mardi 2 septembre 2008

The Dark Knight

Si le second film de Christopher Nolan consacré au chevalier noir reprend l’intitulé de la saga de Franck Miller, ce Dark Knight n’en est pas pour autant l’adaptation.
En effet, la bande dessinée nous présentait un Batman vieillissant qui, décidant de reprendre les armes pour nettoyer les rues de Gotham City, se retrouvait face aux critiques d’une population divisée en partisans et opposants à ses méthodes. Devenant peu à peu un élément anarchique incontrôlable, Batman s’opposait alors au gouvernement par l’intermédiaire de son représentant Superman.
Dans le film, certains éléments de l’œuvre de Franck Miller sont repris, comme les citoyens déguisés en Batman qui essaie de l’imiter, ou la population de la ville, parfois positive mais le plus souvent critique et hostile. Batman est fatigué de vivre cette double vie de justicier masqué et l’arrivée du procureur Harvey Dent, aussi inflexible que lui dans la lutte contre le crime, pourrait bien être l’occasion de donner à Gotham City un vrai héros qui pourrait agir à visage découvert.
Mais c’est sans compter la brusque apparition du Joker, un psychopathe surgit de nulle part (mais annoncé à la fin de Batman Begins) bien décidé à mettre la ville à feu et à sang.
Après avoir exploré de manière originale les origines du mythe, Christophe Nolan livre avec The Dark Knight un second volet beaucoup plus sombre que tout ce qui a déjà été fait à propos de ce personnage, Batman Returns de Tim Burton mis à part. Le personnage de Batman trouve en la personne du Joker son double inquiétant, un personnage masqué qui fait de Gotham City son champ de bataille. « Nous sommes des monstres » clame le Joker à son ennemi, et il lui précise qu’il n’est qu’un instrument dont se servent les forces de police. Jusqu’à ce qu’ils le jettent.
Mais qui se sert de qui ? C’est toute la complexité des relations qui unissent les différents personnages de ce film dense et complexe. Le procureur Harvey Dent, le lieutenant de police Jim Gordon, le justicier Batman, le milliardaire Bruce Wayne, la fiancée (de qui ?) Rachel Dawes, le Joker bientôt rejoint par Double Face, le mafieux Salvatore Maroni, le maire de Gotham. Tout le monde utilise ceux ou celles qui peuvent l’aider à atteindre son but, avec souvent des conséquences désastreuses.
Outre les qualités de réalisation du film, que ce soit dans les scènes intimistes ou les spectaculaires séquences d’action, la cohérence et l’écriture de chaque rôle, une interprétation impeccable, la réussite de ce Dark Night vient en grande partie du personnage du Joker. A mille lieues du super vilain cabotinant à outrance interprété par un Jack Nicholson en roue libre, Heath Ledger habite littéralement son rôle. Il fait de son personnage un vrai tueur psychopathe, un homme sans autre valeur que celle de l’anarchie et de la destruction. Les tendances suicidaires du Joker dans le film font d’ailleurs étrangement écho à la disparition tragique de l’acteur quelque temps après la fin du tournage. Son rôle n’en est que plus émouvant, mais ce n’est pas la mort Heath Ledger qui lui donne cet impact, mais bien une qualité d’interprétation impressionnante.
Face à lui, Batman se retrouve devant un miroir déformant qui lui renvoie une image de ce qu’il pourrait devenir s’il ne contrôle pas ce sombre chevalier qui est en lui. Le film souffre d’un seul défaut, il est un peu trop long et certaines scènes auraient gagné à être écourtées. Ceci dit, entre les exactions aussi drôles que cruelles du Joker (le crayon qui disparaît, la bombe cousue dans le ventre d’un complice, le braquage qui ouvre le film,…) les disparitions de personnages importants, la naissance de Double Face qui marque la victoire du Joker, et la fin qui voit Batman se faire pourchasser par des chiens et des policiers comme un paria, The Dark Night est définitivement la vision la plus noire, et sûrement la plus juste, d’un personnage ambivalent qui n’a sûrement pas fini de faire parler de lui.

