lundi 16 février 2026

Hamnet

Hamnet est mort, vive Hamlet ! 
Dés les premières images du nouveau film de Chloé Zhao, pourtant empruntes d’une certaine forme d’insouciance et de passion amoureuse, la mort plane et ce trou béant au pied d’une souche où Agnès s’endort innocemment ressemble de plus en plus à une tombe. 
Une mort inéluctable mais nécessaire pour équilibrer un cycle de vie et de création qui ne s’exprimera qu’au bout d’un long chemin parsemé de douleurs et de sacrifices. Celui d’une mère et d’une femme pour sa famille et son mari, celui d’un frère pour sa sœur, celui enfin d’un homme pour son art. 
En entrant dans la vie du plus célèbre des dramaturges anglais par la petite porte, celle de l’intime et de la cellule familiale, la réalisatrice sublime son sujet avec une approche aussi terre à terre (la proximité d’Agnès avec la nature) qu’esthétique (la plupart des plans fixes sont de véritables peintures). Car au-delà de la mise en scène d’une vie supposée de William Shakespeare, c’est bien une célébration de la vie et de la mort que dépeint Chloé Zhao en s’appuyant sur une distribution absolument impeccable, une musique et une photographie qui, loin d’écraser son propos, le hisse au contraire vers des sommets d’émotion.
Donner la vie, à une œuvre ou un enfant, c’est donner la mort dans le même élan et accepter à son corps défendant des sacrifices que l’on mettra parfois des années à comprendre. Mais lorsque vient ce moment lors de la dernière séquence du film, tous les éléments se mettent alors en place pour former le tableau final d’une vie emplie de joies et de douleurs. 
Au décor peint de la scène de théâtre répondent les arbres majestueux de la forêt d’Agnès, le regard que William jette à sa femme avant de quitter la scène renvoie au conte d’Orphée et Eurydice qu’il récitait à sa future femme et ce trou béant au pied de la souche se transforme enfin en porte de sortie pour quitter le spectacle ou la vie tellement les deux se confondent. 
L’émotion qui se dégage alors des comédiens est aussi puissante que fragile et le théâtre redevient le spectacle populaire qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être le temps d’une scène suspendue dans le temps. 
Lent et contemplatif, exigeant et parfois poseur mais d’une maitrise qui force le respect, Hamnet se joue des modes pour nous embarquer dans un voyage sensoriel dont on ne ressort pas indemne.

dimanche 15 février 2026

Send Help

2026 sera décidément l’année des grands retours. Après Christophe Gans et son Retour à Silent Hill voici Sam Raimi échappé de la maison Marvel pour renouer avec un genre qui a lancé sa carrière, la comédie gore et déjanté dont la saga Evil Dead reste l’une des pierres angulaires. 
La trame de Send Help aurait pu servir de scénario à un épisode de Master of Horror tant cette transposition sur une île déserte du rapport de force entre un patron despotique et une employée brillante mais légèrement asociale se prêtait à un traitement resserré et tendu propre aux pires débordements. 
En optant pour des personnages aux comportements excessifs frôlant parfois le burlesque comme l’était déjà l’interprétation déjantée de Ash par un Bruce Campbell en roue libre, le réalisateur prend le parti de la comédie grinçante plutôt que de l’horreur pure. Soit, mais lorsque la confrontation se résume dans la seconde partie du film à une alternance mécanique d’entre-aide, trahison, affrontement, on en vient à compter les points en devinant systématiquement le prochain retournement de situation et en espérant une issue rapide. 
C’est d’autant plus dommage qu’il y a du Misery dans cette prise d’otage qui ne dit pas son nom et ce refus de sortir d’un univers fantasmé où s’enferme une Linda Liddle au comportement de plus en plus trouble. 
Même s’il sacrifie à quelques scènes gores là aussi poussées à leur paroxysme (voire le sanglier monstrueux tout droit sorti de Razorback), Sam Raimi ne retrouve pas l’énergie communicative de ses débuts et se contente d’un face à face attendu, à peine assez méchant pour contenter les fans de la première heure mais pas suffisamment subversif pour honorer le genre horrifique.

