samedi 20 décembre 2025

Dossier 137

Retour en 2018, en pleine crise des Gilets Jaunes qui investissent les Champs Elysées et se heurtent aux forces de l’ordre lors d’affrontements de plus en plus tendus. Devant se qui s’apparente à une insurrection généralisée, le Gouvernement panique et dépêche en renfort des unités de polices spécialisées dans la lutte contre le banditisme et le terrorisme mais absolument pas préparées au maintien de l’ordre en marge d’une manifestation.
Les bavures sont inévitables dans un chaos entretenu par les factions les plus violentes des manifestants. Et lorsqu’un tir de LBD blesse grièvement un jeune homme à priori sans histoire, l’IGPN se saisit de l’enquête et tente de démêler les responsabilités, coincé entre la pression populaire et celle des syndicats de police. 
En se saisissant d’un fait divers emblématique de ce soulèvement populaire, Dominik Moll affiche clairement son dessein, dresser le portrait le plus impartial possible d’une situation à première vue inextricable et de la succession d’évènements ayant conduit au drame. 
Pari à moitié gagné car si Dossier 137, porté en grande partie par la prestation impeccable d’une Léa Drucker en fonctionnaire opiniâtre qui cherche un sens à son métier, se suit comme un thriller dont chaque pièce apportée au dossier est consciencieusement disséquée, le réalisateur préfère clairement se pencher sur le parcours des manifestants que celui des policiers. 
Si l’on comprend vite comment une famille sans grande revendication politique arrive à se retrouver au cœur du drame par le jeu de circonstances malheureuses, on reste en revanche démuni quant au geste du policier qui, à défaut d’un début de piste expliquant une accumulation de brimades et de violences subies de la part des manifestants, apparait comme un cow-boy irresponsable et violent. 
Malgré un sujet passionnant qui aurait mérité plus d’objectivité, malgré un final qui laisse un goût amer dans la bouche, on est donc loin de l’universalité et du choc suscité par La nuit du 12. Il n’en reste pas moins que Dossier 137 a le mérite de poser de vraies questions à défaut d’y apporter des réponses satisfaisantes.

samedi 22 novembre 2025

Running Man

Depuis Le prix du danger d’Yves Boisset en 1983 la mise en scène d’une violence télévisée destinée à manipuler les masses a fait l’objet de multiples variations autour du même thème, plus ou moins réussies et plus ou moins conscientes du message politique qu’une telle satire peut véhiculer. 
En reprenant les bases du roman de Stephen King publié en 1982 sous le nom de Richard Bachman, pseudonyme sous lequel il signa ses œuvres les plus énervées et engagées politiquement (citons entre autres Marche ou Crève récemment porté à l’écran), Edgar Wright aurait pu se contenter d’un spectacle inoffensif et débridé apte à tenir le haut de l’affiche le temps d’un énième vidage de cerveau. 
Oui mais Edgar Wright n’a pas pour habitude de rentrer dans les cases, ou alors pour mieux les exploser de l’intérieur (Hot Fuzz et Shaun of the Dead en sont les plus éclatantes démonstrations). 
Porté par l’ultra charismatique Glen Powell et une myriade de seconds rôles tous plus investis les uns que les autres, le réalisateur britannique double une course contre la montre sans aucun temps mort d’une critique acerbe, et dangereusement actuelle, de la banalisation de la violence, de la manipulation des foules par les médias et d’un certain abrutissement devant les écrans. 
Réflexion bienvenue et bien énervée sur le pouvoir des images et de la désinformation, Running Man n’en reste pas moins un film d’action dopé à la testostérone filmé par un réalisateur amoureux de son art, celui du travail bien fait et d’une générosité jamais démenti à l’égard du spectateur qu’il n’a cessé être.
Sans jamais tomber dans la caricature ni le dogmatisme, Edgar Wright réussit à investir le système de l’intérieur et à plastiquer son blockbuster pour en faire un véhicule piégé lancé à toute vitesse vers un futur dystopique peut être pas si lointain que cela.

