Si la légende est plus belle que la
réalité, imprimez la légende faisait dire John Ford à l’un de ses personnages journaliste
dans L'homme qui tua Liberty Valance.
C’est bien de légende dont il est
question dans le nouveau film de Michael Sarnoski, celle de Robin des bois,
prince des voleurs qui détrousse les riches pour donner aux pauvres, qui prie
trois fois par jour et qui voue un amour sans partage à la belle Marianne. Et
si, loin des histoires colportées autour de la cheminée et des mythes fondateurs
des héros, Robin des bois et sa troupe de voleurs n’étaient rien d’autres que
des brigands sans foi ni loi, massacrant sans distinction les malheureux qui
croisent leur chemin ?
C’est en partant de ce postulat que le
réalisateur détricote la légende et nous questionne à la fois sur la
construction des mythes, l’idée de rédemption et le poids de la violence qui se
transmet de génération en génération.
Difficile de ne pas penser à Impitoyable,
le chef d’œuvre crépusculaire de Clint Eastwood devant ce Robin vieillissant,
prisonnier d’une vie de violence et dont la rédemption viendra d’une rencontre
aussi improbable qu’attendue.
Porté par l’interprétation d’un Hugh Jackman dont
le personnage renvoie aussi bien à son magnifique Logan qu’à des accents Mel Gibsonien
et par une Jodie Comer qui s’impose de film en film comme l’une des plus impressionnantes
actrices de sa génération, On l’appelait
Robin des bois s’ouvre sur une première partie d’une noirceur et d’une
brutalité rarement vue sur grand écran. La photo est sombre et le propos désespéré,
on patauge dans la boue et le sang aux cotés de protagonistes piégés dans une
spirale de vengeance dont seule la mort pourra les délivrer, des personnages plus
proches de bêtes sauvages que d’êtres doués de sensibilité et de raison.
Et c’est
justement aux portes de la mort que le destin de Robin et le propos du film basculent.
Plus contemplatif, la violence est reléguée à l’arrière-plan mais jamais très
loin même si la possibilité d’une expiation, à défaut de pardon, laisse le
champ libre à une délivrance qui scellera une bonne fois pour toute une légende
dont nous préférerons ne conserver que les aspects les plus lumineux.
En
mettant sa réalisation d’une maitrise sans faille au service d’une histoire
aussi controversée, le réalisateur Michael Sarnoski refuse toute concession et
nous propose au travers de l’un des personnages les plus connus du panthéon des
héros populaires une réflexion passionnante sur la construction des mythes et
le poids de la violence dans un monde régit par la loi du talion et un certain sens
de l’honneur.
