samedi 4 juillet 2026

On l’appelait Robin des bois

Si la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende faisait dire John Ford à l’un de ses personnages journaliste dans L'homme qui tua Liberty Valance. 
C’est bien de légende dont il est question dans le nouveau film de Michael Sarnoski, celle de Robin des bois, prince des voleurs qui détrousse les riches pour donner aux pauvres, qui prie trois fois par jour et qui voue un amour sans partage à la belle Marianne. Et si, loin des histoires colportées autour de la cheminée et des mythes fondateurs des héros, Robin des bois et sa troupe de voleurs n’étaient rien d’autres que des brigands sans foi ni loi, massacrant sans distinction les malheureux qui croisent leur chemin ? 
C’est en partant de ce postulat que le réalisateur détricote la légende et nous questionne à la fois sur la construction des mythes, l’idée de rédemption et le poids de la violence qui se transmet de génération en génération. 
Difficile de ne pas penser à Impitoyable, le chef d’œuvre crépusculaire de Clint Eastwood devant ce Robin vieillissant, prisonnier d’une vie de violence et dont la rédemption viendra d’une rencontre aussi improbable qu’attendue. 
Porté par l’interprétation d’un Hugh Jackman dont le personnage renvoie aussi bien à son magnifique Logan qu’à des accents Mel Gibsonien et par une Jodie Comer qui s’impose de film en film comme l’une des plus impressionnantes actrices de sa génération, On l’appelait Robin des bois s’ouvre sur une première partie d’une noirceur et d’une brutalité rarement vue sur grand écran. La photo est sombre et le propos désespéré, on patauge dans la boue et le sang aux cotés de protagonistes piégés dans une spirale de vengeance dont seule la mort pourra les délivrer, des personnages plus proches de bêtes sauvages que d’êtres doués de sensibilité et de raison. 
Et c’est justement aux portes de la mort que le destin de Robin et le propos du film basculent. Plus contemplatif, la violence est reléguée à l’arrière-plan mais jamais très loin même si la possibilité d’une expiation, à défaut de pardon, laisse le champ libre à une délivrance qui scellera une bonne fois pour toute une légende dont nous préférerons ne conserver que les aspects les plus lumineux. 
En mettant sa réalisation d’une maitrise sans faille au service d’une histoire aussi controversée, le réalisateur Michael Sarnoski refuse toute concession et nous propose au travers de l’un des personnages les plus connus du panthéon des héros populaires une réflexion passionnante sur la construction des mythes et le poids de la violence dans un monde régit par la loi du talion et un certain sens de l’honneur.

samedi 20 juin 2026

Backrooms

Entre légende urbaine et phénomène YouTube qui devrait drainer dans les salles un public peut être pas tout à fait prêt pour une expérience aussi atypique de presque deux heures sur grand écran, Backrooms aurait pu se contenter de son statu de film concept familier des productions A24 et surfer sur une vague aussi porteuse qu’éphémère, vite vu vite oublié. 
La proposition artistique du jeune réalisateur Kane Parsons dont il faudra suivre de prés un parcours qui s’annonce d’ores et déjà prometteur n’en est que plus surprenante. 
En faisant preuve d’une direction artistique aussi originale qu’immersive, et en s’entourant de solides interprètes dont l’ultra charismatique actrice norvégienne Renate Reinsve révélée par Joachim Trier et le prolifique Chiwetel Ejiofor, Kane Parsons nous invite à un voyage exigeant, angoissant et dont on ne perçoit jamais vraiment l’aboutissement. 
Car Backrooms fait partie de ces films à tiroirs aux interprétations multiples qui posent davantage de questions qu’ils n’apportent de réponse. Cauchemar éveillé, expérience scientifique ou plongée dans la psyché tordue d’un esprit perturbé, le réalisateur sème quelques clefs tout au long de son long métrage sans jamais nous forcer la main mais avec l’intention assumée de se jouer des rouages de la psychanalyse moderne. 
A la manière d’Alice traversant le miroir, les différents protagonistes de Backrooms parcourent un monde parallèle et labyrinthique dont l’esthétique renvoie à des tableaux surréalistes (on pense notamment à Magritte ou Dali), un monde où rode une créature mortelle qui pourrait bien être l’incarnation de cet inconscient refoulé qui nous empêche d’exister pleinement. 
Jouant autant sur son ambiance visuelle que sonore avec ce bourdonnement électrique permanent dés que l’on pénètre dans ces fameuses backrooms, Kane Parsons construit sa propre mythologie avec des éléments certes ressassés (le found footage par exemple) mais une maitrise visuelle, une esthétique propre à lui et un refus de la facilité qui forcent le respect. Backrooms ne ressemble à rien de connu et c’est déjà suffisamment rare pour être souligné.

