samedi 8 mars 2025

Mickey 17

It’s time to die. 
A la manière d’un Tom Cruise condamné à mourir à répétition dans Edge of Tomorrow, Robert Pattinson incarne Mickey Barnes dans le nouveau film du réalisateur césarisé Bong Joon Ho. 
Mais il n’est pas question ici de boucle temporelle puisqu’à chacune de ses morts pour faire avancer la science, Mickey Barnes est réimprimé en trois dimensions et sa mémoire injectée dans un corps fabriqué à partir de déchets organiques. 
Cette condition fait de lui un Remplaçable, un être humain corvéable à merci réduit à son enveloppe charnelle duplicable à l’infini et dont la mort se trouve dédramatisée par la perspective de renaitre, encore et toujours. Jusqu’à ce qu’un grain de sable fasse dérailler la machine. 
Du mélange des genres au thème de la lutte des classes jusqu’à la présence de monstres improbables sur une planète gelée, Mickey 17 représente à lui tout seul un condensé de la filmographie de Bong Joon Ho. 
De Parasites à Snowpiercer en passant par The Host, les thèmes chers au réalisateur coréens se retrouvent tous dans ce dernier opus qui oscille en permanence entre comédie noire et science-fiction assumée avec un contexte social omniprésent. 
Entre influences et clin d’œil assumés, on pense notamment à Alien et Starship Troopers, Mickey 17 réussit néanmoins à trouver sa voie grâce à une distribution au cordeau (quel plaisir de retrouver Anamaria Vartolomei) et un subtil numéro d’équilibriste entre film de genre et satire sociale dont Bong Joon Ho a le secret.
Insuffler un ton aussi politique et acerbe dans une production de cette ampleur n’était pas gagné et s’il ne révolutionne pas le genre, Mickey 17 réussit à divertir tout en nous donnant à réfléchir sur le rapport de pouvoir et de domination entre classes sociales avant d’y mettre un terme aussi définitif que délicieusement naïf.

dimanche 9 février 2025

5 septembre

La fabrique de l’information. 
A partir d’un fait divers archiconnu, la prise d’otages des athlètes israéliens par un commando de terroristes palestiniens lors des Jeux Olympiques de Munich en 1972 et son issue tragique, le réalisateur Tim Fehlbaum nous propose de suivre les évènements en temps réels depuis un studio de télévision à quelques centaines de mètres des lieux du drame, décortiquant ainsi la façon dont le producteur Geoff va présenter les faits à des millions de téléspectateurs. 
Car outre le rappel douloureux de l’un des épisodes les plus marquants du conflit israélo-palestinien et une mise en perspective pertinente (le fait que le drame se déroule dans une Allemagne encore traumatisée par les atrocités de la Seconde Guerre Mondiale est essentiel dans la compréhension du déroulé des évènements), 5 septembre nous invite dans les coulisses de la fabrication de l’information et de la manière de s’en faire écho sans tomber dans le sensationnalisme ni dans le voyeurisme. 
Bati presque essentiellement sur son montage sec et nerveux, à l’image des reportages réalisés en temps réel par l’équipe du directeur de télévision Roone Arledge, le film de Tim Fehlbaum nous embarque dans un thriller haletant, d’autant plus surprenant que l’on connait l’issu du drame, dans les pas de journalistes, caméramen et preneurs de son spectateurs et témoins d’une série d’évènements qui vont tenir en haleine le monde entier. 
Suffisamment ramassé sur une durée d’une heure trente cinq et porté par un casting crédible de bout en bout, 5 septembre se double d’une réflexion bienvenue sur la responsabilité éditoriale et la manière de présenter et recevoir une information. 
Un sujet plus que jamais d’actualité à l’heure de la mondialisation et des combats permanents pour préserver l’intégrité des groupes de presse.  

