Hamnet est mort, vive Hamlet !
Dés les premières images du nouveau film de Chloé Zhao, pourtant empruntes d’une
certaine forme d’insouciance et de passion amoureuse, la mort plane et ce trou
béant au pied d’une souche où Agnès s’endort innocemment ressemble de plus en
plus à une tombe.
Une mort inéluctable mais nécessaire pour équilibrer un cycle
de vie et de création qui ne s’exprimera qu’au bout d’un long chemin parsemé de
douleurs et de sacrifices. Celui d’une mère et d’une femme pour sa famille et
son mari, celui d’un frère pour sa sœur, celui enfin d’un homme pour son art.
En entrant dans la vie du plus célèbre des dramaturges anglais par la petite
porte, celle de l’intime et de la cellule familiale, la réalisatrice sublime
son sujet avec une approche aussi terre à terre (la proximité d’Agnès avec la
nature) qu’esthétique (la plupart des plans fixes sont de véritables
peintures). Car au-delà de la mise en scène d’une vie supposée de William
Shakespeare, c’est bien une célébration de la vie et de la mort que dépeint Chloé
Zhao en s’appuyant sur une distribution absolument impeccable, une musique et
une photographie qui, loin d’écraser son propos, le hisse au contraire vers des
sommets d’émotion.
Donner la vie, à une œuvre ou un enfant, c’est donner la
mort dans le même élan et accepter à son corps défendant des sacrifices que l’on
mettra parfois des années à comprendre. Mais lorsque vient ce moment lors de la
dernière séquence du film, tous les éléments se mettent alors en place pour
former le tableau final d’une vie emplie de joies et de douleurs.
Au décor
peint de la scène de théâtre répondent les arbres majestueux de la forêt d’Agnès,
le regard que William jette à sa femme avant de quitter la scène renvoie au
conte d’Orphée et Eurydice qu’il récitait à sa future femme et ce trou béant au
pied de la souche se transforme enfin en porte de sortie pour quitter le
spectacle ou la vie tellement les deux se confondent.
L’émotion qui se dégage
alors des comédiens est aussi puissante que fragile et le théâtre redevient le
spectacle populaire qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être le temps d’une scène
suspendue dans le temps.
Lent et contemplatif, exigeant et parfois poseur mais
d’une maitrise qui force le respect, Hamnet se joue des modes pour nous
embarquer dans un voyage sensoriel dont on ne ressort pas indemne.






