samedi 31 janvier 2026

Gourou

Matt fait partie de ces personnes capables de demander leur copine en mariage devant une assemblée de trois cents personnes puis de relayer la scène sur les réseaux sociaux afin de créer le buzz et d’exercer suffisamment de pression psychologique sur la personne visée pour conditionner la réponse attendue. 
Matt est un coach en développement personnel comme il en existe des centaines, peut-être même des milliers en France, influenceur, manipulateur mais tellement investi dans son rôle et ses croyances qu’il en devient presque sympathique, et c’est là que réside le principal écueil du film. 
Sur une idée de base passionnante, disséquer les ressorts de cette mouvance aussi hétéroclite que problématique, le réalisateur-scénariste Yann Gozlan et l’interprète principal – producteur Pierre Niney n’en tirent qu’un thriller, certes efficace si l’on accepte des ressorts dramatiques gros comme des câbles à haute tension, mais tiré par les cheveux dès que Matt se met à dériver dangereusement tellement il nous est présenté de prime abord comme suffisamment lisse pour que l’on croit à la sincérité de sa démarche.
Alors que le milieu des coachs fourmille de personnages troubles pour ne pas dire franchement dangereux (voire les courants masculinistes, misogynes ou identitaires), il aurait été intéressant et scénaristiquement plus riche de plonger franchement sur les traces de l’un de ces gourous aux pensées extrêmes et d’en faire la clef de voute d’une immersion profonde au cœur de ces milieux interlopes.
En dépit de cette réserve et d’un script aux ressorts assez convenus jouant sur un Matt assailli de toutes parts par des menaces externes (le projet de loi des députés, le fan au comportement inquiétant interprété par le toujours impeccable Anthony Bajon) et internes (le frère jaloux, la petite amie de plus en plus suspicieuse, le collaborateur trouble manipulateur), Gourou réserve des scènes de manipulation des masses très réussies lors des grandes messes d’un Matt extatique, jouant des clins d’œil médiatiques avec les apparitions de Nicolas Demorand et Cyril Hanouna et sa cours dans leur propre rôle, tout en explorant de manière assez documentée le travail en coulisse des équipes entourant ces gourous des temps modernes qui se repaissent et s’engraissent sur le lit de la misère humaine. 
L’intention est louable, le résultat trop poli et convenu pour un sujet aussi sensible et actuel, Gourou ne restera pas dans les mémoires mais pose les bonnes questions à défaut d’y répondre franchement.

samedi 24 janvier 2026

Primate

Peut-on moralement souhaiter la mort rapide et douloureuse de tout le casting d’un film au bout de dix petites minutes ? Oui si les personnages écrits à la truelle et interprétés par une distribution interchangeable se résument à des physiques photoshoppés sans aucune personnalité et dont les interactions se limitent à des cris hystériques et des parades amoureuses prépubères. 
A la croisée du home invasion, du film d’animal tueur et du slasher, Primate aurait pu, à la manière de Dangerous Animals un an auparavant, se révéler être une excellente série B hargneuse et jouissive.
C’est sans compter une réalisation d’une paresse incroyable qui se limite à filmer des mises à mort attendues et des scènes gores, la plupart assez réussies il faut l’avouer, sensées contenter un auditoire de mangeurs de popcorn décérébrés, tout en cumulant situations convenues et comportements d’une prévisibilité insultante pour le spectateur. 
Déjà coupable d’un certain nombre de suites plus ou moins nécessaires (Resident Evil, Strangers, 47 Meters Down), Johannes Roberts continue à capitaliser sur un genre dont il ne maitrise apparemment pas les codes, le premier étant de ne pas sacrifier ses personnages au seul profit de quelques séquences chocs. 
Prenant le parti de ne pas s’attacher à des protagonistes sans aucune personnalité, on se contente donc de suivre d’un œil blasé la partie de cache-cache létale d’un chimpanzé vénère et de fêtards en goguettes dont la plupart connaitront une mort peu enviable dés qu’ils mettent un pied en dehors de la piscine, seul lieu sûr de la résidence, et dont le réalisateur abuse de manière outrancière. 
D’une durée ramassée d’une heure trente (ressenti : deux heures bien tassées), Primate s’offre le luxe d’une violence assez débridée (même si souvent hors champ) et d’un refus d’image numérique bienvenue. Ce n’est hélas pas suffisant pour chasser ce sentiment persistant d’être pris pour un imbécile à qui on sert sa ration réglementaire d’horreur préfabriquée.

