dimanche 7 décembre 2008

Hunger

Caméra d’or au dernier festival de Cannes, Hunger débarque sur nos écrans précédé d’une réputation élogieuse.
Ce premier film de l’anglais Steve McQueen raconte le calvaire de Bobby Sands et de ses compagnons irlandais emprisonnés en Irlande du Nord en 1981. Alors que le gouvernement anglais de Margaret Thatcher leur refuse le statu de prisonnier politique, ils entament une grève de la faim qui se soldera par dix morts, dont celle de l’homme qui fut l’initiateur de ce mouvement protestataire.
Nous entrons dans la prison, et dans le film, en suivant le quotidien d’un gardien de prison, qui passe ensuite le relais au prisonnier Davey Gillen qui partage sa cellule avec Gerry Campbell, lui aussi détenu politique. C’est par leur intermédiaire que nous rencontrons enfin Bobby Sands pour ne plus le lâcher jusqu’à la fin, sa fin.
Pour illustrer son propos, le réalisateur ne recule devant rien et utilise même l’horreur de chaque situation pour mieux faire passer ce qu’il a à dire. Pour témoigner de leur colère, les prisonniers irlandais entament une grève de l’hygiène et tapissent d’excréments les murs de leurs cellules. Cette situation extrême, tout comme les humiliations, la répression excessive des matons anglais, ou les exécutions sommaires commises par les milices de l’IRA, servent de matériau à Steve McQueen pour construire un film choc et entrainer le spectateur dans une expérience physique parfois difficile.
Le film est construit à partir de longs plans fixes (le nettoyage du couloir), comporte dans sa première partie très peu de dialogues, et restitue de manière presque palpable la saleté dans laquelle vivait ces hommes. Cette impression est exacerbée lors du calvaire de Bobby Sands durant lequel rien ne nous est épargné. On partage avec lui ses draps tachés de sang et de vomissures, ses escarres, sa lente agonie due à 66 jours de privation.
Si Hunger est un film fort et implacable, un film dont on ne ressort pas indemne, on peut toutefois regretter le choix scénaristique du réalisateur qui divise son film en deux parties, séparées l’une de l’autre par le dialogue entre le prisonnier et le prêtre.
Hunger commence par être un film politique ancré dans une réalité forte (le conflit irlandais au début des années 80), mettant en scène des militants de l’IRA prisonniers des anglais. Le film s’attarde sur leurs revendications, le bras de fer qu’ils entament avec le gouvernement anglais et leurs conditions de détention injustifiables.
Survient alors un incroyable plan séquence de presque 20 minutes, une discussion admirablement bien construite entre Bobby Sands et le père Dominic Moran qui tente de le dissuader d’utiliser son corps comme une arme au service de ses idéaux. Le propos verse alors dans la théologie, avant que le film ne bascule dans l’idéologie lorsque le réalisateur s’attarde (trop ?) sur l’agonie presque christique du prisonnier. La grève de la faim est presque déconnectée du contexte politique du film et pourrait servir n’importe quelle cause. Le sujet semble se suffire à lui-même et tellement captiver le réalisateur que celui-ci filme des scènes à la limite de la complaisance. Ce ne sont que les indications du générique de fin qui viennent nous ramener au sujet premier du film.
On pourra trouver Hunger difficile à appréhender dans son approche formelle, trop extrême dans la représentation de la déchéance des corps, il n’en demeure pas moins un film éprouvant, que l’on ressent physiquement et dont on ne sort pas indifférent.