samedi 13 juin 2026

Disclosure Day

Les yeux rivés vers le ciel, Steven Spielberg continue de scruter les cieux en quête d’une visite qui pourrait bien bouleverser nos convictions, tant morales que spirituelles.
E.T., Rencontres du troisième type, La Guerre des mondes ou Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, le réalisateur n’a eu de cesse sa carrière durant de s’interroger sur les conséquences qu’aurait un contact avec une entité extra-terrestre. Disclosure Day en fait son sujet principal, embrassant la thèse de la créature de Roswell et du thriller parano façon X-Files pour poser les bases d’une révélation qui pourrait peut être sauver un monde au bord du gouffre. 
La solution ? L’empathie que nous porterons à ces êtres venus d’ailleurs et à nos semblables. Dit ainsi le thème du film a de quoi faire sourire les plus cyniques d’entre nous, mais c’est sans compter le savoir faire et la sincérité d’un cinéaste hors du commun qui en a fait son cheval de bataille tout au long de sa filmographie. 
Alternant les scènes d’actions millimétrées (la poursuite en voiture s’achevant contre un train lancé à pleine vitesse) ou les face à face sous tension (le duel psychique entre Jane et Noah dans la ferme isolée), le réalisateur n’en oublie pas moins sa propre introspection lorsqu’il reconstitue, par l’intermédiaire du personnage d’Hugo, la maison familiale de Margaret afin de la replonger dans ses souvenirs d’enfance. Ce décor factice d’un pavillon de banlieue américaine n’en demeure pas moins l’un de ses terrains de jeu favori lorsqu’il se place à hauteur d’enfant pour en explorer toute sa richesse et sa complexité. 
Malgré une baisse de rythme dans sa seconde partie, le film aurait gagné à être raccourci de quinze bonnes minutes, et le choix discutable de Colin Firth pour incarner le grand méchant, Disclosure Day reste un spectacle sincère préférant miser sur le jeu des acteurs, la précision de la mise en scène et la puissance discrète du score de John Williams plutôt que la démesure des effets spéciaux pour porter un message d’espoir que l’on pourra trouver naïf mais qui n’en reste pas moins courageux dans le contexte actuel.

The Furious

Ong-bak en 2003 puis The Raid 1 et 2 en 2011 et 2014 avaient, chacun à leur manière, durablement marqué le cinéma d’action asiatique en renouvelant le genre avec une violence débridée et une chorégraphie des combats jusqu’à lors peu courante sur grand écran. Et voici que débarque The Furious du japonais et ancien cascadeur Kenji Tanigaki avec son scénario aussi épais qu’une feuille de papier à cigarette, son envie d’en découdre et sa générosité sans borne. 
Car sous couvert d’une vengeance croisée, du sauvetage d’une enfant et de la mise à mal d’un réseau pédophile, c’est bien de baston pure et dure dont il est question. 
Porté par une pléiade d’artistes martiaux parmi lesquels nous retrouvons l’inoxydable Yayan Ruhian déjà présent dans The Raid 1 et 2 mais également The night comes for us et John Wick Parabellum (excusez du peu), The Furious déroule avec une précision de métronome ses morceaux de bravoure dont l’objectif principal semble être de trouver le moyen le plus incongru de fracasser la tête de son adversaire. Masse, arc, marteau mais également échelle ou vélo, tout y passe dans un déluge de coups et de corps enchevêtrés. 
Moins frontal que The Raid dans sa violence, The Furious mise avant tout sur l’originalité de ses combats avec un côté cartoon (l’affrontement final par bicyclettes interposées, le doigt croqué ou le chauve indestructible) sans pour autant épargner des cascadeurs et des combattants dont la longévité dans l’arène force le respect.
Efficacement mené et incarné par des personnages marquants, The Furious fait preuve d’une générosité et d’une maitrise des scènes martiales qui force le respect et le place d’emblée dans le panthéon des films références en déboitage de mâchoires.

samedi 6 juin 2026

Saccharine

Etudiante en médecine mal dans sa peau, Hana est tiraillée par des injonctions permanentes à la minceur, aux canons de beauté et une attirance trouble pour sa prof de gym. Elle met ce malaise sur le compte de quelques kilos en trop qu’une pilule miracle conseillée par une amie a tôt fait de faire fondre comme neige au soleil. 
Lorsqu’elle découvre que le principe actif n’est rien d’autre que de la cendre humaine, Hana réalise aussi qu’entre les cadavres mis à leur disposition pour leurs exercices de dissection et le four crématoire de l’école, elle possède tout ce qu’il faut pour se fabriquer ses propres remèdes aux kilos non désirés. Jusqu’à ce qu’une présence mystérieuse commence à la hanter et bascule son quotidien dans un cauchemar éveillé. 
Plus proche du film de fantôme que du body horror, Saccharine creuse la voie thématique ouverte par The Substance de Coralie Fargeat tout en se réclamant sans le dire de la filiation direct du It Follow de David Robert Mitchell. De solides modèles donc pour un film qui aspire pourtant à trouver sa propre personnalité avec une économie de moyen qui n’entrave en rien sa singularité. 
Un poil trop long dans sa première partie, Saccharine entremêle une imagerie organique et alimentaire pour servir un discours parfois labyrinthique sur le dictat de la minceur, les addictions alimentaires et les liens étroits entre le corps et la psyché. Les parents d’Hana illustrent d’ailleurs à leur manière les origines de ce trouble avec une mère dans le contrôle permanent de son corps et de son environnement proche et un père adepte du renoncement dont on taira l’apparence physique pour ne pas déflorer l’intrigue. 
C’est d’ailleurs le générique de fin qui résume le mieux le parti pris du film en mêlant les corps et la nourriture dans un débordement de chairs, de sucre et de graisse en gros plans symbolisant le plaisir autant que l’aliénation. Après une première partie d’exposition et de distillation d’un malaise prégnant, la réalisatrice Natalie Erika James accélère le rythme jusqu’à la seule conclusion logique mariant chair et nourriture. 
Sur le fond comme sur la forme Saccharine ne réinvente rien mais trace sa propre voie avec un ton singulier et une actrice principale, Midori Francis, habitée par son rôle.

