Le combo film d’horreur français de
banlieue pouvant accoucher du meilleur (La Tour de Guillaume Nicloux) comme du pire
(la liste serait trop longue), on était en droit d’accueillir Kraken avec les
réserves d’usage, et le résultat n’en est que plus surprenant.
Sans
révolutionner les codes du genre, un tueur quasi indestructible, un groupe de
victimes en devenir, un lieu clos, le film du duo Mohamed Chabane et Théo
Jourdain Rhodes assure le spectacle avec une réalisation soignée, un casting
tout à fait correct et un parti pris audacieux.
Avec une utilisation astucieuse de son
décor urbain et une alternance des vues à la première personne par caméra
interposée façon found footage (on pense régulièrement à Rec), des filtres
Snapchat et des plans caméra à l’épaule, Kraken nous entraine dans les
entrailles de sa tour infernale plantée au milieu d’une banlieue qui, une fois
n’est pas coutume, ne sert pas de décor à un énième discours misérabiliste.
En
jouant la carte de l’humour avec le personnage de Marvin incarné par Bilel
Chegrani en trublion sous tension, les réalisateur désamorcent régulièrement les
scènes tendues par ailleurs surlignées par des effets gores très (trop) exposées.
Ce que le film perd en rugosité et en noirceur il le gagne en respiration.
Mais
le choix d’écriture le plus surprenant concerne certainement le personnage du
tueur. Plutôt que d’en faire une incarnation du mal absolu à l’image d’un Michael
Myers dans Halloween, ou du Maniac Cop de Willima Lustig pour rester dans la
thématique du film, Mohamed Chabane et Théo Jourdain Rhodes optent pour une
explication plus humaine qui brouille les cartes et rend la frontière entre bons
et méchants d’autant plus floue.
Pas de manichéisme donc dans ce film d’horreur
respectueux du genre, bien troussé, et suffisamment efficace pour mériter que l’on
s’y attarde deux heures durant.






