lundi 10 juin 2019

Parasite

Film de la consécration pour Bong Joon Ho avec une palme d’or au dernier festival de Cannes, Parasite n’en reste pas moins une œuvre profondément ancrée dans la filmographie du réalisateur, brassant des thèmes familiers déjà abordés dans ses précédentes réalisations. Parasite aborde la déliquescence de la société qui engendre ses propres monstres (Memories of Murder), la cellule familiale comme dernier rempart contre une menace extérieure (The Host) et bien sur la lutte des classes au sein d’une société hiérarchisée à l’extrême (Snowpiercer). 
C’est donc sans surprise mais avec un plaisir intact que l’on retrouve la maitrise scénaristique et visuelle de Bong Joon Ho au service d’une histoire sous tension qui passe allègrement de la comédie au drame social et lorgnant au passage du coté du slasher et du thriller. Et c’est bien ce mélange des genres porté par un casting absolument impeccable qui fait la réussite d’une chronique sociale lucide et néanmoins frontale avec cette subversion propre au cinéma coréen. 
Bong Joon Ho regarde la violence dans les yeux, qu’elle soit physique ou morale, et nous donne en pâture un spectacle que même la patine de la comédie ne suffit pas à édulcorer. Car au-delà du clivage entre les pauvres et les nantis qui existera toujours, le réalisateur porte un regard sans concession sur cette frange de la population que nous refusons de voir, et qui se révèle au final capable d’un jusque boutisme désespéré pour accéder à ce que la société leur met sous le nez sans jamais leur permettre d’y gouter. La luxueuse maison de la famille Park abrite donc en son sein les riches propriétaires, les pauvres domestiques et les damnés, ceux que la société condamne et qui doivent vivre cachés pour échapper aux poursuites (les créanciers, la justice). 
Avec un sens de l’espace central dans son processus narratif (la famille de de Ki-taek vit sous le niveau de la rue, alors que la maison des Park se situe en hauteur mais [SPOLIER] abrite en son sein un souterrain où se terrent les fameux damnés [FIN DU SPOLIER]), Bong Joon Ho met en scène une famille pauvre, attachante et solidaire mais impitoyable envers autrui lorsqu’il faut pousser les oiseaux hors du nid pour prendre leur place. 
Nulle concession à une quelconque solidarité entre pauvres donc ; rompus à la loi du plus fort ils se montrent sans pitié et manipulateurs pour s’imposer au sein d’une famille aveuglée par son propre nombrilisme. Le ver est dans le fruit qu’il grignote patiemment, jusqu’à l’explosion finale, débordement de violence expiatoire lorsque l’on se rend compte que l’argent ne peut pas tout acheter et qu’en dernier lieu il reste la dignité à défendre, quelqu’un soit le prix. 
Bong Joon Ho conclue son film par une énième retournement avec un faux happy end bouleversant et nous laisse groggy mais ravi devant une telle profusion d’émotions et de maitrise filmique.

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