samedi 17 janvier 2026

28 ans plus tard – Le Temple des Morts

Alors que le premier opus de la trilogie 28 ans plus tard réalisé par Danny Boyle prenait les deux précédents films à contre-pied avec l’introduction du mystérieux docteur Kelson et un final nous renvoyant tout droit aux grandes heures du cinéma post apo italien des années quatre-vingt, ce Temple des Morts dirigé par la nouvelle venue Nia DaCosta enfonce encore le clou, se démarquant de plus en plus des films d’infectés énervés et de survivants aux abois. 
Des survivants il en est pourtant question, et si les rencontres inopinées avec les infectés se soldent en général par des drames sanglants, la menace la plus glaçante vient pourtant des humains eux même, pour peu qu’il subsiste une trace d’humanité dans ces groupes d’illuminés au comportement sadique et à la doctrine pour le moins obscure. Il faut alors se tourner vers les infectés eux même, voire le plus dangereux d’entre eux, l’Alpha Samson, pour redécouvrir cette humanité perdue et transformer le sauvage en être de raison. 
Alors que le marqueur d’une violence sadique que ne renierait pas Alex et sa bande dans Orange Mécanique est poussé à son paroxysme, le Temple des Morts se différencie pourtant de ses prédécesseurs par un rythme beaucoup plus posé et des infectés relégués au second plan. 
Soucieux de creuser le mythe de la saga, le scénariste Alex Garland équilibre son histoire entre la destinée du docteur Kelson interprété par un Ralph Fiennes totalement habité par son rôle et la quête sanglante du faux prédicateur Jimmy Crystal. 
Leur rencontre donnera lieu à un final halluciné, entre spectacle pyrotechnique furieusement rock et réflexion métaphysique sur la quête d’humanité, pour s’achever sur une fin ouverte qui donne au film les atours d’un épisode de série, avec ses inévitables trous scénaristiques (le personnage de Cathy, la femme enceinte survivante du massacre disparait corps et bien jusqu’à la fin du film).
Patchwork bigarré au croisement de différents genres, mashup improbable entre horreur pure, humour décalé, post-apo et quête d’une humanité perdue, Le Temple des Morts frise le trop plein sans jamais trébucher ce qui tient du miracle.

lundi 12 janvier 2026

La femme de ménage

Que restera-t-il de cette adaptation du best-seller de Freida McFadden une fois sorti de la salle ? 
Le goût d’un burger un peu trop gras, roboratif et plaisamment régressif mais décidément trop lourd à digérer. 
Le script aurait pu surprendre s’il n’arrivait pas après deux décennies de thrillers domestiques à tendance parano mais Paul Feig n’est ni Paul Verhoeven ni David Fincher et malgré les efforts conjugués d’un duo d’actrices investies (Sydney Sweeney est une fois de plus réduite à son physique de it girl et Amanda Seyfried semble s’amuser comme une folle à péter un câble toutes les dix minutes), on a davantage l’impression de visionner un téléfilm de seconde partie de soirée que le digne successeur de Gone Girl. 
Adoptant une réalisation sans grand relief, Paul Feig se repose sur les ingrédients qui ont fait le succès de ses glorieux prédécesseurs, à savoir un soupçon d’érotisme soft lorsque la caméra s’attarde sur les fesses de Brandon Sklenar ou la poitrine de Sydney Sweeney, une pointe de férocité somme toute très maitrisée dans sa seconde partie, une violence respectable et un retournement de situation que nous voyons arriver (pour ceux qui n'ont pas lu le roman) dés la première demi-heure. 
SPOILERS - A force de souligner à grand renfort de signaux lumineux la respectabilité d’Andrew et la folie de Nina, on se doute bien que les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être et qu’une vérité alternative va nous être dévoilée dans la dernière ligne droite. - FIN DES SPOILERS 
On mentirait en soutenant passer un mauvais moment pendant les deux heures quinze de cette Femme de ménage dont de nombreuses scènes s’étirent pourtant plus que de raisons. 
C’est divertissant, gentiment méchant en écornant, à peine, des personnages tout droit échappés de Desperate Housewives, mâtiné d’un semblant de girlpower pour faire bonne figure et au final tout à fait inoffensif.