samedi 7 février 2026

Retour à Silent Hill

Vingt ans après sa première retranscription à l’écran de Silent Hill, qui reste à ce jour l’une des meilleures adaptations d’un jeu vidéo au cinéma, Christophe Gans s’empare de l’univers labyrinthique de Silent Hill 2 pour un film qui prend à contre-pied les attentes d’un public rompu à l’horreur, au gore et aux sensations fortes. Car en dépit d’une campagne marketing mettant en avant ses aspects les plus monstrueux, ce Retour à Silent Hill est avant tout un film sur le deuil et la folie. 
Après avoir perdu la femme de sa vie, James reçoit une lettre de Mary supposée morte, l’enjoignant de la rejoindre dans sa ville natale, Silent Hill, en proie à un mal insidieux qui la plonge dans les ténèbres. Commence alors un périple peuplé de rencontres terrifiantes sur les traces d’un amour passé, un voyage dans les méandres de la folie et de la mort au coté d’un homme incapable d’accepter son deuil et sa culpabilité. 
Féru de jeux vidéo et de cinéma de genre, le réalisateur du Pacte des loups prouve, plus de dix ans après sa dernière réalisation, qu’il reste un cinéaste hors pair capable d’imposer sa patte à des univers aussi différents que singuliers. Aidé dans la concrétisation de ses visions d’horreur par le superviseur des effets spéciaux Patrick Tatopoulos, Christophe Gans invoque les figures attendues par les fans de la saga de Konami, les infirmières zombies et Pyramid Head en tête, tout en innovant avec des créatures réellement dérangeantes comme cette femme araignée du plus bel effet. 
S’il se vit comme un délire psychologique plus proche de David Lynch que d’un film d’horreur mainstream et nous offre de multiples tableaux aussi beaux que tétanisants, ce Retour à Silent Hill accuse néanmoins de trop nombreuses longueurs, quelques répétitions dans la succession des visions horrifiques d’un James de plus en plus engoncé dans sa psyché malade et vingt bonnes minutes en trop, passant d’un voyage au bout de l’enfer à un ennui poli. 
C’est d’autant plus dommage que l’ensemble repose sur un équilibre fragile entre horreur pure et romantisme éthéré et fait preuve d’une maturité dans l’exploration du genre que l’on aimerait voir plus souvent à l’écran.

samedi 31 janvier 2026

Gourou

Matt fait partie de ces personnes capables de demander leur copine en mariage devant une assemblée de trois cents personnes puis de relayer la scène sur les réseaux sociaux afin de créer le buzz et d’exercer suffisamment de pression psychologique sur la personne visée pour conditionner la réponse attendue. 
Matt est un coach en développement personnel comme il en existe des centaines, peut-être même des milliers en France, influenceur, manipulateur mais tellement investi dans son rôle et ses croyances qu’il en devient presque sympathique, et c’est là que réside le principal écueil du film. 
Sur une idée de base passionnante, disséquer les ressorts de cette mouvance aussi hétéroclite que problématique, le réalisateur-scénariste Yann Gozlan et l’interprète principal – producteur Pierre Niney n’en tirent qu’un thriller, certes efficace si l’on accepte des ressorts dramatiques gros comme des câbles à haute tension, mais tiré par les cheveux dès que Matt se met à dériver dangereusement tellement il nous est présenté de prime abord comme suffisamment lisse pour que l’on croit à la sincérité de sa démarche.
Alors que le milieu des coachs fourmille de personnages troubles pour ne pas dire franchement dangereux (voire les courants masculinistes, misogynes ou identitaires), il aurait été intéressant et scénaristiquement plus riche de plonger franchement sur les traces de l’un de ces gourous aux pensées extrêmes et d’en faire la clef de voute d’une immersion profonde au cœur de ces milieux interlopes.
En dépit de cette réserve et d’un script aux ressorts assez convenus jouant sur un Matt assailli de toutes parts par des menaces externes (le projet de loi des députés, le fan au comportement inquiétant interprété par le toujours impeccable Anthony Bajon) et internes (le frère jaloux, la petite amie de plus en plus suspicieuse, le collaborateur trouble manipulateur), Gourou réserve des scènes de manipulation des masses très réussies lors des grandes messes d’un Matt extatique, jouant des clins d’œil médiatiques avec les apparitions de Nicolas Demorand et Cyril Hanouna et sa cours dans leur propre rôle, tout en explorant de manière assez documentée le travail en coulisse des équipes entourant ces gourous des temps modernes qui se repaissent et s’engraissent sur le lit de la misère humaine. 
L’intention est louable, le résultat trop poli et convenu pour un sujet aussi sensible et actuel, Gourou ne restera pas dans les mémoires mais pose les bonnes questions à défaut d’y répondre franchement.

samedi 24 janvier 2026

Primate

Peut-on moralement souhaiter la mort rapide et douloureuse de tout le casting d’un film au bout de dix petites minutes ? Oui si les personnages écrits à la truelle et interprétés par une distribution interchangeable se résument à des physiques photoshoppés sans aucune personnalité et dont les interactions se limitent à des cris hystériques et des parades amoureuses prépubères. 
A la croisée du home invasion, du film d’animal tueur et du slasher, Primate aurait pu, à la manière de Dangerous Animals un an auparavant, se révéler être une excellente série B hargneuse et jouissive.
C’est sans compter une réalisation d’une paresse incroyable qui se limite à filmer des mises à mort attendues et des scènes gores, la plupart assez réussies il faut l’avouer, sensées contenter un auditoire de mangeurs de popcorn décérébrés, tout en cumulant situations convenues et comportements d’une prévisibilité insultante pour le spectateur. 
Déjà coupable d’un certain nombre de suites plus ou moins nécessaires (Resident Evil, Strangers, 47 Meters Down), Johannes Roberts continue à capitaliser sur un genre dont il ne maitrise apparemment pas les codes, le premier étant de ne pas sacrifier ses personnages au seul profit de quelques séquences chocs. 
Prenant le parti de ne pas s’attacher à des protagonistes sans aucune personnalité, on se contente donc de suivre d’un œil blasé la partie de cache-cache létale d’un chimpanzé vénère et de fêtards en goguettes dont la plupart connaitront une mort peu enviable dés qu’ils mettent un pied en dehors de la piscine, seul lieu sûr de la résidence, et dont le réalisateur abuse de manière outrancière. 
D’une durée ramassée d’une heure trente (ressenti : deux heures bien tassées), Primate s’offre le luxe d’une violence assez débridée (même si souvent hors champ) et d’un refus d’image numérique bienvenue. Ce n’est hélas pas suffisant pour chasser ce sentiment persistant d’être pris pour un imbécile à qui on sert sa ration réglementaire d’horreur préfabriquée.

