samedi 10 février 2024
Amelia’s Children
samedi 3 février 2024
Iron Claw
Car The Iron Claw, la griffe de fer, c’est à la fois la prise emblématique de cette fratrie sur le ring que la mainmise d’un père toxique dont la soif de revanche sur une vie sans concession les conduira tous à leur perte.
Pour incarner ce concentré d’histoire américaine, Sean Durkin met en scène des corps huilés et musclés à outrance offerts à des spectateurs avides de personnages iconique, des corps que l’on pousse dans leurs derniers retranchements et qui cassent en premier. Maladie, accident, perforation, fracture, ce sont bien les corps qui demandent grâce, juste avant que l’esprit ne bascule à son tour à la recherche d’un havre de paix qu’il ne trouvera que dans la mort.
Réussite à tout prix, religion aveugle et armes à feu, The Iron Claw résume à lui seul tout un pan de la culture américaine dans ce qu’elle a de moins reluisant. Entre l’aveuglement d’une mère et l’acharnement d’un père, le film déroule son implacable trame avec une constante tension sous-jacente jusqu’à ce que le vernis finisse par craquer.
Remarquable de maitrise et de retenue, la réalisation de Sean Durkin s’attache au plus près à ses personnages, les faibles comme les forts, des plus odieux aux plus touchants sans jamais tomber dans le pathos excessif ou l’apitoiement facile.
Il n’y a pas de malédiction mais une masculinité toxique, un culte de l’effort poussé à son paroxysme et pour finir un dernier plan lumineux sur la famille de celui qui aura su briser le cercle et inculquer d’autres valeurs à ses propres enfants.
samedi 20 janvier 2024
Godzilla Minus One
vendredi 29 décembre 2023
Vermines
S’il ne révolutionne pas le genre et n’arrive pas à renouveler l’impact émotionnel de la très nihiliste et éprouvante Tour de Guillaume Nicloux, Vermines se pose en honnête représentant du genre, soucieux d’offrir un spectacle sincère et foncièrement efficace.
Alors que dans le film de Guillaume Nicloux les habitants d’un immeuble de banlieue confrontés à une menace extérieure cherchent à s’organiser pour survivre dans leur tour, c’est sur un principe inverse que s’organise le long métrage de Sébastien Vaniček. Face à un ennemi de l’intérieur, les protagonistes de Vermines n’auront de cesse d’essayer de fuir leur immeuble, et métaphoriquement leur condition sociale incarnée par la cité, pour échapper à une invasion d’araignées très vénères.
Une fois passé l’immersion dans une communauté exubérante au vocabulaire fleuri où les invectives sont la base de tout dialogue (le personnage principal, Kaleb incarné à l’écran par Théo Christine, ne semble pas savoir s’exprimer autrement qu’en criant), on commence à s’attacher aux personnages et donc au sort qui leur sera réservé.
S’ensuit alors un jeu de massacre et d’infiltration où de vilaines bestioles de plus en plus imposantes et agressives investissent les recoins d’un immeuble qui tombe en ruine et traquent ses habitants considérés comme une menace potentielle. Étonnement avare en effets gores, Vermines adopte le point de vue de ses protagonistes, les habitants d’une cité qui coexistent, se supportent ou s’entraident dans un mélange des cultures et une précarité sociale jamais éludés.
Malgré un personnage central un peu caricatural dans sa propension à n’exprimer sa relation aux autres qu’au travers d’une colère permanente, Vermines emprunte les chemins balisés du film d’invasion de vilaines bébêtes en le transposant dans une cité de banlieue avec sincérité et réussite et en évitant de justesse un sous texte social trop appuyé. Sébastien Vaniček est à coup sur un réalisateur à suivre de prés.
mercredi 20 décembre 2023
Les Trois Mousquetaires : Milady
jeudi 30 novembre 2023
Thanksgiving
Pour accompagner la sortie du double programme Grindhouse (Boulevard de la Mort et Planète Terreur) de Quentin Tarantino et Robert Rodriguez en 2007, une poignée de réalisateurs se prêtent à l’exercice des fausses bandes annonces dont fait partie Thanksgiving, exercice tellement réjouissant que deux d’entre elles, Machete de Robert Rodriguez et Hobo with a Shotgun de Jason Eisener, seront développées en longs métrages foutraques, excessifs, violents, déjantés et donc forcément sympathiques.
De cette expérience Eli Roth n’a conservé que le gore qui, s’il représente un ingrédient indispensable à l’esprit frondeur de ces films d’exploitations, n'en reste pas pour autant suffisant à produire un bon film.
A partir d’un concept déjà vu mille fois, le réalisateur déroule un récit convenu, on devine l’identité du tueur par élimination dés le dernier tiers du film, où déambulent des personnages tellement caricaturaux, convenus et antipathiques que l’on guette avec une impatience un peu coupable leur élimination prochaine.
Et c’est bien là l’intérêt principal du film, une généreuse inventivité dans la mise à mort de protagonistes qui semblent attendre leur tour tout au long d’une enquête qui piétine (et pour cause…), et une abondance d’effets gore qui viennent à peine masquer la paresse de la réalisation.
S’il ne marquera pas les annales du slasher déjà bien pourvu en nanars de toutes sortes, Thanksgiving se laisse regarder d’un œil distrait, sauvé du néant par une scène d’ouverture bien méchante où le délire consumériste vient supplanter la cruauté du tueur en devenir.
Divertissant dans ses excès et son mauvais goût assumé mais paresseux dans son écriture et la caractérisation de ses personnages, Thanksgiving n’aura jamais autant tenu ses promesses que sous forme de bande annonce Grindhouse.
mardi 28 novembre 2023
Napoléon
Car c’est bien un homme enivré de son propre destin que nous décrit le réalisateur des Duellistes, tour à tour visionnaire dans sa volonté grandiloquente d’unir les pays d’Europe sous une même bannière, la sienne, d’une froideur inhumaine quand il fait tirer au canon sur la foule parisienne, tacticien hors pair quand il tient tête aux anglais, aux russes et aux prussiens sur les champs de bataille et faible et geignard devant les femmes qu’il ne peut soumettre, sa mère et sa première épouse.
Étonnamment centré sur les relations maritales de l’empereur et son rapport ambigu de domination-soumission avec Joséphine, le film de Ridley Scott fait l’impasse sur bon nombre d’évènements majeurs malgré une durée raisonnable de plus de deux heures trente. Ainsi, la retraite de Russie pourtant fondatrice dans le déclin militaire et politique de Bonaparte est elle passée sous silence et la plupart des batailles, pour impressionnantes et maitrisées qu’elles soient, ne laissent qu’entre-apercevoir l’horreur et l’ampleur des massacres perpétués.
Si l’ont est loin de la maitrise narrative du Dernier Duel, Napoléon n’en reste pas moins un formidable concentré d’histoire qui nous replonge dés les premières minutes au cœur de la Terreur et des heures les plus noires de la Révolution française, sur le terreau de laquelle un officier corse ambitieux allait habilement manœuvrer pour accéder au pouvoir absolu.
La volonté du réalisateur de démystifier celui qui envoya plus de trois millions de soldats à la mort pour servir sa soif de pouvoir est louable, mais on ne peut que rêver en imaginant une version plus longue dont le montage servirait l’ambition du projet et dont la démesure serait à la hauteur de son sujet.