jeudi 1 janvier 2026

Avatar : de Feu et de Cendres

Troisième opus des aventures de la famille Sully sur la planète Pandora, Avatar : de Feu et de Cendres confirme si besoin était que la saga de James Cameron repose sur un déséquilibre constant entre le fond et la forme. 
Spectacle total qui arrive à surpasser les deux premiers épisodes dans ses moments de bravoure, opéra guerrier qui fait des forêts, du ciel et des fonds marins de Pandora des champs de bataille épiques, ce volet nous laisse pourtant un goût de déjà vu et de répétition tout au long de ses presque trois heures trente durant lesquelles on ne s’ennuie pourtant jamais. 
Si les cow-boys ont laissé place aux complexes militaro-industriels et les Indiens aux Na’vi, l’histoire se répète au gré des multiples rebondissements propres à cette famille recomposée en proie à la vengeance d’un Colonel Miles Quaritch particulièrement vindicatif. 
Certes on prend toujours autant de plaisir à explorer cette planète aussi belle que dangereuse et les tableaux aux multiples inspirations (Miyazaki en tête pour ne citer que lui) se succèdent comme autant de décors à couper le souffle, mais d’enlèvements en libérations, de soulèvements en oppression, on a parfois l’impression d’assister à une succession d’intrigues interchangeables qui, si elles font avancer l’histoire et évoluer les personnages, ont tôt fait de tourner en rond.
Parmi la multitude de rôles interagissant entre eux, Avatar : de Feu et de Cendres évolue également entre deux pôles aussi éloignés que possible l’un de l’autre. 
D’un coté l’introduction de la redoutable Varang insuffle un renouveau salutaire avec un personnage badass et charismatique à souhait, véritable antithèse de Ney’tiri et de sa famille et qui éclipse même le colonel Quaritch à chacune de ses apparitions. 
De l’autre, la figure connue de Spider, fils du même colonel Quaritch adopté par Jake Sully et ses enfants et dont l’arc narratif prendra une importance prépondérante dans cet épisode. Volubile et démonstratif, Spider tranche malgré lui avec l’apparente sagesse des Na’vi et, de par ses maladresses plus ou moins volontaires, il sera la source de la plupart des situations conflictuelles mettant la famille Sully en danger. Personnage agaçant et menace permanente pour les Na’vi, sans pour autant que Jake et Ney’tiri n’aillent au bout de leurs convictions, et malgré un final très inclusif, on peut se demander dans quelle mesure il est pensé pour incarner ce fossé qui demeure entre humais et Na’vi, bien plus que les caricatures de militaires, scientifiques, chasseurs et investisseurs sensés incarner ce que les terriens ont de pire en eux. 
Malgré son enchevêtrement d’intrigues secondaires parfois cousues de fil blanc et répétitives, Avatar : de Feu et de Cendres souligne d’un trait certes un peu grossier le discours écologique et humaniste d’un James Cameron plus investi que jamais dans un spectacle à nul autre pareil. Et la perspective de voir la vénéneuse Varang renaitre de ses cendres devrait nous faire patienter jusqu’au prochain voyage.

