des films d’actions qui n’ont à rougir d’aucune comparaison avec leurs homologues américains ou asiatiques.
Qualité d’écriture, d’interprétation et de réalisation, tous les ingrédients sont réunis pour donner au spectateur le maximum de plaisir pendant une heure trente. C’est d’autant plus rare en France qu’il faut le souligner et ne pas bouder son plaisir.

mardi 7 décembre 2010

Machete

Le diptyque Grindhouse inventé et réalisé par Quentin Tarantino et Robert Rodriguez comportait une série de fausses bandes annonces aussi réussies que totalement jouissives. Devant le succès rencontré par Machete, Robert Rodriguez décide de franchir le pas et de réaliser le film correspondant.
Il met alors en scène un film dont la tête d’affiche est Danny Trejo, éternel second couteau des films de genre, alors que des stars comme Robert De Niro ou Don Johnson interprètent des seconds rôles. Belle revanche pour cette gueule burinée de 66 ans trop longtemps reléguée au second plan.
Mais au-delà du concept, Machete s’impose surtout comme un film dont le seul but est de procurer le maximum de plaisir coupable aux spectateurs. Et dans ce domaine, le pari est totalement réussi.
Car au contraire de son copain Tarantino, Robert Rodriguez n’oublie pas que pour qu’un hommage à un genre soit réussi, il faut avant tout en respecter les règles. Si Frankenstein Junior, le Bal des Vampires ou Shaun of the Dead sont de telles réussites, c’est parce qu’ils sont des films de monstres, de vampires ou de morts vivants avant d’être des parodies. Alors que depuis Kill Bill, Tarantino semble privilégier le coté référentiel plutôt que le plaisir engendré par les films qu’il cite en pagaille, Rodriguez marie harmonieusement les deux.
Avec Planète Terreur il rendait hommage aux films qu’ils aiment sans oublier de réaliser une authentique série B. Pendant ce temps, Tarantino réalisait un Boulevard de la Mort non dénué de qualité, mais qui se regardait un peu trop le nombril.
Machete est donc un condensé de tout ce que l’on peut trouver dans les séries B réalisées dans les années 70. Une violence exacerbée et presque cartoonesque, un soupçon d’érotisme, des personnages hauts en couleurs, des méchants qui se prennent au sérieux et des héros qui ne meurent (presque) jamais, une flopée de seconds rôles hauts en couleurs et surtout un héros hard boiled comme on n’en fait plus.
Le film regorge de moments de bravoure (la scène d’introduction, redoutable d’efficacité), de situations irréelles (Machete saute d’une fenêtre en s’agrippant à l’intestin d’un méchant qu’il vient d’éventrer…), de dialogues cultes (« Machete n’envoie pas de texto »). Et surtout, chose assez rare pour être soulignée, tous les acteurs, sans aucune exception, sont excellents.
Rodriguez n’oublie pourtant pas le contexte social et invente quasiment le concept de mexploitation des années après celui de blacksploitation. Ici, ce ne sont pas des noirs de Harlems qui sont persécutés et qui relèvent la tête devant l’oppresseur blanc, mais des mexicains immigrés plus ou moins légalement au Texas qui doivent faire front devant des politiciens corrompus et racistes, les cartels de la drogue et des brigades d’auto défense fascistes.
Loin de n’être qu’un spectacle sans cervelle, Machete explore l’une des faces cachées de l’Amérique contemporaine, celle des dos mouillés, des problèmes frontaliers et de l’intégration. Du spectacle engagé donc, mais avant tout du spectacle.
Et la grande force de Rodriguez (largement partagée par Tarantino tout de même) est de créer des personnages immédiatement cultes interprétés par des acteurs qui n’ont jamais été aussi bons. Dans le rôle du trafiquant Torrez, Steven Seagal livre ainsi sa meilleure partition depuis… bien longtemps ! A l’instar Mickey Rourke, c’est à une véritable résurrection que nous assistons là. Il en va de même pour Don Johnson, Lindsay Lohan, un Jeff Fahey hallucinant, Cheech Marin, Michelle Rodriguez ou Jessica Alba, tous plus impressionnants les uns que les autres.
Bon, Machete n’est certes pas un film parfait. Robert Rodriguez cède à la tentation de l’autocitation et nous refait la scène du lit de Desperado où Danny Trejo et Jessica Alba remplacent Antonio Banderas et Salma Hayek alors que les méchants encerclent la maison. Le final dérive quelque peu vers le grand n’importe quoi où tout le monde règle ses comptes dans le plus grand désordre. Certains personnages, comme celui de Lindsay Lohan qui passe de mannequin camée à nonne vengeresse en quelques heures semblent un peu trop artificiels.
Mais en dehors de ça, quelle claque !
Robert Rodriguez possède un vrai sens de la mise en scène, on le savait depuis El Mariachi. Mais surtout, il est lui aussi (avec Tarantino, oui, quand même) un véritable passionné qui connait sur le bout des doigts autant qu’il les respectent les règles des genres qu’il illustre.
Machete est dans la droite ligne de Planète Terreur, un film de passionné pour les passionnés.