samedi 17 janvier 2026

28 ans plus tard – Le Temple des Morts

Alors que le premier opus de la trilogie 28 ans plus tard réalisé par Danny Boyle prenait les deux précédents films à contre-pied avec l’introduction du mystérieux docteur Kelson et un final nous renvoyant tout droit aux grandes heures du cinéma post apo italien des années quatre-vingt, ce Temple des Morts dirigé par la nouvelle venue Nia DaCosta enfonce encore le clou, se démarquant de plus en plus des films d’infectés énervés et de survivants aux abois. 
Des survivants il en est pourtant question, et si les rencontres inopinées avec les infectés se soldent en général par des drames sanglants, la menace la plus glaçante vient pourtant des humains eux même, pour peu qu’il subsiste une trace d’humanité dans ces groupes d’illuminés au comportement sadique et à la doctrine pour le moins obscure. Il faut alors se tourner vers les infectés eux même, voire le plus dangereux d’entre eux, l’Alpha Samson, pour redécouvrir cette humanité perdue et transformer le sauvage en être de raison. 
Alors que le marqueur d’une violence sadique que ne renierait pas Alex et sa bande dans Orange Mécanique est poussé à son paroxysme, le Temple des Morts se différencie pourtant de ses prédécesseurs par un rythme beaucoup plus posé et des infectés relégués au second plan. 
Soucieux de creuser le mythe de la saga, le scénariste Alex Garland équilibre son histoire entre la destinée du docteur Kelson interprété par un Ralph Fiennes totalement habité par son rôle et la quête sanglante du faux prédicateur Jimmy Crystal. 
Leur rencontre donnera lieu à un final halluciné, entre spectacle pyrotechnique furieusement rock et réflexion métaphysique sur la quête d’humanité, pour s’achever sur une fin ouverte qui donne au film les atours d’un épisode de série, avec ses inévitables trous scénaristiques (le personnage de Cathy, la femme enceinte survivante du massacre disparait corps et bien jusqu’à la fin du film).
Patchwork bigarré au croisement de différents genres, mashup improbable entre horreur pure, humour décalé, post-apo et quête d’une humanité perdue, Le Temple des Morts frise le trop plein sans jamais trébucher ce qui tient du miracle.

lundi 12 janvier 2026

La femme de ménage

Que restera-t-il de cette adaptation du best-seller de Freida McFadden une fois sorti de la salle ? 
Le goût d’un burger un peu trop gras, roboratif et plaisamment régressif mais décidément trop lourd à digérer. 
Le script aurait pu surprendre s’il n’arrivait pas après deux décennies de thrillers domestiques à tendance parano mais Paul Feig n’est ni Paul Verhoeven ni David Fincher et malgré les efforts conjugués d’un duo d’actrices investies (Sydney Sweeney est une fois de plus réduite à son physique de it girl et Amanda Seyfried semble s’amuser comme une folle à péter un câble toutes les dix minutes), on a davantage l’impression de visionner un téléfilm de seconde partie de soirée que le digne successeur de Gone Girl. 
Adoptant une réalisation sans grand relief, Paul Feig se repose sur les ingrédients qui ont fait le succès de ses glorieux prédécesseurs, à savoir un soupçon d’érotisme soft lorsque la caméra s’attarde sur les fesses de Brandon Sklenar ou la poitrine de Sydney Sweeney, une pointe de férocité somme toute très maitrisée dans sa seconde partie, une violence respectable et un retournement de situation que nous voyons arriver (pour ceux qui n'ont pas lu le roman) dés la première demi-heure. 
SPOILERS - A force de souligner à grand renfort de signaux lumineux la respectabilité d’Andrew et la folie de Nina, on se doute bien que les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être et qu’une vérité alternative va nous être dévoilée dans la dernière ligne droite. - FIN DES SPOILERS 
On mentirait en soutenant passer un mauvais moment pendant les deux heures quinze de cette Femme de ménage dont de nombreuses scènes s’étirent pourtant plus que de raisons. 
C’est divertissant, gentiment méchant en écornant, à peine, des personnages tout droit échappés de Desperate Housewives, mâtiné d’un semblant de girlpower pour faire bonne figure et au final tout à fait inoffensif.