dimanche 24 août 2008

Gomorra

Gomorra est une peinture aussi réaliste que possible de l’intrusion de la camorra, la mafia napolitaine, dans la vie d’une dizaine de protagonistes dont nous suivons le quotidien durant quelques jours.
Entre film de fiction et documentaire (les noms des protagonistes sont fictifs mais les faits montrés s’inspirent d’évènements réels, ce qui a valu à son réalisateur une protection rapprochée suite à des menaces des mafieux qui se reconnaissaient un peu trop à leur goût dans le film…), Gomorra a le mérite de ne pas chercher à plaire à tout prix.
Les évènements et les personnages qui nous sont montrés sont brutaux et dénués de toute l’imagerie romantique, glamour ou simplement visuellement attrayante que pouvaient dégager le Parrain, les Affranchis ou Scarface. Ce dernier est d’ailleurs le modèle à suivre pour deux jeunes délinquants en devenir qui se voient comme les Tony Montana italiens et qui finiront aussi tragiquement que la plupart des protagonistes de ces histoires entrecroisées.
Entre enfouissements de déchets toxiques à proximité des zones habitées, enrôlement de gamins pour vendre de la drogue et exécution de femmes, l’image des mafieux en prend un coup et on comprend aisément que cette vision des choses n’ait pas plu à tout le monde.
Gomorra est donc un film choral souvent tourné caméra à l’épaule qui nous propose, en fonction des personnages que nous accompagnons, d’observer les différentes strates de cette redoutable organisation qui représente une part non négligeable de l’économie italienne, voire européenne.
Certains personnages profitent du système, la plupart le subissent, presque tous s’y font broyer. Entre rêve de réussite et d’argent facile, seul échappatoire à une existence vouée à la misère (ou vue comme telle) et système institutionnalisé auquel il est difficile de se soustraire quand on vit à Naples, la pieuvre napolitaine laisse peu de place à l’espoir et à une espérance de vie correcte. La seule limite de ce film direct et efficace se trouve sûrement dans l’écriture et la multiplicité des personnages et des intrigues secondaires que l’on peine parfois à suivre, entre guerre des gangs et trahison.
Là où Romanzo Criminale arrivait à transcrire de façon plus limpide, mais moins crédible, le récit d’une page de l’histoire italienne, Gomorra, de par son parti pris de cinéma qui colle au réel, peine parfois à trouver le souffle nécessaire pour emmener le spectateur dans cette spirale sans le perdre en route de temps en temps. C’est le moindre défaut de ce film courageux et nécessaire.

Wall E

Dire qu’une production Pixar est techniquement superbe est presque devenu un pléonasme tellement la branche animation des studios Disney impose à chaque fois un esthétisme de haut niveau.
Mais cette réussite ne serait rien si la réalisation des films n’était avant tout au service d’une histoire solide et maîtrisée, d’un scénario écrit avec minutie et de personnages fouillés et attachants. Car le secret d’un bon film est avant tout une histoire, et cela les équipes de chez Pixar l’ont bien compris.
Wall-E est donc à la fois un conte écologique, une formidable aventure de science fiction, une histoire d’amour entrecoupée de moments de bravoure et de scènes comiques. La quasi absence de dialogue durant la première partie du film n’empêche en rien l’adhésion au quotidien de ce petit robot chargé de nettoyé une Terre saturée de déchets après le départ des derniers humains vers des cieux plus cléments. Jusqu’à l’arrivée d’Eve, un autre robot en mission qui vient perturber la vie de notre héros.
Les rôles de l’homme et de la femme sont traditionnellement inversés dans Wall-E. Ce dernier, sensé représenter le genre masculin, est romantique, tête en l’air, maladroit, et amoureux. Eve quand à elle est sous des apparences de petit robot nippon l’équivalent d’un Terminator de dernière génération pour qui seule compte la mission qui lui a été confiée.
Les humains, qui apparaissent dans le second segment du film, sont en exil dans l’espace. Enfermés dans leur vaisseau et assistés par une armée de robots, ils sont en train de régresser physiquement et mentalement vers l’état de grosses larves. Jusqu’au retour de Eve et l’arrivée imprévue de Wall-E qui viennent perturber cette inertie. La découverte d’une trace de vie végétale indique qu’il est temps de rentrer et de recoloniser la Terre. Mais c’est sans compter des ordres enregistrés des années auparavant par les dirigeants de l’époque, auxquels le robot pilote ne compte pas déroger.
Wall-E lorgne alors allégrement du coté de 2001, l’Odyssée de l’Espace, que ce soit avec la révolte du robot contre l’humain, ou au travers de la bande musicale qui reprend le célèbre morceau de Strauss. Encore une fois, ce nouveau film Pixar est à double lecture. Intelligent, divertissant, maîtrisé, Wall-E marque d’une pierre supplémentaire la place prépondérante de Pixar dans le monde de l’animation.