dimanche 28 novembre 2010

Outrage

Outrage marque le grand retour de Takeshi Kitano, devant et derrière la caméra, au film de yakuzas qui l’ont rendu célèbre.
Ici, nulle place pour l’humour qui pointait dans certains de ses films. Beat Takeshi filme le monde des yakuzas avec un cynisme, certains diront un réalisme, qui place immédiatement Outrage dans le registre d’une noirceur totale.
Les yakuzas sont montrés comme des êtres avides de pouvoir qui passent leur temps à se trahir et à fomenter des plans pour accéder au plus haut de l’échelle hiérarchique. Parmi eux, Otomo interprété par Kitano, est un homme de main de la vieille école qui se fait manipuler par ses supérieurs. Ces derniers n’hésiteront d’ailleurs pas à le sacrifier comme tant d’autres pour parvenir à leurs fins.
Le film suit une construction assez similaire à celle du Parrain de Coppola.
La première partie est une introduction des différents personnages et des luttes entre les différents clans. On a d’ailleurs un certain mal à comprendre qui fait quoi tellement les machinations et les luttes de pouvoirs sont tortueuses et les personnages nombreux.
Dans sa seconde partie, le film n’est autre qu’une succession d’exécutions sommaires, de tortures et de règlements de compte. On a à peine démêlé les relations entre les différents personnages que Kitano s’amuse à les faire disparaitre les uns après les autres de manière pour le moins brutales.
Le réalisateur semble d’ailleurs prendre un malin plaisir à dresser une liste de toutes les exactions dont peuvent faire preuve les mafieux pour faire parler ou tuer leur prochain. Des doigts coupés au hachoir aux baguettes enfoncées dans l’oreille en passant par des passages à tabac multiples et une quasi décapitation dans une voiture, c’est à un véritable festivals de torture que se livre le réalisateur. Comme pour mieux nous rappeler l’aspect bestial et dénué de toute noblesse de ce milieu.
Car ici, il n’y a pas de place pour une quelconque vision romancée du grand banditisme. Le monde des yakuzas est brutal, c’est un combat perpétuel sans aucun code de l’honneur et les personnages ressemblent plus à des chiens enragés qu’à des hommes. Les grands chefs tirent les ficelles d’intrigues tortueuses mettant en scène des soldats dont la vie n’importe pas plus que celle de marionnettes. Jusqu’à ce qu’un bras droit plus retors ou ambitieux ne prenne leur place pour recommencer cette ronde sanglante et absurde.
Au milieu de ce chaos, Takeshi Kitano prête son visage immuable semblable à un masque de théâtre kabuki à un homme dépassé par un monde qui change trop vite pour lui. Le fait de se couper le petit doigt en signe d’offrande pour réparer une faute commise n’a plus de signification pour cette nouvelle race de prédateur. Seul compte le pouvoir et l’argent, peut importe le moyen d’y parvenir et les vies qu’il faut sacrifier pour cela.
Outrage est donc un film qui se démarque dans la filmographie de Takeshi Kitano par le regard sans concession qu’il porte sur le monde des yakuzas, et par extension la société actuelle ? Pourtant, il manque au film une réelle consistance au niveau des personnages que l’on ne voit que d’un point de vue « professionnel » pour égaler les plus grands.
S’il n’atteint pas le niveau d’un Casino, des Affranchis ou des Parrains, Outrage reste un film qui par son quasi nihilisme marque les esprits. Beat Takeshi est de retour !