samedi 1 février 2025

babygirl

La scène d’ouverture de Babygirl donne le ton du film. Un couple fait l’amour, la femme feint un orgasme rapidement expédié pour mieux s’isoler devant un porno et se masturber toute seule. 
Car derrière la carrière de Romy, femme puissante et intelligente arrivée à la tête d’une entreprise de robotique new-yorkaise à force de courage et d’abnégation, se cache une vie trop rangée entre un mari metteur en scène débordé et deux enfants engoncés dans leurs archétypes de fille modèle et de fille hors norme. Le parfait modèle familial américain qui ne demande qu’à exploser sous le poids des conventions. 
L’irruption d’un stagiaire entreprenant va obliger Romy à prendre conscience de cette mascarade tout en réveillant en elle des désirs qu’elle pensait oubliés à jamais. 
Et c’est bien de désirs féminins dont il est question ici, désirs le plus souvent ignorés ou inassouvis, relégués au second plan d’une vie où les conventions prennent le pas sur une sexualité que l’on rêverait plus libre. Alors que la vie de Romy n’est que luxe et volupté, la séquence où tout bascule avec Samuel se déroule dans une chambre d’hôtel miteuse, projection inconsciente de ses désirs jugés trop déviants pour être exposés au grand jour. 
Loin de tomber dans les méandres d’un énième thriller sulfureux avec manipulation et chantage à la clef, la réalisatrice Halina Reijn filme au contraire ses personnages avec une bienveillance d’abord suspect, on se demande à quel moment Samuel ou Romy vont dévoiler leur véritable personnalité et précipiter le drame, avant de comprendre que rien de tel se va se passer. Babygirl est d’abord et avant tout le portrait d’une femme qui a trop longtemps ignoré ses pulsions et qui, arrivée au sommet du pouvoir, assume enfin sa propre sexualité. 
Si le film aurait gagné en audace, la mise en danger de Nicole Kidman reste tout de même très relative et moins spectaculaire que la mise en abime de Demi Moore dans The substance, sans compter que les scènes de sexe demeurent assez soft pour un film qui entend prendre le sujet du désir féminin à bras le corps, Babygirl n’en reste pas moins un essai courageux et trop rare sur un thème encore largement sous-exploité.

samedi 25 janvier 2025

Le dossier Maldoror

Si tu plonges longtemps ton regard dans l'abîme, l'abîme te regarde aussi. C’est que qui arrive à Paul Chartier, jeune gendarme idéaliste confronté au milieu des années quatre-vingt-dix à la disparition de deux jeunes filles en Belgique. Ce n’est que le début d’une longue série et d’une spirale obsessionnelle où il entrainera à son corps défendant sa famille, ses amis et perdra sa propre identité. 
Librement inspiré par l’affaire Dutroux qui traumatisa la société belge en 1996, Fabrice Du Welz délaisse son formalisme habituel pour coller durant plus de deux heures trente à ce gendarme sous pression interprété par Anthony Bajon dont le physique presque enfantin contraste singulièrement avec la noirceur qui l’habite. 
Aussi à l’aise dans ses pas de côté, comment ne pas penser au Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino durant la scène du mariage, qu’en plein cœur de l’enquête pour laquelle il suit les traces du David Fincher de Zodiac, le réalisateur belge oscille entre cinéma de genre et catharsis pour illustrer le dysfonctionnement de la justice belge, les erreurs de jugement dues à la rivalité larvée entre la gendarmerie belge, la police judiciaire et la police communale et la manière de se confronter au mal dans tout ce qu’il a de plus commun et d’abject. 
Passionnant dans sa reconstitution presque documentaire des faits, parfaitement maitrisé en termes de mise en scène, Le dossier Maldoror aurait gagné à explorer plus en profondeur la piste du réseau pédophile aux ramifications insoupçonnées sur laquelle le film s’arrête de façon trop abrupte. 
Regarder le mal en face sans tomber dans la surenchère et le voyeurisme et embarquer le spectateur pendant deux heures trente cinq sans une once d’ennui, pari gagné pour Fabrice Du Welz qui ajoute une pièce maitresse à une filmographie déjà bien fournie.

