Il faut attendre une bonne heure, une
mise en place un tantinet longue et laborieuse, et l’apparition du chef de la
Gestapo de Lyon Klaus Barbie pour que le film aborde enfin son propos, celui de
la confrontation entre deux hommes de pouvoir dont on ne connait que l’issue
fatale.
Car c’est bien là toute l’ambiguïté du film du hongrois László Nemes,
partir d’un fait historique établi, les dix jours qui séparent l’arrestation à
Lyon et la mort du chef de la Résistance française, et imaginer ce face à face
dont on ne sait finalement pas grand-chose.
En délaissant les atours du film de
guerre à tendance paranoïaque inspiré par l’indépassable Armée des ombres filmé
par Jean-Pierre Melville en 1969, le Moulin de László Nemes revêt une dimension
presque symbolique portée par une réalisation épurée, l’interprétation toute en
sobriété de Gilles Lelouche et la présence magnétique de l’acteur allemand Lars
Eidinger dans un rôle que l’on imagine pour le moins éprouvant.
Incarnation du
mal dans tout ce qu’il peut avoir de séducteur et de manipulateur, le
personnage de Klaus Barbie orchestre un interrogatoire au long court visant à
briser un homme jeté dans la tourmente de l’Histoire et dont les secrets
pourraient inverser le cours de la guerre. S’ensuivent alors des scènes d’une
cruauté et d’une brutalité hallucinantes (le tortionnaire de la Gestapo
cannibale), alternant avec une horreur la plupart du temps hors champ pour
laisser au spectateur le soin de modeler ses propres cauchemars.
Chantage, faux
espoir, culpabilité, simulacre d’exécution, torture physique autant que
psychologique, le chemin de croix de Jean moulin prend des allures quasi
christiques face à un homme déshumanisé au point de s’élever au niveau d’un
dieu face à ses victimes impuissantes.
Malgré quelques longueurs et des choix scénaristiques
discutables, le chassé-croisé avec la comtesse de Forez tire en longueur, ce
Moulin tient moins du témoignage historique que d’une réflexion sur le mal et l’héroïsme
ordinaire avec ce qu’il comprend de sacrifices et de compromissions. Le
traitement de l’un des personnages les plus iconiques de la Seconde Guerre
Mondiale est discutable mais le propos reste passionnant.