dimanche 7 novembre 2010

Buried

Buried est un film sacrément gonflé car reposant sur un principe risqué : nous faire partager 90 minutes de l’existence d’un homme enterré vivant dans un cercueil.
Un seul acteur filmé en gros plan, avec une unité de lieu et une durée en temps réel, il fallait du cran pour oser en faire un film qui tienne la route.
Car Buried aurait très bien pu se contenter d’être un coup de bluff, de reposer sur un concept unique sans chercher à aller plus loin, bref de sacrifier au syndrome « Snakes on a plane » (par ailleurs totalement jouissif).
Mais en situant l’action en Irak, en faisant du seul protagoniste visible à l’écran un travailleur américain de la classe moyenne kidnappé par une organisation mafieuse qui réclame une rançon, Rodrigo Cortes ancre son film dans une toute autre réalité que celle du seul huit clos ultime.
Si le film débute de manière mystérieuse (qui est cet homme ? Pourquoi est il enfermé sous terre ?), appuyé en cela par des numéros de téléphone et des noms notés sur le bois du cercueil par Paul, comme autant de pièces d’un puzzle qu’il tente de reconstituer, il prend rapidement une toute autre direction.
Nous ne sommes pas dans un épisode de la Quatrième Dimension mais dans un contexte politico économique bien réel. Paul est enfermé parce qu’il est américain, non pas pour ce qu’il est mais pour ce qu’il représente. Les dialogues qu’il engage avec son ravisseur sont d’ailleurs assez clairs et mettent en évidence le fait qu’il symbolise à lui tout seul la politique américaine en Irak. Pas étonnant que Buried soit réalisé par un espagnol, on imagine difficilement un américain ayant un tel discours sur l’action de son pays.
Buried est donc un film engagé, même si ce n’est pas le propos principal du film. C’est aussi un sacré tour de force visuel. Car à aucun moment l’attention du spectateur ne faiblit et on reste scotché devant cet homme qui tente de survivre à l’aide d’un briquet et d’un téléphone portable, seul moyen de communication possible avec l’extérieur. Nous découvrons d’ailleurs en fonction des interlocuteurs qu’il appelle combien il peut être difficile de communiquer avec les gens et comment une mise en attente peut se révéler traumatisante.
Porté par une excellente interprétation de Ryan Reynolds et une réalisation parfaitement maitrisée et inventive de Rodrigo Cortes, Buried bénéficie aussi d’un très beau travail sur la lumière. Alors qu’il est plongé dans le noir le plus profond, Paul ne peut s’éclairer qu’à l’aide de son Zippo, d’une lampe torche, ou de son téléphone portable. En fonction de ce qu’il utilise, le film est baigné par une couleur jaune (la lampe, le briquet), rouge (la lampe avec filtre) ou bleu (le portable). Chaque séquence possède ainsi une identité propre qui nous permet de voir Paul sous un jour à chaque fois différent.
Le seul reproche que l’on pourrait faire un film serait de ne pas rendre assez compte de la claustrophobie que doit engendrer une telle situation. A plusieurs moments, la caméra prend de la hauteur pour nous montrer ce corps enfermé entre quatre planches comme si on l’observait d’en haut. On imagine mal le réalisateur filmant pendant des semaines un homme dans une vraie caisse en bois fermée de toute part mais de ce fait le film perd une partie de son capital anxiogène.
Film syndrome (parmi tant d’autres) de l’invasion américaine en Irak, tour de force en matière de mise en scène, d’éclairage et d’interprétation, Buried se termine sur une note noire et désespérée. On peut parier qu’un remake américain en 3D n’est pas prés de voir le jour !

vendredi 15 octobre 2010

Kaboom


Prenons une secte aussi puissante que dangereuse, des personnages doués de pouvoirs psychiques, une prétendue sorcière, un campus américain, du sexe homo et hétéro, des drogues, une jeunesse dorée américaine, et une apocalypse nucléaire.
Ce pourraient être les ingrédients de base d’une énième série Z ou un mélange indigeste. Ce sont tout simplement quelques éléments du scénario du nouveau film de Gregg Aarki que l’on n’avait pas vu aussi en forme depuis The Doom Generation.