samedi 20 décembre 2025

Dossier 137

Retour en 2018, en pleine crise des Gilets Jaunes qui investissent les Champs Elysées et se heurtent aux forces de l’ordre lors d’affrontements de plus en plus tendus. Devant se qui s’apparente à une insurrection généralisée, le Gouvernement panique et dépêche en renfort des unités de polices spécialisées dans la lutte contre le banditisme et le terrorisme mais absolument pas préparées au maintien de l’ordre en marge d’une manifestation.
Les bavures sont inévitables dans un chaos entretenu par les factions les plus violentes des manifestants. Et lorsqu’un tir de LBD blesse grièvement un jeune homme à priori sans histoire, l’IGPN se saisit de l’enquête et tente de démêler les responsabilités, coincé entre la pression populaire et celle des syndicats de police. 
En se saisissant d’un fait divers emblématique de ce soulèvement populaire, Dominik Moll affiche clairement son dessein, dresser le portrait le plus impartial possible d’une situation à première vue inextricable et de la succession d’évènements ayant conduit au drame. 
Pari à moitié gagné car si Dossier 137, porté en grande partie par la prestation impeccable d’une Léa Drucker en fonctionnaire opiniâtre qui cherche un sens à son métier, se suit comme un thriller dont chaque pièce apportée au dossier est consciencieusement disséquée, le réalisateur préfère clairement se pencher sur le parcours des manifestants que celui des policiers. 
Si l’on comprend vite comment une famille sans grande revendication politique arrive à se retrouver au cœur du drame par le jeu de circonstances malheureuses, on reste en revanche démuni quant au geste du policier qui, à défaut d’un début de piste expliquant une accumulation de brimades et de violences subies de la part des manifestants, apparait comme un cow-boy irresponsable et violent. 
Malgré un sujet passionnant qui aurait mérité plus d’objectivité, malgré un final qui laisse un goût amer dans la bouche, on est donc loin de l’universalité et du choc suscité par La nuit du 12. Il n’en reste pas moins que Dossier 137 a le mérite de poser de vraies questions à défaut d’y apporter des réponses satisfaisantes.

samedi 22 novembre 2025

Running Man

Depuis Le prix du danger d’Yves Boisset en 1983 la mise en scène d’une violence télévisée destinée à manipuler les masses a fait l’objet de multiples variations autour du même thème, plus ou moins réussies et plus ou moins conscientes du message politique qu’une telle satire peut véhiculer. 
En reprenant les bases du roman de Stephen King publié en 1982 sous le nom de Richard Bachman, pseudonyme sous lequel il signa ses œuvres les plus énervées et engagées politiquement (citons entre autres Marche ou Crève récemment porté à l’écran), Edgar Wright aurait pu se contenter d’un spectacle inoffensif et débridé apte à tenir le haut de l’affiche le temps d’un énième vidage de cerveau. 
Oui mais Edgar Wright n’a pas pour habitude de rentrer dans les cases, ou alors pour mieux les exploser de l’intérieur (Hot Fuzz et Shaun of the Dead en sont les plus éclatantes démonstrations). 
Porté par l’ultra charismatique Glen Powell et une myriade de seconds rôles tous plus investis les uns que les autres, le réalisateur britannique double une course contre la montre sans aucun temps mort d’une critique acerbe, et dangereusement actuelle, de la banalisation de la violence, de la manipulation des foules par les médias et d’un certain abrutissement devant les écrans. 
Réflexion bienvenue et bien énervée sur le pouvoir des images et de la désinformation, Running Man n’en reste pas moins un film d’action dopé à la testostérone filmé par un réalisateur amoureux de son art, celui du travail bien fait et d’une générosité jamais démenti à l’égard du spectateur qu’il n’a cessé être.
Sans jamais tomber dans la caricature ni le dogmatisme, Edgar Wright réussit à investir le système de l’intérieur et à plastiquer son blockbuster pour en faire un véhicule piégé lancé à toute vitesse vers un futur dystopique peut être pas si lointain que cela.