mardi 2 décembre 2008

Mesrine, l’ennemi public numéro 1

Deuxième partie du dyptique de Jean François Richet consacré à Jacques Mesrine, L’Ennemi public numéro 1 pouvait laisser craindre une dérive du réalisateur vers une certaine fascination pour son personnage et l’iconisation de celui qui fut une figure mythique du grand banditisme français. L’affiche du film, largement inspirée de celle de La passion du Christ de Mel Gibson, abondait dans ce sens.
Curieusement, cette suite se différencie radicalement du premier épisode aussi bien par le fond que par la forme, pour le meilleur comme pour le pire.
Si la réalisation est toujours maitrisée et la direction d’acteur inattaquable, on peut toutefois déplorer un certain manque de dynamisme et de panache dans les scènes d’action. Alors que l’Instinct de mort nous proposait des séquences de fusillades jusqu’alors rarement vu dans le cinéma français, en terme de maitrise et de construction, L’Ennemi public numéro 1 fait presque preuve de paresse et tombe dans les travers d’une production calibrée pour la télévision. La scène finale qui voit la dernière sortie de Mesrine espionné par les policiers est interminable, d’autant plus qu’elle nous a déjà été présentée.
A l’inverse, cette suite se démarque du premier opus par son discours. Largement inspiré par les divers écrits et déclarations de Mesrine lui-même, dont l’enregistrement posthume que l’on retrouve aussi en partie dans la chanson de Trust, l’Instinct de mort, le scénario se montre beaucoup plus fin et intéressant que précédemment.
L’Ennemi public numéro 1 suit l’évolution d’un homme qui a décidé de vivre non pas en marge de la société mais d’en profiter au maximum selon ses propres règles. On découvre un personnage mégalomane, manipulateur, intelligent, qui ose tout pour parvenir à ses fins. Confronté à l’image que lui renvoient ses amis, notamment François Besse et Charlie Bauer interprétés respectivement et remarquablement par Mathieu Amalric et Gérard Lanvin, Mesrine se retrouve face à une réalité qu’il n’accepte pas. Il se voudrait rebelle, anti social alors qu’il ne fait que voler de l’argent pour mieux consommer et participer à cette société qu’il décrie.
Son combat contre les Quartiers de Haute Sécurité l’entraine dans une spirale de plus en plus folle et cache mal un désir de reconnaissance ainsi qu’une pulsion autodestructrice. Son amour pour Sylvia Jeanjacquot ne pourra le sauver de lui-même et c’est dans un acte presque suicidaire qu’il tombera porte de Clignancourt.
Les dialogues sont remarquables mais il est vrai que le personnage n’était pas avare en déclarations percutantes et en bons mots.
Il serait intéressant de revoir les deux films bout à bout, chacun ayant une personnalité marquée, brillant tantôt par la mise en scène et tantôt par le scénario, avec toujours une galerie de personnages brillamment interprétés.
Mesrine reste un personnage marquant plus de trente ans après sa mort, et si les films ne prétendent pas lever le voile sur tous les mystères que revêt encore le destin hors du commun de cet homme, ils ont au moins le mérite de montrer que l’on peut réaliser en France une œuvre ancrée dans une certaine réalité, un contexte politique et social marqué sans pour autant en sacrifier le coté spectaculaire.

jeudi 20 novembre 2008

L'échange

Clint Eastwood adapte un incroyable fait divers dans l’Amérique des années 20 passé jusqu’alors inaperçu.
L’échange raconte le destin d’une femme ordinaire dont la vie bascule lorsque son enfant est kidnappé et que la police lui ramène un garçon qui n’est pas le sien. Commence alors pour elle un combat contre les institutions qui, dans le contexte de l’époque, prend des proportions à peine imaginables aujourd’hui.
L’échange est un film de facture classique, que certains accusent d’être sans éclat, alors qu’il est parfaitement maitrisé à tous les points de vue.
En artiste complet, Clint assure une réalisation impeccable et écrit une musique en complète harmonie avec son histoire. Les décors sont minutieusement reconstitués, la photographie est superbe, et l’ensemble des acteurs, Angelina Jolie en tête, sont parfaitement dirigés et habités par leurs rôles.
Ce qui frappe surtout à la vision de ce film, outre le fait que l’on est totalement pris dans l’histoire et que l’on ne voit pas passer les deux heures vingt, est qu’il brasse une multitude de thèmes qui auraient justifiés un film pour chacun d’eux.
L’échange est un film historique qui restitue parfaitement la condition sociale d’une femme célibataire dans l’Amérique de l’entre deux guerres, un thriller qui suit les agissements puis la traque d’un serial killer tueur d’enfants, un film de tribunal, grande spécialité du cinéma américain, l’histoire d’une femme qui se bat contre un système implacable et à priori inattaquable (Erin Brockovich n’est pas loin) et un film inquiétant qui frôle le fantastique lorsque l’enfant retrouvé prend la place du disparu dans la maison de Christine Collins. On pense alors à l’Invasion des profanateurs de sépultures et à tous ces films emprunts de la paranoïa des années de Guerre Froide.
Si le réalisateur s’efface devant son histoire, certaines scènes comme l’exécution du condamné, intense et dramatique, ou les meurtres du serial killer, à peine entrevus mais traumatisants, laisse percevoir la maitrise d’un cinéaste qui n’a plus rien à prouver et qui continue d’explorer une certaine histoire de l’Amérique.

