samedi 3 octobre 2026

Kraken

Le combo film d’horreur français de banlieue pouvant accoucher du meilleur (La Tour de Guillaume Nicloux) comme du pire (la liste serait trop longue), on était en droit d’accueillir Kraken avec les réserves d’usage, et le résultat n’en est que plus surprenant. 
Sans révolutionner les codes du genre, un tueur quasi indestructible, un groupe de victimes en devenir, un lieu clos, le film du duo Mohamed Chabane et Théo Jourdain Rhodes assure le spectacle avec une réalisation soignée, un casting tout à fait correct et un parti pris audacieux. 
Avec une utilisation astucieuse de son décor urbain et une alternance des vues à la première personne par caméra interposée façon found footage (on pense régulièrement à Rec), des filtres Snapchat et des plans caméra à l’épaule, Kraken nous entraine dans les entrailles de sa tour infernale plantée au milieu d’une banlieue qui, une fois n’est pas coutume, ne sert pas de décor à un énième discours misérabiliste. 
En jouant la carte de l’humour avec le personnage de Marvin incarné par Bilel Chegrani en trublion sous tension, les réalisateur désamorcent régulièrement les scènes tendues par ailleurs surlignées par des effets gores très (trop) exposées. Ce que le film perd en rugosité et en noirceur il le gagne en respiration. 
Mais le choix d’écriture le plus surprenant concerne certainement le personnage du tueur. Plutôt que d’en faire une incarnation du mal absolu à l’image d’un Michael Myers dans Halloween, ou du Maniac Cop de Willima Lustig pour rester dans la thématique du film, Mohamed Chabane et Théo Jourdain Rhodes optent pour une explication plus humaine qui brouille les cartes et rend la frontière entre bons et méchants d’autant plus floue. 
Pas de manichéisme donc dans ce film d’horreur respectueux du genre, bien troussé, et suffisamment efficace pour mériter que l’on s’y attarde deux heures durant.