mardi 26 avril 2011

Détective Dee : le mystère de la flamme fantôme

Détective Dee : le mystère de la flamme fantôme. Le titre annonce la couleur, sonnant comme l’épisode d’un sérial, l’une des aventures de Sherlock Holmes ou une nouvelle de Gaston Leroux.

Et c’est bien de cela dont il est question, un pur sérial comme on n’en produit plus depuis les années 60 – 70.


L’histoire se déroule en Chine en l’an 690 et débute par une série de phénomènes inexpliqués, les combustions spontanées de plusieurs hommes. Pour tirer cette affaire au clair et conserver un semblant de stabilité politique, l’impératrice Wu Ze Tian qui doit accéder au trône malgré l’opposition de la plupart des nobles fait appel au détective Dee emprisonné depuis des années pour s’être opposé au régime en place.

Tel un Guillaume de Baskerville échappé du Nom de la Rose, le détective devra traverser de multiples épreuves pour faire la lumière sur cette ténébreuse affaire.

Commence alors une aventure haute en couleur où se croisent une multitude de personnages tour à tour suspects, traitres ou amis. Les coups de théâtre se succèdent sans aucun temps mort jusqu’au dénouement final et au coupable enfin démasqué.


Détective Dee marque le retour de Tsui Hark absent des salles obscures depuis Seven Swords en 2005 et l’un des segments de Triangle en 2008 en compagnie de Ringo Lam et Johnnie To. Car aussi incompréhensible que cela puisse paraitre, ce cinéaste génial et prolixe est largement mieux servi par le marché de la vidéo que par celui des circuits de distribution en salles.

Détective Dee répare cette injustice et nous permet enfin de profiter du génie filmique de l’un des plus célèbres représentants du cinéma de Hong Kong.

Car non content de nous livrer un spectacle décomplexé et généreux, le réalisateur ne néglige aucun des éléments qui font un film réussi.

Les aventures du célèbre détective nous conduisent de l’intérieur d’une statue géante à une ville souterraine en passant par le palais royal, et tous les décors sont d’une beauté renversante.

Le casting et la direction d’acteurs, parfois déconcertante pour un spectateur européen, sont parfaitement maitrisés. D’Andy Lau que l’on a vu dans Le Secret des poignards volants, Infernal Affairs ou Fulltime Killer, à la charmante Bingbing Li, tous les interprètes sont en phase avec cette aventure épique, et alternent avec la même grâce les moments d’émotion et les scènes d’actions virevoltantes.

Les combats, même s’ils (parce qu’ils) sont cablés, confèrent au film cette magie propre au cinéma asiatique en général qui nous font admirer des prouesses martiales improbables les yeux écarquillés de bonheur.

Enfin, et ce n’est pas le moindre, le contexte politique et idéologique (l’accession d’une femme au pouvoir et les préjugés que cela entraine, l’utilisation du pouvoir à des fins de despotisme ou de gouvernance éclairée) confèrent au film une profondeur bienvenue qui ne le résume pas au seul spectacle qu’il aurait pu être.


Traversé de moment de magie (le cerf représentant le grand prêtre qui semble sorti tout droit d’un film de Miyazaki, les cloportes de feu), Détective Dee est ce qu’Indiana Jones 4 a oublié d’être. Un spectacle sincère, envoutant, qui respecte le spectateur et qui n’a d’autre ambition que de lui offrir le meilleur pendant deux heures d’évasion.

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