vendredi 7 novembre 2008

Quantum of Solace

Casino Royale avait marqué d’une pierre blanche la saga des James Bond et insufflé un renouveau salutaire chez un personnage de plus en plus anachronique.
L’attente suscitée par Quantum of Solace, qui réunit à nouveau Marc Foster à la réalisation et Daniel Craig dans le rôle de l’espion le plus célèbre du monde, et dont l’intrigue débute tout de suite après la fin de Casino Royale, était donc à la hauteur de l’évènement.
La déception n’en est que plus grande.
On ne s’ennuie pas, mais on se croirait revenu dix ans en arrière, dans les épisodes les moins réussis de la série. Le scénario semble inachevé et confus, les acrobaties de Bond redeviennent totalement surréalistes, bref, on regarde le film détaché comme on feuillèterait une bande dessinée légère, sans que cela ne suscite une grande implication.
Qu’est ce qui ne va pas dans ce nouvel opus ?
Le méchant tout d’abord, clef de voute de tout film réussi. Mathieu Amalric avait pourtant un potentiel intéressant pour incarner un personnage inquiétant, fou et dangereux. Il est ici d’une inactivité assez surprenante, accompagné par un homme de main qui est affublé d’une coiffure ridicule et dont la seule action avant de mourir bêtement sera de passer une mallette à un dictateur sur le retour.
Le personnage féminin ensuite, ne supporte pas la comparaison avec la grâce, le charme, l’intelligence de Vesper incarnée par une étonnante Eva Green. Olga Kurylenko est certes belle, sportive, essaie de paraitre déterminée mais rien n’y fait, on pense pendant tout le film avec regret à Vesper.
Daniel Craig enfin, est loin de l’incarnation animale qui nous avait tant surpris lors du précédent film. Si Bond multiplie les meurtres, il n’en parait pas pour autant plus inquiétant que cela. A la manière de ses illustres prédécesseurs, il emballe une pauvre fille en quelques minutes, couche avec avant qu’elle ne se fasse bien entendu tuer. On peut remarquer à ce propos un clin d’œil à Goldfinger dans la manière dont sa mort est mise en scène.
Le générique de début n’est pas particulièrement remarquable et la chanson, interprétée par Alicia Keys, est plus que moyenne. On peut toujours rêver de ce qu’en aurait fait Amy Winehouse qui semblait toute désignée pour prendre la succession de Shirley Bassey.
La fin du film ne nous apporte que peu de renseignement sur cette fameuse organisation omniprésente qui est sensée représenter une menace mondiale. Si le film surfe sur la vague écologique (le bien précieux convoité par les méchants est l’eau), le scénario n’en demeure pas moins bancal pour ne pas dire sacrifié.
Quantum of Solace est donc un Bond moyen, un film d’action bien réalisé mais une réelle déception par rapport à ce que laissait espérer Casino Royale.