samedi 1 novembre 2025

Smashing Machine

Avant les stars du MMA adulées par des millions de fans et hyper médiatisées, il y avait les pionniers d’un sport dont les règles évoluaient du fil des championnats plus ou moins officiels. Avant l’adrénaline et les feux des projecteurs il y avait la sueur et la solitude des vestiaires. 
C’est par ce prisme refusant le spectaculaire au profit de la dimension humaine de ses protagonistes que Benny Safdie a choisi de raconter son histoire, celle de Mark Kerr, de son staff d’entrainement et de sa femme Dawn Staples. 
Porté par une interprétation convaincante de Dwayne Johnson bien aidé par la présence d’Emily Blunt lors de ses scènes les plus intenses, Smashing Machine s’inscrit dans la longue lignée des films sportifs, plus proche d’un Raging Bull que d’un Rocky dans ce portrait d’une célébrité aux pieds d’argile qui va livrer son combat le plus âpre en dehors du ring. 
Soutenu autant qu’affaibli par une relation tumultueuse avec sa femme, Mark Kerr longtemps resté invaincu à ses débuts va faire l’expérience de la défaite et d’une dépendance aux opioïdes qui vont l’obliger à s’éloigner des rings pour mieux revenir et se retrouver. Mais loin des success stories habituelles du genre, le réalisateur s’attache à son biopic tout en évitant les pièges les plus évidents d’une histoire à première vue balisée. 
ATTENTION SPOILERS Pas de victoire finale en guise de rédemption ni de combat pourtant attendu contre son ami Mark Coleman mais une défaite cuisante contre ses propres démons FIN DES SPOILERS 
Entre l’épure attendue d’un certain cinéma indépendant américain et le passage obligé du tournoi final, entre scènes intimistes les plus souvent dramatiques et violence des combats sans esthétique superflue, Smashing Machine peint les prémices d’un sport spectacle ancré dans son époque, modelé par des combattants entrainés à la dure dont les combats les plus difficiles se déroulent souvent loin des acclamations de la foule.

samedi 18 octobre 2025

Chien 51

Un Paris futuriste et grisâtre divisé en zones selon les classes sociales de ses habitants, une présence policière oppressante secondée par une intelligence artificielle omniprésente, des drones meurtriers au service d’une justice expéditive, des flics désabusés au passé trouble. 
Tous les ingrédients d’une SF dépressive et inquiète sont au rendez-vous du nouveau film de Cédric Jimenez adapté du roman éponyme de Laurent Gaudé. Et conformément à l’adage voulant que c’est dans les vieilles marmites que l’on fait les meilleures soupes, le réalisateur convoque ses grands classiques pour un projet d’une ampleur inédite dans le cinéma français. 
Un paysage urbain noyé de pluie (coucou Blade Runner), une technologie avant-gardiste au service du maintien de l’ordre (coucou Minority Report), on pourrait dérouler la liste des références incontournables du cinéma de science-fiction jusqu’à en oublier le projet d’origine. 
Car si Chien 51 se révèle un solide thriller d’anticipation paranoïaque, il reste évident que Cédric Jimenez demeure plus à l’aise dans les scènes d’action, par ailleurs parfaitement orchestrées, que dans les interactions entre les personnages souvent traitées au lance pierre. 
Porté par une distribution de luxe visiblement très impliquée dans le projet, Chien 51 souffre paradoxalement d’une certaine froideur et d’un manque de sensibilité autour de protagonistes qui auraient pour la plupart mérités plus d’épaisseur. 
Si le film ne marquera pas d’une pierre blanche l’histoire de la SF, Chien 51 reste un film d’action efficace resserré sur une intrigue minimaliste, la reconstitution convaincante d’un Paris anxiogène où les différences de classes se matérialisent par des quartiers aux accès verrouillés et une réflexion supplémentaire, et peut-être prophétique, des dérives d’une technologie hors de tout contrôle.

