Matt fait partie de ces personnes
capables de demander leur copine en mariage devant une assemblée de trois cents
personnes puis de relayer la scène sur les réseaux sociaux afin de créer le
buzz et d’exercer suffisamment de pression psychologique sur la personne visée
pour conditionner la réponse attendue.
Matt est un coach en développement
personnel comme il en existe des centaines, peut-être même des milliers en
France, influenceur, manipulateur mais tellement investi dans son rôle et ses
croyances qu’il en devient presque sympathique, et c’est là que réside le
principal écueil du film.
Sur une idée de base passionnante, disséquer les
ressorts de cette mouvance aussi hétéroclite que problématique, le
réalisateur-scénariste Yann Gozlan et l’interprète principal – producteur
Pierre Niney n’en tirent qu’un thriller, certes efficace si l’on accepte des
ressorts dramatiques gros comme des câbles à haute tension, mais tiré par les
cheveux dès que Matt se met à dériver dangereusement tellement il nous est
présenté de prime abord comme suffisamment lisse pour que l’on croit à la
sincérité de sa démarche.
Alors que le milieu des coachs fourmille de
personnages troubles pour ne pas dire franchement dangereux (voire les courants
masculinistes, misogynes ou identitaires), il aurait été intéressant et
scénaristiquement plus riche de plonger franchement sur les traces de l’un de
ces gourous aux pensées extrêmes et d’en faire la clef de voute d’une immersion
profonde au cœur de ces milieux interlopes.
En dépit de cette réserve et d’un
script aux ressorts assez convenus jouant sur un Matt assailli de toutes parts
par des menaces externes (le projet de loi des députés, le fan au comportement
inquiétant interprété par le toujours impeccable Anthony Bajon) et internes (le
frère jaloux, la petite amie de plus en plus suspicieuse, le collaborateur
trouble manipulateur), Gourou réserve des scènes de manipulation des masses
très réussies lors des grandes messes d’un Matt extatique, jouant des clins d’œil
médiatiques avec les apparitions de Nicolas Demorand et Cyril Hanouna et sa
cours dans leur propre rôle, tout en explorant de manière assez documentée le
travail en coulisse des équipes entourant ces gourous des temps modernes qui se
repaissent et s’engraissent sur le lit de la misère humaine.
L’intention est
louable, le résultat trop poli et convenu pour un sujet aussi sensible et
actuel, Gourou ne restera pas dans les mémoires mais pose les bonnes questions
à défaut d’y répondre franchement.