mercredi 5 novembre 2008

Hellboy 2 - Les légions d'or maudites

Comme c’est souvent le cas pour un second épisode, le réalisateur, libéré de toute contrainte de présentation de ses personnages, peut s’exprimer pleinement sans passer trop de temps à planter le décor.
C’est exactement ce que fait Guillermo Del Toro qui nous offre avec ce second volet des aventures de Hellboy un spectacle total, complètement décomplexé et pourtant sensible et intelligent.
Le réalisateur mexicain continue ce qu’il avait initié dans le premier Hellboy, c'est-à-dire faire vivre et dynamiser l'univers si particulier de Mike Mignola, et construire un monde impensable peuplé de créatures sorties de toutes les mythologies possibles, et néanmoins d’une rare cohérence. Le cinéphile amateur de fantastique peut y piocher de multiples références, les non initiés en prendront plein la tête et les yeux.
Ainsi, le peuple des elfes auxquels les membres du BPRD sont confrontés auraient tout à fait sa place dans la trilogie du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson. Les gardes qui défendent le roi contre son fils semblent tout droit sortis de l’univers de Silent Hill illustré par Christophe Gans. Le dieu de la forêt qu’affronte Hellboy en pleine ville pourrait être issu de l’imaginaire de Miyazaki. Et comment ne pas penser à A toute épreuve de John Woo lors du gunfight avec un bébé dans les bras ?
Aussi à l’aise avec des films de commande (Blade 2, Hellboy) que des œuvres plus personnelles (L’échine du diable, Le labyrinthe de Pan), Guillermo Del Toro confirme, si besoin était, qu’il est un grand cinéaste, un visionnaire qui sait rendre crédible les univers les plus fous, et surtout un passionné qui respecte ses personnages, et donc le spectateur. Les histoires d’amour entre Hellboy et Liz Sherman d’une part, et entre Abe Sapien et la princesse Nuala d’autre part, sont émouvantes car crédibles. Le réalisateur ne considère pas ses personnages comme des monstres mais comme des êtres sensibles, imparfaits et surement plus humains que les gens qu’ils s’efforcent de défendre et qui les jugent sur leur apparence physique. Le passage de la Fiancée de Frankenstein sur une télévision dans l’appartement de Hellboy n’est d’ailleurs pas innocent.
Hellboy apparait comme un être immature, incontrôlable et impulsif. Lorsque la mort (l’une des plus belles représentations de la Mort que l’on ait vu depuis longtemps) demande à Liz de choisir entre la vie de son amour et le destin de la Terre, elle choisit de sauver celui qu’elle aime. Abe Sapien n’hésite pas à donner le pouvoir à son ennemi par amour pour la princesse. Si les membres du BPRD sont des héros, ils sont aussi et avant tout des êtres vivants doués d’émotions et pas aussi irréprochables que cela, ce qui les rend d’autant plus crédibles.
Autre élément fort du film, le personnage du méchant qui, comme le disait Hitchcock, conditionne la réussite d’un film. Prince déchu, héros tragique d’un peuple qui s’éteint, meurtrier de son père et lié à jamais au sort de sa sœur jumelle, le prince Nuada est à la mesure du film, crédible, impressionnant dans ses combats, sans pitié pour la race humaine qu’il méprise et qui meurtrit une nature chère aux elfes.
Enfin, les combats de Hellboy 2 sont remarquablement chorégraphiés et plongent le spectateur au sein d’affrontements titanesques dignes des mangas les plus fous. Hellboy 2 est un spectacle de tous les instants, sans aucun temps mort, tour à tour épique, émouvant, comique, haut en couleur et totalement maitrisé.
Le fait que Peter Jackson ait choisit de confier à Guillermo Del Toro la prequel de sa trilogie du Seigneur des Anneaux est une excellente nouvelle et la preuve qu’il a su reconnaitre en lui un réalisateur passionné, respectueux et doté d’un talent fou.

mercredi 29 octobre 2008

Mesrine, l'instinct de mort

Le choix de Jean François Richet pour adapter à l’écran la vie de Jacques Mesrine est à la fois un bon et un mauvais parti.
Le réalisateur a montré avec Assaut sur le central 13, le remake du Assault de Carpenter, qu’il savait réaliser un film d’action efficace et hors norme. Mais Richet est aussi le réalisateur de Ma 6-T va crack-er, un militant qui ne cache pas son refus de l’ordre établi, voire de la société actuelle. Le message de fond de Ma 6-T va crack-er était contestable en légitimant quasiment les émeutes et les violences des banlieues.
Malgré ses déclarations, force est de constater qu’avec ce premier volet de Mesrine, il retombe dans les mêmes travers et peine à cacher son admiration pour celui qui fut dans les années 80 l’ennemi public numéro 1.
Mesrine est certes montré dans le film comme un homme violent, extrémiste et un véritable metteur en scène de ses actes. Il commet des meurtres mais ils sont plus ou moins légitimés, notamment quand il venge une prostituée défigurée par son mac. Il vole, mais seulement aux riches, il kidnappe un milliardaire et sympathise avec des indépendantistes canadiens. Bref nous ne sommes pas loin des figures mythiques de révoltés qui défient la société. Mais ce serait oublier un peu vite que ces personnages de légende (Guevara en tête pour ne citer que le plus emblématique) défendait une cause. Mesrine lui agit pour son propre compte et n’hésite pas à tuer pour arriver à ses fins personnelles.
Ceci étant, Mesrine est bien réalisé, habité par un Vincent Cassel animal, secondé par des seconds rôles impeccables (Depardieu, Lellouche) mais parfois sacrifiés (Cécile de France). On peut reprocher à Richet certains effets de style un peu artificiels (les split screens et les effets de miroirs quand il se prend pour De Palma !), mais on doit lui reconnaitre une parfaite maitrise des scènes d’actions.
L’un des principaux points faible de ce premier volet, dans sa forme, est cette sensation que le réalisateur a tourné 3 ou 4 heures de film et que, forcé par des contraintes de production, il en a monté les meilleures séquences bout à bout. On a ainsi la sensation de traverser la première période de la vie si tumultueuse de cet homme hors du commun à toute vitesse. Les années défilent et on aimerait parfois s’attarder un peu sur certains personnages (Jeanne en particulier) ou certains épisodes de son existence.
Attendons le second volet de Mesrine pour porter un jugement global sur un film ambitieux et décomplexé dans sa forme, mais discutable sur la manière dont sont montrés les faits.