samedi 30 mai 2026

Colony

Après avoir redynamisé le film d’infectés avec un Dernier train pour Busan bien énervé, puis un Peninsula aux allures de post-apo plus anecdotique, le réalisateur coréen Sang-Ho Yeon monte encore d’un cran avec un concept nouveau, celui d’un lien psychique entre les contaminés qui passent ainsi d’une somme d’individualités agressives à une communauté organisée et évolutive. 
Nourri de références aussi éclectiques que variées, Colony paie son tribut à Die Hard avec son pitch d’attaque terroriste dans une tour moderne en plein centre-ville, à Zombie lorsque les infectés déambulent dans un centre commercial où se terrent les derniers survivants, mais également aux jeux vidéo de tir à la première personne lors d’une séquence en mode FPS où des militaires se font massacrer par caméra embarquée interposée sous les yeux ébahis des politiciens terrés dans leur cellule de crise. 
Si le film alterne scènes intimistes, séquence d’action pure et effets gores, il n’en n’oublie pas moins sous texte politique et une charge sans concession envers le sempiternel aveuglement des autorités, la confrontation entre forces de l’ordre et scientifiques et une allégorie à peine déguisée de notre dépendance aux écrans et de l’émergence d’une forme d’intelligence artificielle qui pourrait imposer une pensée unique à des masses privée de leur libre arbitre. En 1978 Georges Romero dénonçait l’hyperconsommation avec Zombie, cinquante ans plus tard Sang-Ho Yeon pointe les dangers de l’hyper-connexion de nos sociétés modernes. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. 
En déroulant le compte à rebours macabre de la mort des principaux protagonistes, Sang-Ho Yeon fait preuve d’une noirceur assumée et n’épargne pas grand monde dans ce jeu de massacre où acte de bravoure et lâcheté ordinaire aboutissent souvent au même résultat. S’il reprend les bases d’un genre très balisé depuis les premiers infectés de 28 jours plus tard, Colony a le mérite d’explorer des thèmes nouveaux avec efficacité et un respect du genre qui force le respect.

samedi 9 mai 2026

Obsession

Jusqu’où peut-on aller par amour ? Loin, très loin comme en témoignage la passion inconditionnelle que voue soudainement Nikki à son ami introverti Bear, secrètement amoureux d’elle sans jamais oser lui avouer. 
Sauf que d’amour il est moins question que d’une malédiction provoquée par un objet magique exhaussant tous les vœux, 
[SPOILER] et enfermant Nikki dans un corps qui n’est plus le sien, la privant de son libre arbitre au profit d’une relation mimant la passion amoureuse jusqu’à ses pires extrémités [FIN DU SPOILER]. 
En prenant le parti de raconter son histoire du point de vue de Bear jusqu’au deux tiers du film, le réalisateur Curry Barker dépeint une relation toxique virant au cauchemar le plus sordide en revêtant les atours d’un amour idyllique dont tous les protagonistes finiront par en faire les frais. Et si l’on compatit au chemin de croix de Bear, pourtant responsable de la situation, que dire du calvaire enduré par Nikki une fois que l’on a compris ce qu’elle vit ? 
Point de méchant dans Obsession, mais des personnages au demeurant bien intentionnés pris dans les rouages d’une malédiction que ne renierait pas Stephen King (on pense notamment à La peau sur les os) et qui les conduira aux pires extrémités. 
Au-delà d’un pitch malin mais sommes toute assez classique, la singularité du film réside avant tout dans le regard de Curry Barker instaurant un climat anxiogène crescendo à partir d’éléments du quotidien, une réalisation jouant avec habilité sur le hors champs pour instiller une peur insidieuse et le jeu halluciné d’Inde Navarette qui, dans la peau de la malheureuse Nikki, passe en quelques secondes d’un sourire charmeur à un terrifiant pétage de plomb avec une aisance confondante.
Ponctué de quelques scènes gores du plus bel effet, Obsession se révèle être une solide série B, suffisamment hargneuse et maitrisée pour marquer les esprits.