Avec Kaboom, le réalisateur signe un film d’une incroyable énergie, mélange improbable entre la comédie de campus, le thriller parano et le fantastique.
Kaboom fait irrésistiblement penser à un courant de la littérature américaine représenté entre autre par Bret Easton Ellis et Chuck Palahniuk.
Ce dernier pour l’ambiance bizarre qui flirte avec le fantastique avant d’y sombrer entièrement au fur et à mesure que progresse l’intrigue, pour la secte qui renvoie à son roman Survivant, ses personnages qui ne pensent qu’à baiser (on pense à Choke) et par cette atmosphère de suspicion qui nous fait douter de tous les personnages (atmosphère que l’on retrouve dans Journal intime).
Mais Kaboom pourrait tout aussi bien être l’adaptation de l’un des romans de Bret Easton Ellis, improbable croisement entre les Lois de l’attraction (pour sa jeunesse friquée qui oscille entre des études incertaines, les drogues et le sexe) et Lunar Park, roman dans lequel l’auteur lui-même voit son quotidien s’effriter petit à petit en se demandant s’il devient fou ou s’il est le témoin d’évènements para normaux.

Kaboom est tout cela à la fois, la critique sociétale et le mal de vivre en moins. Car le film ne se veut ni un brûlot contre un certain mode de vie américain, ni un état des lieux pessimiste voire désespéré.
Au contraire, le film regorge de couleurs pétantes, de musique et d’une folie réjouissante. Bourré de répliques cultes (une jeune fille à son compagnon qui lui fait (maladroitement) un cunnilingus : c’est un vagin, pas un plat de spaghettis. Ou encore après une étreinte trop rapide à son goût : j’ai connu des frottis vaginaux qui durait plus longtemps), porté par toute une bande de jeunes acteurs et actrices pour la plupart inconnus et terriblement bon(ne)s, débordant d’énergie, Kaboom est une bouffée d’oxygène avant le Grand Cataclysme final.

Même si le film s’essouffle un peu dans sa seconde partie, on est immédiatement happé par cette histoire tellement invraisemblable qu’elle n’en est que plus jouissive. On passe une heure et demi en compagnie de personnages plus drôles et dingues les uns que les autres (le colocataire surfeur abruti, le dealer constamment stone, une galerie incroyable de gays, une sorcière nymphomane et j’en passe) et on sort de la salle avec un sourire béat sur le visage. Merci Gregg Araki pour ce trip joyeux et coloré, vivement la suite !

