samedi 18 avril 2026

Good Luck Have Fun Don't Die

Trop, c’est le premier adverbe qui vient à l’esprit pour qualifier le nouveau film de Gore Verbinski. Trop foutraque, trop long, trop de références, trop perché. Et c’est justement de ce trop plein que nait une irrépressible sympathie pour un long métrage débordant de générosité, d’inventivité, de prises de position et de plaisir à l’état pur. 
Dans le viseur du réalisateur, les écrans dans ce qu’ils ont de plus aliénants. Réalité virtuelle, téléphones portables, intelligence artificielle, tout y passe pour dénoncer les dérives d’une société sous anesthésie préparant dans le confort d’un déni assumé des lendemains qui déchantent. 
Mais plutôt que d’opter pour le discours réactionnaire d’un boomer acariâtre, Gore Verbinski choisit de combattre le mal par le mal et d’utiliser cette même technologie pour illustrer son propos souvent décousu mais d’une clarté jamais démentie. 
Effets numériques et images de synthèses participent à un final complétement barré convoquant, entre autres totems, l’imagerie apocalyptique d’Akira. Des références de ce type, le film en est pétri et s’en nourrit en toute conscience, puisant aux sources de Terminator, Matrix, Un jour sans fin, Everything Everywhere All at Once et même Delicatessen des franchies Caro et Jeunet lors d’une scène d’amour elliptique figurée par les ressorts d’un sommier qui grince. 
L’histoire, entrecoupée de flash-backs tout droit sortis de Black Mirror dont le premier segment mettant en scène un couple de professeurs dans une école américaine vaut son pesant d’or, est portée par une distribution parfaite dominée par un Sam Rockwell constamment sur le fil et une Juno Temple en parfait sosie de la Winona Ryder de Stranger Things. 
Oscillant constamment entre oracle science-fictionnel, comédie pure, politique fiction et action débridée, Good Luck Have Fun Don't Die pourrait se résumer à un formidable doigt d’honneur face à la facilité avec laquelle nous cédons du terrain aux écrans. 
Loin de pourfendre la technologie en tant que telle (l’objectif de l’homme venu du futur n’est pas tant de détruire l’IA que de lui imposer des règles), le réalisateur fustige l’utilisation que nous en faisons, cet endormissement intellectuel aux conséquences encore imprévisibles comme l’étaient les alertes sur le réchauffement climatiques vingt ans plus tôt. 
Lucide quant à l’issu d’un combat perdu d’avance (?) comme le montre un final au pessimisme en demi-teinte, Gore Verbinski assume en ce sens un esprit punk salutaire et revigorant. Le bateau coule, nous en sommes tous responsables mais on continue de ramer, envers et contre tout.

 

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