samedi 4 octobre 2025

Marche ou crève

Marche ou crève est l’un, sinon le premier roman écrit par Stephen King dont la parution prendra plus de 10 ans sous le pseudonyme de Richard Bachman. 
Hanté par le souvenir des générations de jeunes américains disparus pendant la guerre du Viêt-Nam, l’histoire partage de nombreux points communs avec la saga Hunger Games dont, hasard ou coïncidence, le réalisateur Francis Lawrence a adapté au cinéma l’ensemble des épisodes depuis le deuxième opus. 
Parmi ces convergences, une Amérique dystopique et fascisante en proie à une crise tellement profonde qu’elle choisit de sacrifier chaque année une partie de sa jeunesse lors d’un jeu à l’issue fatale sensé aider la population à retrouver le goût du devoir envers la Nation. 
Mais alors qu’Hunger Games prenait rapidement une dimension politique au-delà de l’arène où s’affrontent les jeunes combattants dans une lutte à mort, Marche ou crève se cantonne à un principe aussi simple qu’efficace : une marche, cinquante participants encadrés par l’armée, pas de ligne d’arrivée, le gagnant est celui qui reste debout, les autres sont exécutés sans autre forme de procès. 
En choisissant d’illustrer le roman sans développer d’inutiles intrigues secondaires et de coller au plus prés des marcheurs, à l’exception de quelques flash-backs expliquant les motivations de Raymond Garraty, Francis Lawrence opte pour une épure qui aurait pu exacerber la noirceur de son film et en faire l’un de ces diamants noirs qui hantent longtemps les esprits. 
Mais alors que le réalisateur expose une violence frontale sans concession lors des mises à mort et filme de manière presque documentaire la fatigue des corps (crampes, diarrhées, fractures de fatigue, crise d’épilepsie, épuisement extrême avec à chaque fois la même issue), il met également en scène une joyeuse troupe de copains au sein de laquelle se nouent des amitiés alors que chaque participants représente pour les autres un obstacle supplémentaire vers la victoire et un risque accru de mort. 
On a alors l‘impression de suivre une troupe de scouts pétris de bons sentiments, à l’exception du méchant de service et de quelques profils un peu louches, dont les deux principaux protagonistes conservent une forme étonnante après plus de 500 kilomètres parcourus alors qu’autour d’eux les concurrents zombifiés tombent les uns après les autres. Il en ressort un sentiment bizarre, entre souffrance et sentimentalisme, violence crue et amitié virile à tendance gay, et ce n’est pas le cabotinage d’un Mark Hamill constamment dissimulé derrière ses lunettes teintées qui vient crédibiliser l’ensemble. 
Marche ou crève navigue entre deux eaux, tour à tour battle royal hard boiled et hymne maladroit à l’entraide. On aurait aimé qu’il choisisse son camp une bonne fois pour toute et laisse sa sensiblerie maladroite sur le bord du chemin.

dimanche 28 septembre 2025

Une bataille après l’autre

Les batailles se succèdent, une révolution chasse l’autre et les illusions se perdent dans les fumées des gaz lacrymogènes. 
Ancien artificier dans une organisation révolutionnaire, Bob vit seul avec sa fille, sa défonce quotidienne et sa paranoïa. Perfidia Beverly Hills, son amante et mère de Willa, ancienne égérie des French 75, s’est enfuie du jour au lendemain, tout comme ses idéaux et la flamme qui l’animait. Alors quand sa fille disparait après une descente de police menée par le bien barré colonel Steven J. Lockjaw, Bob se lance dans une dernière quête désespérée pour la retrouver, épaulé par le toujours zen Sensei Sergio. 
Avec cette nouvelle adaptation du roman de Thomas Pynchon, Paul Thomas Anderson continue sa radiographie de l’Amérique en renvoyant dos à dos les mouvements armés d’extrême gauche et les milices fascisantes au service d’une droite raciste et suprémaciste. 
Menée tambour battant, cette épopée de deux heures quarante cinq se vit à cent à l’heure aux cotés de personnages tous plus cintrés les uns que les autres qui se raccrochent encore à des luttes illusoires. Celles d’un monde plus juste ou plus blanc selon le côté duquel on penche, avec pour constante un regard désabusé sur la valeur du sacrifice. 
Paul Thomas Anderson mélange les genres pour nous offrir l’un ce des moments de cinéma particulièrement réjouissants, porté par des acteurs au meilleurs de leurs formes pour incarner des personnages cabossés qui s’écrasent contre le mur du réel alors que la société qu’ils fantasmaient devient de plus en plus illusoire. 
Mais malgré un ton résolument tourné vers la comédie souvent grinçante, malgré l’étincelle d’espoir porté par la lumineuse Chase Infiniti, le film de Paul Thomas Anderson témoigne au final d’un profond pessimisme quant à la situation actuelle.
Les Révolutions du passé ne perdurent plus qu’au travers de résistances erratiques bien vite étouffées par un nouvel ordre d’extrême droite dont les ramifications s’étendent aux plus hautes sphères du pouvoir. 
C’est alors qu’Une bataille après l’autre prend une tournure prémonitoire et se révèle, par-delà le spectacle, un miroir particulièrement inquiétant du monde actuel.