mardi 12 octobre 2010

Des hommes et des dieux

Des hommes et des dieux apparait de prime abord comme un film difficile par le traitement de son sujet. Il n’en est rien. Le réalisateur refuse simplement tout effet de facilité dans la forme pour servir au mieux son sujet.
On oublie les montages cut, les scènes d’action épileptiques ou les effets larmoyants qui constituent la grande majorité des productions actuelles. Le réalisateur fait le pari de la simplicité, de la contemplation et de la lenteur en nous invitant à suivre la vie quotidienne des moines de Tibéhirine, et remporte haut la main le défi.
Le fait divers qui sert de base au scénario est connu de tous, le moindre effet de suspens est donc éliminé dés le début. L’intérêt du film est ailleurs, dans le partage des semaines douloureuses qui aboutirent à la mort de la plupart de ces moines Cisterciens.
Cette communauté, nous y pénétrons pas à pas, progressivement comme le montrent les scènes de chant qui ponctuent le film comme autant de chapitres. Au début, les moines prient et chantent dos au spectateur. Vers le milieu du film, nous les voyons se tourner et apparaitre de coté, pour finalement dans la dernière partie nous faire face dans une scène magnifique où leur chant tente de couvrir le bruit des pâles d’un hélicoptère de l’armée qui survole le monastère.
Comme le titre du film l’indique, Xavier Beauvois parle des hommes avant tout et évite ainsi le piège grossier d’un hymne à la religion ou d’une ode au sacrifice religieux. Car les moines dont nous partageons la vie quotidienne sont avant tout des hommes qui ont peur de mourir, de souffrir. Leur condition même d’hommes d’église, plutôt que de les protéger, accentue encore les doutes qui les assaillent. Certains veulent partir, d’autres insistent pour rester, mais tous partagent la même peur devant la menace terroriste ou étatique.
Car le film renvoie dos à dos les combattants islamiques et l’armée algérienne. Chaque camp commet des atrocités et on ne sait toujours pas avec certitude qui porte la responsabilité du massacre des moines. Quelle importance d’ailleurs ? Xavier Beauvois nous fait ressentir l’atrocité, l’imbécilité et l’inéluctabilité de la guerre de l’intérieur.
La menace est d’abord diffuse, prenant la forme de rumeurs d’attentats colportées par les villageois. Puis, petit à petit, elle se précise. Nous assistons d’abord au meurtre d’ouvriers croates, puis c’est l’irruption des terroristes dans le monastère et la première confrontation avec les moines.
Une scène capitale intervient à ce moment là, qui résume à elle seule tout le film. Alors que le chef des combattants se voit refuser par les moines les médicaments qu’il entend bien confisquer à son profit, il dit à frère Christian interprété par Lambert Wilson qu’ils n’ont pas le choix. Ce à quoi ce dernier répond, si, nous avons le choix. Et c’est bien ce choix et toutes les conséquences qu’ils devront en assumer qui fait le sujet du film.
Il est ici question de moines, mais ce pourrait être des ouvriers, des soldats ou des paysans, la question serait la même. Jusqu’où accepte t‘on d’aller pour assumer les choix les plus graves et être en accord avec soit même ? Alors même que l’un des moines déclare aux villageois qu’ils sont comme des oiseaux sur une branche, ne sachant s’ils doivent partir ou rester, une femme leur répond que ce sont eux les oiseaux et que les moines sont la branche. S’ils partent, alors les habitants du village ne sauront plus où se poser.
Il n’est pas question ici de religion puisque les deux communautés célèbrent des dieux différents, ou du moins d’une manière différente. Il est question de solidarité, de partage et d’aide envers son prochain. C’est ce choix douloureux que les moines vont assumer jusqu’au bout, non sans passer par des périodes de doute, de renoncement et de lâcheté.
Le pas est franchi lors d’une autre scène poignante qui n’est pas sans rappeler la dernière Cène. Les moines se mettent à table, frère Luc apporte deux bouteilles de vin au grand étonnement de ses compagnons. Alors que retentit le Lac des Cygnes de Tchaikovski, les moines dégustent ce verre de vin et prennent conscience que ce plaisir est peut être le dernier qu’ils vivront ensemble. Le réalisateur filme sans aucun dialogue ces visages transfigurés par l’émotion et nous offre un moment d’une rare émotion.
Servi par un casting impeccable dominé par un Michael Lonsdale toute en ironie contenue, Des hommes et des dieux est un film qui refuse toute concession et toute facilité. On aime ou pas, on peut trouver cela chiant mais on ne peut qu’être admiratif devant l’honnêteté et la cohérence de l’œuvre.

