Reprendre les rênes d’une saga culte
(Evil Dead, Massacre à la tronçonneuse, Halloween ou tant d’autres) comporte l’avantage
de travailler en terrain connu avec une base solide de public quasi captif et
une trame plus ou moins connue d’avance. Mais les pièges sont tout aussi nombreux :
surenchère par rapport aux épisodes précédents, fan service de rigueur, cahier
des charges étouffant dans l’œuf toute velléité de création originale.
C’est
donc avec une curiosité teintée d’appréhension que l’on attendait l’expérience
américaine du frenchie Sébastien Vaniček qui s’était fait remarqué en fin d’année
2023 avec Vermines, un film d’invasion avec des araignées suffisamment énervées
pour retenir toute notre attention.
Le résultat est sans appel, en dépit d’un
scénario assez basique, Evil Dead Burn est une franche réussite à bien des
égards. Refusant le pur film de genre sans pour autant lorgner du coté des
Elevated horror chers au studio A24, cette nouvelle pierre à l’édifice de la
saga créée par Sam Raimi ne se contente pas d’aligner des scènes gores d’ailleurs
totalement crédibles.
En suivant les pas d’Alice interprétée par Souheila Yacoub
déjà remarquée dans Les femmes au balcon de Noémie Merlant, le réalisateur explore
par le biais de l’horreur des traumas bien réels parmi lesquels les violences conjugales
et les secrets enfouis d‘une famille dysfonctionnelles. Réussite sur le fond donc
pour ce renouveau du genre qui aborde des thèmes d’actualité tout en
multipliant des clins d’œil à la saga (la caméra subjective fonçant vers la
maison, le prologue aussi impressionnant que gratuit renvoyant à l’opus de Fede
Alvarez, la scène post générique en lien direct avec le précédent Evil Dead Rise).
Mais réussite sur la forme également avec la patte très personnelle d’un Sébastien
Vaniček qui n’hésite pas à jouer avec les reflets et la verticalité et dont le
sens du cadre a considérablement évolué depuis Vermines.
Deux séquences majeures
du film témoignent de cette maitrise dans la mise en scène, tout d’abord un repas
de famille tendu à souhait, où l’alternance des plans fixes et des points de
vue créé une atmosphère étouffante qui éclatera inexorablement dans un déluge
de violence. S’ensuit une scène d’action avec trois personnages dans l’habitacle
exigu d’une voiture, et dont la lisibilité témoigne d’un véritable tour de
force en termes de cadrage et de réalisation.
Mature, d’une violence domestique
assez poussée, tant physique que psychologique, inventif et servi par des personnages
qui ne se cantonnent pas à la traditionnelle chair à canon des films d’horreur,
Evil Dead Burn apporte un vent de fraicheur bienvenu dans un genre en perpétuel
renouveau, et valide Sébastien Vaniček comme l’un des réalisateurs les plus
intéressants de sa génération.

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