vendredi 17 février 2023

Projet Wolf Hunting

Projet Wolf Hunting ne restera pas dans les mémoires pour son scénario truffé de flashback nébuleux, sa conclusion abrupte et inachevée ou son montage reléguant la structure narrative au second plan. Pas plus que par son interprétation approximative de personnages écrits à la truelle et dont le principal intérêt est de se demander de quelle manière spectaculaire ils vont passer de vie à trépas. 

Pourtant on ne peut que saluer l’enthousiasme communicatif dont fait preuve le réalisateur de cette série B hargneuse qui fleure à de nombreuses reprises avec du Z digne des pires (meilleurs ?) bis italiens des années quatre-vingt. 

Croisement improbable entre Les ailes de l’enfer et Universal Soldiers, ce Projet Wolf Hunting démontre une fois de plus l’incroyable liberté de ton du cinéma coréen qui s’autorise toutes les digressions possibles pour contenter des spectateurs pourtant rompu à ce genre d’exercice. 

Véritables montagnes russes aussi généreuses que maladroites, le film de Hong-seon Kim passe d’une scène de fusillade hardcore à une expérimentation interdite en pleine jungle et nous immerge au milieu de mafieux psychopathes bientôt décimés par un soldat invincible revenu du passé. 

Bancal, mal monté et brouillon, ce Projet Wolf Hunting force pourtant le respect en poussant son propos dans ses derniers retranchements, là où le bon goût et la retenue ne mettront jamais les pieds.

samedi 4 février 2023

Knock at the Cabin

Huit clos étouffant, sous texte quasi mystique et choix impossible sur fond d’apocalypse mondiale, le nouveau film de M. Night Shyamalan brasse des thèmes multiples et interroge sur l’intime confronté à l’universel en mettant dans la balance la vie d’une famille et celle de l’humanité toute entière. 
On pense souvent au sous-estimé Phénomènes devant ces catastrophes inexpliquées et mortelles, mais aussi à Take Shelter et sa fin du monde inexorable vécue à l’échelle d’une famille. Pourtant, si le postulat de départ est une fois encore franchement enthousiasmant (un couple et son enfant sommés de sacrifier l’un des leurs pour éviter l’anéantissement de toute la population mondiale), Knock at the Cabin ne parvient jamais à se hisser au niveau du chef d’œuvre de Jeff Nichols. 
Contrairement aux visions cauchemardesques et au comportement obsessionnel du personnage incarné par Michael Shannon dans Take Shelter, les prémices de la catastrophe ne nous parviennent ici qu’à travers des flashs télévisuels distanciés qui ne suscitent que peu d’empathie. 
Malin, efficace et pertinent dans sa volonté de questionner nos convictions et ce que nous sommes prêts à sacrifier pour sauver un être aimé ou des milliards d’inconnus, Knock at the Cabin aurait gagné à nous faire ressentir l’effroi de la situation plutôt que de l’étirer en dialogues trop démonstratifs. Il n’en reste pas moins un thriller horrifique original et tendu parsemé de scènes mémorables (le tsunami, les avions), jusqu’à un final décevant au regard des enjeux du film. 
M. Night Shyamalan, à l’instar de Jordan Peele, n’a pas son pareil pour poser des pitch passionnants sur la table, parfois trop ambitieux pour les mener à terme. C’est sa force, sa marque de fabrique mais aussi sa limite.


lundi 23 janvier 2023

Terrifier 2

Alors qu’il écrivait et réalisait Terrifier pour une poignée de dollars, Damien Leone était loin de se douter que le buzz généré par son premier opus allait lui ouvrir les portes d’une distribution en salle pour une suite d’une durée (2H18) aussi généreuse que ses débordements gore. 

Le scénario ? Tout le monde s’en moque, toute l’attention étant captée par les apparitions de Art le clown, son attirail létal et son inventivité dans l’art d’occire les malheureux qui croiseront sa route. Car cette entité maléfique quasiment indestructible ne fait pas dans la dentelle et n’épargne personne, rare sont en effet les personnages qui en sortent indemnes, et c’est bien cette hargne et ce goût immodéré pour les effets mécaniques (prothèses, impacts de balles, geysers sanglants sont à l’honneur) qui en font tout le charme. 

Doté d’un certain sens de la mise en scène comme en témoignent des séquences oniriques parfois dérangeantes, Damien Leone livre un film méchant sans pour autant s’encombrer de messages politiques ou d’une quelconque critique sociale. Sans but ni justification d’aucune sorte, son méchant immédiatement iconique ne s’embarrasse d’aucun pathos pour justifier ses crimes, et c’est justement cette gratuité et cette immédiateté du spectacle grand guignol qui font mouche. 

Aussi peu bavard que Jason, coutumier de la nuit d’Halloween comme Michael Meyers, sadique comme Freddy, Art le clown rejoint le panthéon des serials killers pour une série de films qui, gageons-le, ne s’arrêtera pas en si bon chemin.