dimanche 12 septembre 2010

Piranha 3D

Le film s’ouvre de manière symbolique sur le personnage interprété par Richard Dreyfuss, survivant des dents de la Mer, qui se fait dévorer par une horde de piranhas préhistoriques.
Piranha 3D est clairement placé sous le signe des références. Il n’y a pour s’en convaincre qu’à regarder le casting convié par le réalisateur.
La craquante Elisabeth Shue qui se faisait rare depuis le Hollow Man de Paul Verhoeven, Ving Rhames, Christopher Lloyd, la bombe Kelly Brook, l’actrice de films X Crystal Shepard, sans oublier une apparition du réalisateur Eli Roth.
Alexandre Aja s’est donc fait plaisir et contente en même temps les fans des films de genre. Car plus que le remake du film original de Joe Dante datant de 1978, c’est à un véritable plaisir coupable que se livre ici le français expatrié à Hollywood.
Piranha 3D est un film incorrect qui pousse aussi loin que possible les limites du gore et du mauvais goût. Et seul un français pouvait se permettre une vision aussi trash du film d’horreur fun et décomplexé dans un système de production américain.
Le film s’ouvre d’ailleurs sur le Spring Break, un week end durant lequel des centaines de jeunes garçons musclés et de filles en maillot de bain font la fête, boivent de la bière et se trémoussent à moitié nus. Une ambiance qui plairait à Jason d’ailleurs. Et le fait que c’est une bouteille de bière jetée dans les eaux polluées de Lake Victoria qui déclenche une secousse sismique et l’attaque des poissons tueurs n’est pas neutre. Alexandre Aja porte un regard d’européen sur cette jeunesse décérébrée qui sert si souvent de chair à pâté aux tueurs des slashers destinés à un public adolescent. Nul doute que la critique aurait pu aller plus loin si les studios l’avaient permis.
Mais le propos de Piranha 3D n’est pas une critique sociale de l’Amérique. Le réalisateur semble décidé à livrer le film d’horreur le plus fun aux adeptes du genre. Et il n’hésite pas pour cela à aller loin, très loin, parfois trop dans le mauvais goût. Témoin ce gag en trois temps où Jerry O’Connell, à moitié dévoré par les piranhas, se plaint d’avoir perdu sa « bite ». Le réalisateur enfonce le clou en nous montrant l’organe en question et en trois dimensions flottant dans l’eau et goulument avalé par un poisson. Il va encore plus loin quand le piranha rote le pénis à moitié déchiqueté à la figure des spectateurs. On n’est pas loin de la surenchère et du trop plein dans le mauvais goût.
Autre scène difficilement imaginable dans un film identique réalisé par un américain, celle où l’hélice d’un bateau à moteur se prend dans les cheveux d’une malheureuse nageuse, d’abord trainée par le bateau puis écorchée vive quand la peau de son visage est brusquement arrachée par le moteur qui redémarre. Il fallait oser et tout le film est constellé de scènes de ce genre.
On devine que le réalisateur a du prendre un plaisir monstrueux, à la hauteur de la scène incroyablement longue, en filmant le massacre de ces jeunes américains bodybuildés et/ou siliconés.
Mais les scènes gores ne sont pas le seul élément de plaisir du film. Comme dans tout bon film d’horreur, d’autant plus se doublant d’un film de plage, Alexandre Aja n’est pas avare en pin up topless. Que ce soit avec Eli Roth en organisateur d’un concours de tee shirt mouillés ou avec les Wild Girls, référence à peine voilée au show américain Girls Gone Wild, le français ne lésine pas sur poitrines mises en avant par la 3D.
Car si jusqu’à présent les films tournés (ou gonflés après coup pour les plus opportunistes) en 3D se divisaient en deux catégories (les réussites totales pensées en 3D type Avatar et les opportunistes type Alice au Pays des Merveilles), Alexandre Aja invente une troisième catégorie. Celle des films pour qui la 3D est le moyen d’amplifier les effets qui font l’essence même d’un film ou d’un genre. Pour Piranha 3D, cette technologie n’est là que pour nous permettre de voir des scènes encore plus gores, plus comiques ou plus aguichantes. Comme un sale gosse, le réalisateur exploite cette technique couteuse pour nous montrer de plus prés ses créatures, les poissons tueurs comme les filles topless.
Piranha 3D est donc un immense pied de nez à une industrie qui ne génère plus que des produits formatés, d’autant plus jouissif qu’il dynamite le système de l’intérieur. En réalisateur accompli, Alexandre Aja remplit parfaitement le cahier des charges des studios, allant même jusqu’à en faire un film extrême dans le plaisir coupable qu’il procure, non sans oublier qu’il s’adresse avant tout à des fans et en écorchant au passage ce que l’Amérique peu engendrer de moins intéressant.
Piranha 3D est certainement l’un des films les plus réjouissants de l’année. Souhaitons cependant qu’un réalisateur talentueux comme lui ne se cantonne pas à faire des remakes de films américains, aussi réussis soient ils.