jeudi 21 août 2008

Surveillance

Il est tentant de chercher dans les films de Jennifer Lynch des réminiscences de l’univers si particulier de son père.
Si la première partie de Surveillance peut parfois faire penser à une extension de Twins Peaks, la réalisatrice réussit toutefois à imposer son style pour raconter une histoire atroce par le biais des regards croisés des différents protagonistes de ce drame.
Suite à des agressions sauvages dans le sud des Etats-Unis, deux agents du FBI sont envoyés sur les lieux pour interroger les trois témoins rescapés. Un policier traumatisé par la mort de son partenaire, une junkie et une petite fille. Chacun donne sa version des faits sous l’œil et les caméras de l’agent joué par Bill Pullman.
Jennifer Lynch place le spectateur au coté de Bill Pullman pour suivre les interrogations des différents témoins et recouper les histoires de chacun. Sauf lorsque celui-ci laisse échapper un geste de complicité amoureuse et c’est alors la petite fille qui prend sa place derrière la caméra de surveillance qui s’en aperçoit. Tout le monde ment pour cacher des faits gênants et se protéger. Tout le monde sauf la petite fille dont le regard est le seul à être innocent. C’est par les yeux de l’enfance que la vérité apparaîtra, plus tordue que tout ce qui nous a été donné de voir jusqu’à présent.
Le principal intérêt de Surveillance ne réside pourtant pas dans sa chute et sa révélation finale. Celle-ci se devine en effet assez vite, surtout en tenant compte des spoilers et des indices qui pullulent dans la presse et qui viennent de plus en plus gâcher la surprise des films, du moins ceux qui nous en réservent encore. La force du film, outre sa construction donc, réside dans la galerie de personnages que Jennifer Lynch dépeint de manière crue et sans artifice. Des flics pourris et vicieux aux tueurs machiavéliques, Surveillance doit autant à Tueurs Nés qu’à The Devil’s Rejects. Chaque personnage cache derrière son discours officiel et l’image qu’il projette une vérité dérangeante et seule l’enfant, d’une froideur assez incompréhensible après tout ce qu’elle a vécu, sera à même de découvrir la vérité car elle-même ne cache rien. C’est d’ailleurs ce qui la sauvera alors que tous les autres acteurs de cette pièce de théâtre tragique seront sacrifiés.
La réalisatrice exploite à fond ces paysages désertiques et écrasés de chaleur des Etats-Unis, si propices aux exactions et aux attaques des serials killers. Ces tueurs pour qui elle éprouve une réelle empathie, proche encore une fois d’un Oliver Stone ou d’un Rob Zombie.
Surveillance est au final un film certes imparfait, avec quelques longueurs, des personnages parfois un peu caricaturaux et quelques facilités scénaristiques. Mais le film témoigne surtout du regard d’une vraie réalisatrice qui ne recule devant rien pour imposer sa vision des choses, et mettre en scènes des personnages controversés, déviants, rebutants et au final que l’on se surprend à trouver attachants. Jennifer Lynch est une réalisatrice à surveiller !

lundi 21 juillet 2008

Kung Fu Panda

Le dernier né des studios DreamWorks est un film bancal.
Techniquement, l’animation est sans faille, la réalisation et le découpage des scènes d’actions est un model du genre. On retiendra particulièrement l’évasion de Taï Lung depuis sa geôle qui n’est pas sans rappeler la prison d’Askaban dans Harry Potter.
Toute la séquence, depuis l’arrivée du messager jusqu’à l’évasion finale, est graphiquement splendide et d’une fulgurance rarement atteinte dans les films d’animation. Et cette scène d’anthologie n’est pas la seule, loin de là.
A coté de cela, Kung Fu Panda souffre d’un scénario convenu pour ne pas dire paresseux. Le message répété tout au long du film (le dépassement de soi, le fait de croire en ses rêves) a déjà était entendu mille fois. Les personnages des cinq guerriers disciples sont à peine esquissés, et l’histoire, dont on peut deviner chaque scène à venir, se suit sans aucun intérêt.
C’est d’autant plus dommage que le sujet et le cadre du film se prêtaient à de multiples références aux films de kung fu, mythologie d’une richesse incroyable. Kung Fu Panda est donc au mieux une semi réussite, un bel emballage un peu creux.