samedi 21 décembre 2024

Les femmes au balcon

Girls’ Power. En empruntant les chemins de la comédie trash pour dénoncer les violences faites aux femmes, Noémie Merlant prend le risque de la surenchère, du manichéisme et de la vulgarité pour raconter le périple de ces trois copines confrontées au machisme ordinaire. 
Si elle arrive à éviter ces principaux écueils avec un film souvent drôle, engagé et au final lumineux, c’est principalement grâce à un trio d’actrices, dont la réalisatrice elle-même, qui portent le film à bout de bras. 
Lorgnant du coté de Pedro Almodovar période Femmes au bord de la crise de nerf, Noémie Merlant déroule son catalogue de maris violents et amoureux toxiques au travers de situations d’abus ou d’humiliations plus ou moins graves dont sont quotidiennement victimes la majorité des femmes. Passage à tabac, viol, avortement, harcèlement, il ne manque rien. 
Si la plupart des séquences sonnent justes, elle n’en évite pas moins des fautes de goût embarrassantes (était il nécessaire de faire péter son personnage tout au long du film pour désacraliser le corps des femmes ?), une certaine complaisance un peu vulgaire dans son désir de cinéma vérité (la séquence jambes écartées sur le siège du gynécologue), une symbolique tirée par les cheveux (le sexe coupé) et un traitement de l’élément fantastique qui tombe à plat (le chœur des hommes morts est complètement raté). 
Dommage qu’elle n’ait pas saisi cet aspect du film à bras le corps pour en faire le pendant féministe du Bernie de Dupontel, un film coup de poing (ou dans son cas coup de pieds dans les burnes) dans l’esprit de la Movida espagnole du début des années quatre-vingt. 
Autre temps, autres mœurs, Ces Femmes au balcon n’en demeurent pas moins attachantes dans leur désir de liberté et leurs doigts tendus face à un patriarcat à l’agonie mais encore suffisamment vivace pour que l’on ne baisse jamais les bras.

samedi 14 décembre 2024

Le Seigneur des Anneaux : La Guerre des Rohirrim

Spider-Man : Across the Spider-Verse, Les Tortues Ninjas, Transformers : le commencement, le renouveau des séries à succès de la pop culture semble passer par les animés davantage que les suites exsangues produites à la chaine par des studios en mal d’inspiration. 
Si ce prequel à la trilogie de Peter Jackson ne se hisse malheureusement pas à la hauteur des films précédemment cités, il n’en demeure pas moins une pierre supplémentaire dans un édifice solide que l’on n’a pas fini d’explorer. 
Réalisé par le japonais Kenji Kamiyama, cet épisode fondateur de la dynastie des seigneurs du Rohan situé quelques deux cents ans avant la quête de Frodon déroule un scénario au final assez convenu de quête de pouvoir, trahison, amour déçu et révolte féministe en reprenant un bestiaire restreint et déjà vu (les oliphants et les aigles), ainsi que des personnages attachants pas toujours servis par une animation à deux vitesses. 
On passe ainsi de magnifiques morceaux de bravoure (l’avènement de la tour de siège, le vol des aigles) à des séquences à peine dignes d’un OAV des années quatre-vingt. 
La splendide bande originale aux accents martiaux ne suffit pas toujours à porter cette Guerre des Rohirrim qui aurait mérité plus de souffle, d’inventivité et un dessin à la hauteur de ses enjeux, celui d’une jeune guerrière libre et indépendante, fille de Helm Poing-de-Marteau qui va devenir la légendaire Héra et croiser la route d’un certain Gandalf le gris. Mais ceci est une autre histoire

samedi 30 novembre 2024

Heretic

Le début d’Heretic renvoie presque au plan près à l’introduction de Knock Knock sorti en 2015 : deux charmantes jeunes filles trempées par la pluie frappent à la porte d’une maison isolée habitée par un homme seul. La ressemblance s’arrête là car, alors que le danger vient de l’extérieur dans le thriller horrifique d’Eli Roth, c’est bien dans les méandres de cette étrange demeure que vont se retrouver piégées les deux missionnaires mormones venues convertir un retraité moins inoffensif qu’il n’en a l’air. 
Le concept de départ s’avère d’emblée passionnant lorsque le personnage campé par un Hugh Grant, visiblement très investi dans son rôle, déroule sa rhétorique autour de son rapport aux religions tandis que la caméra du duo Scott Beck et Bryan Woods installe par petites touches d’abord imperceptibles un climat de tension de plus en plus inquiétant. 
Tant que la parole se substitue aux actes pour distiller la peur, le jeu du chat et de la souris s’avère passionnant dans sa première manche avant de s’étirer en longueur et de montrer les limites du système. 
Très vite, un ennui poli s’installe avant que le film ne bascule dans une seconde partie plus convenue où, malgré tous les efforts de son interprète, M. Reed ne parvient plus que rarement à incarner une menace crédible. 
Avec un concept assumé jusqu’au bout et une petite demi-heure en moins Heretic aurait pu s’inscrire dans la lignée des meilleurs films d’épouvante de ces dernières années. L’intention est là mais le résultat n’est hélas pas à la hauteur de l’idée de départ.