dimanche 19 octobre 2008

Tropa de Elite

Se situant à mi chemin entre la Cité de Dieu (dont le scénariste à participé à l’élaboration de ce film) et The Shield, Tropa de Elite suit le quotidien des policiers du BOPE, une section spéciale de la police militaire brésilienne intervenant dans la lutte anti drogue au cœur des favelas.
L’histoire, racontée en voix off par le capitaine Nascimento, se concentre sur la volonté de celui-ci de quitter sa fonction pour se consacrer à sa femme et son fils nouveau né. Pour cela, il doit auparavant sélectionner et former celui qui le remplacera. Deux candidats sortent du lot, Neto et Matias. L’un a tendance à intellectualiser, et peut être idéaliser un peu sa fonction, l’autre fonce tête baissée et réfléchit ensuite. Les deux ont comme point commun de ne pas être corrompus comme la majorité de leurs collègues policiers. Bien entendu, rien ne se passera comme prévu et le choix du capitaine Nascimento se trouvera précipité par des évènements tragiques.
Tropa de Elite est un film qui a suscité une certaine polémique lors de sa sortie, certains journalistes accusant son réalisateur José Padilha de tendance fasciste pour montrer sous un angle trop favorable ces troupes d’élites. Force est de constater à la vision du film qu’il n’en est rien.
Certes, le tournage caméra à l’épaule, les éclairages soignés, la bande son rap, la maitrise des scènes d’action font de Tropa de Elite un film prenant, formellement réussi. Mais est-il nécessaire d’être ennuyeux ou de filmer des images pourries pour dénoncer les personnages ou les actions que l’on montre ? De la formation des jeunes recrues aux descentes dans les favelas, des rites d’initiation aux séances de tortures, rien dans ce que nous montre José Padilha ne peut être taxé de sympathie pour cette police aux méthodes aussi dures que les meurtriers qu’elle traque.
La BOPE constitue la réponse extrême à une criminalité de plus en plus dure et organisée, et à la corruption généralisée des services de police brésiliens. Le réalisateur n’excuse en aucune manière leurs pratiques extrémistes, mais les resitue dans leur contexte.
On peut en effet regretter que certains personnages gravitant autour des policiers de la BOPE (trafiquants, étudiants, membres d’ONG) ne soient pas suffisamment développés et manque un peu d’épaisseur. De même, la première demi heure du film parait assez confuse et l’on a du mal à identifier chaque protagoniste et à comprendre les trafics et combines montées par chacun.
Cette exposition étant faite, Tropa de Elite prend toute sa mesure de tragédie et le film conduit chacun des principaux protagonistes vers sa destinée forcement douloureuse. Une mort violente pour certain, le désagrégement de la cellule familiale, la perte des illusions et la spirale de la violence pour d’autres. José Padilha n’épargne personne, des narco trafiquants qui contrôlent les favelas et ont le pouvoir de vie ou de mort sur ses habitants, aux policiers aux chemises noires qui renvoient directement aux milices des dictatures sud américaines de sinistre mémoire, en passant par ces étudiants fils et filles de riches qui prennent la pose en s’insurgeant contre l’ordre établi et la police, en s’investissant dans des ONG locales tout en s’encanaillant avec les dealers de drogues, en sniffant de la cocaïne ou en fumant des joints.
Certains d’entres eux en paieront le prix élevé et c’est surement pour ces personnages que le réalisateur a le moins de compassion. On le comprend.