Hancock

Les supers héros peuvent avoir des états d’âme et cacher de douloureux secrets, on le sait au cinéma depuis Spiderman et dans les comics depuis le début. C’est sur ce postulat, la face cachée d’un super héros désacralisé, que Peter Berg et Will Smith ont bâti leur film.
Hancock est un super héros au sens le plus classique du terme. Il vole dans les airs, est super fort et redresseur de torts. Mais il est aussi alcoolique, misanthrope, limite clochard, et détesté de tous à cause des effets collatéraux de ses actions héroïques qui coûtent des milliers de dollars aux contribuables. Evidemment, tout cela cache un lourd et douloureux secret que sa rencontre avec un publicitaire contribuera à révéler.
Si la première partie du film, irrévérencieuse, originale de par son traitement est diablement efficace (les scènes d’actions n’ont rien à envier à celles des X Men), le film s’alourdit par la suite à force de vouloir toucher à tous les genres. On navigue du film d’action au drame en passant par la pure comédie, et cette partie n’est pas la plus réussie quand entrent en action des méchants d’opérette qui, à l’image du Superman de Brian Singer, plombent et discréditent immédiatement le film.
Will Smith et Charlize Theron sont irréprochables, le pitch final qui emprunte au mythe d’Arwen dans le Seigneur des Anneaux (rencontre de l’amour et perte de l’immortalité) et l’esquisse d’explication de l’origine des super héros (qui n’est pas sans rappeler le mythe des vampires qui traversent les ages) sont intéressants mais peu développés, et gâchés par un scénario brouillon et une réalisation convenue.
La réaction versatile des citoyens qui tour à tour fustigent ou acclament leur héro selon que celui-ci est naturel ou conseillé par un consultant en image (mais pas un consultant cynique heureusement, un honnête homme qui veut rendre le monde meilleur…) aurait pu donner lieu à une réflexion intéressante sur le rôle de l’image dans notre société. Hancock est donc une bonne idée de départ dont les premières minutes laissaient présager un film incorrect et jouissif. Il en résulte au final une histoire convenue et morale bridée par les conventions d’un cinéma trop commercial pour se permettre le moindre écart, et un film qui se perd à force de vouloir manger à tous les râteliers. C’était somme toute assez prévisible mais cependant frustrant.

Valse avec Bachir

Film sur la guerre autant que travail sur la mémoire, Valse avec Bachir inaugure un genre nouveau, celui de dessin animé documentaire.
Son réalisateur, Ari Folman, était soldat dans l’armée israélienne en poste au Liban lors des massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila. Alors spectateur impuissant des atrocités qui ont été commises à l’époque par les phalanges chrétiennes suite à l’assassinat du président Bachir, il a depuis lors occulté ces évènements. Jusqu’à ce que le récit d’un rêve de l’un de ses amis, lui aussi ancien soldat, réveille sa mémoire.
Des bribes de souvenirs lui reviennent sous forme d’un puzzle encore incomplet. Il décide alors d’aller à la rencontre des protagonistes de l’époque, ses anciens compagnons d’armes, pour tenter de reconstituer ce que son subconscient se refuse à admettre.
De par la représentation onirique de certaines scènes de guerre, Valse avec Bachir n’est pas sans rappeler à certains moments Apocalypse Now. Film de guerre anti militariste traversé de moments poétiques, cruels, et de témoignages directs de témoins et d’acteurs des évènements passés, Valse avec Bachir nous propose d’assister à une page tragique de l’histoire du moyen orient au travers de l’enquête du réalisateur qui part à la recherche de ses souvenirs.
Le film est tragique, beau, percutant, et il n’était pas du tout indispensable d’y ajouter des extraits d’archives d’époque pour le clôturer. Ari Folman pensait peut être que son film, dessiné et animé, ne rendait pas suffisamment justice à la tragédie qui s’est déroulée durant cette période, et qu’un brusque retour à la réalité par le biais ce ces témoignages filmés devait le rendre plus réaliste. A tort.