samedi 13 septembre 2025

Sirat

Des corps en mouvement au son d’une musique techno, l’étendu désertique du désert marocain avec pour seul horizon un mur d’enceintes. Et puis de cette masse extatique émergent des corps et des visages atypiques. 
La caméra capte la vibration des basses et suit ces personnages que nous ne lâcherons plus. Louis accompagné par son fils Estéban et cette communauté de teufers qui va les accueillir bien malgré eux. Bigui, Stef, Josh, Tonin et Jade, tous embarqués dans une fuite en avant, un voyage sans retour possible aux confins d’un monde au bord du précipice, une dernière danse pour se sentir vivant avant le grand saut vers l’inconnu. 
Car au-delà de sa volonté évidente de capter l’insaisissable, la musique, la vibration des corps et cette volonté désespérée d’exister une dernière fois, Sirat ne parle de rien d’autre que d’une fuite devant une guerre généralisée qui ne sera jamais nommée, une société où les cabossés et les infirmes n’ont pas leur place, et où l’être aimé manquera toujours à l’appel. Et même si l’on danse, on fume, on boit et on s’aime, la fête a un goût de cendre et laissera bientôt place à la douleur et à la mort. 
Le film bascule brutalement lors d’une scène traumatisante pour ne plus jamais lâcher le spectateur et maintenir une tension qui ramène au mythique Sorcerer de William Friedkin. Et ce n’est pas le seul point commun entre le film d’Olivier Laxe et le remake du salaire de la peur. 
Au-delà d’une similarité évidente, un convoi de camions confrontés à une nature hostile sur un parcours semé d’embûches, Sirat et Sorcerer partagent également une morbidité et une tragédie de fin du monde qui en font des œuvres aussi marquantes qu’inclassables. 
Bien qu’imperceptible, la mort demeure omniprésente dés les premières scènes du film avec ces corps aux mouvements saccadés et mécaniques et cet homme en quête de son enfant dont nous ne percevrons qu’une série de photos, véritable Orphée traversant les Enfers et ne comprenant que bien tard le prix à payer pour sa quête. 
Sirat se vit et se ressent pleinement une fois le film terminé, quand les images refont surface et que l’on se demande si l’on vient d’assister à une ode à la vie envers et contre tout ou au contraire au chant du cygne d’une humanité acculée dans ses derniers retranchements. Quoiqu’il en soit on n’en ressort pas indemne.

samedi 6 septembre 2025

Exit 8

Tout commence par une scène à priori anodine dans le métro de Tokyo. Une jeune mère dont le bébé pleure bruyamment se fait agresser verbalement par un homme dans l’indifférence générale. Et c’est bien l’indifférence ou plutôt l’attention portée aux autres et à son environnement proche qui sera la clef de l’une des multiples portes de sortie d’Exit 8. 
Catapulté dans les couloirs déserts du métro alors qu’il vient d’apprendre qu’il va devenir père, si toutefois il accepte d’endosser cette responsabilité, un homme déambule dans ce qui ressemble à une boucle sans fin régie par une loi aussi simple qu’impitoyable. S’il décèle une anomalie autour de lui il doit faire demi-tour, dans le cas contraire il continue d’avancer pour accéder au niveau suivant jusqu’à la fameuse sortie 8. En cas d’erreur il revient à son point de départ, prisonnier de ces interminables couloirs qui tournent sur eux même. 
Adaptation d’un jeu vidéo basé sur le même concept, le film de Genki Kawamura s’ouvre et se conclut sur le boléro de Ravel, une boucle musicale reprise par différents instruments, et ce n’est que l’un des multiples indices et clefs de compréhension d’un long métrage qui invite le spectateur à participer activement à la quête du, ou plutôt des protagonistes principaux. 
Débutant par une vue subjective en plan séquence pour ensuite nous placer au coté des personnages, Exit 8 traduit à la perfection le statut des fameux PNJ des jeux vidéo, ces personnages non jouables dont la fonction première est de faire avancer la quête du héros en lui apportant des informations clefs. 
Expérience cinématographique aux multiples ramifications, Exit 8 pourrait tout aussi bien être une vision de l’Enfer où errent les âmes en peine, une allégorie de nos sociétés modernes où l’indifférence nous condamne à une vie vide de sens ou la représentation d’un utérus duquel nous restons prisonniers jusqu’au jour de notre naissance. 
Injonction au refus de l’indifférence et au manque d’attention envers notre prochain ponctué de visions horrifiques aussi fugitives que marquantes, Exit 8 réussit le pari de la représentation intelligente de l’essence même du jeu vidéo et d’une réflexion ludique sur nos sociétés repliées sur elles même, tout en abordant la question de la paternité et des responsabilités qu’elle implique.

dimanche 31 août 2025

Pris au piège - Caught Stealing

Etoile montante du baseball fauché en pleine ascension par un accident de voiture qui a couté la vie de son ami, Hank Thompson (Austin Butler et sa gueule d’ange) vivote entre son emploi de barman, sa petite copine (Zoë Kravitz toujours aussi féline depuis Catwoman) et son équipe favorite les Giants. Le jour où son voisin punk Russ (Matt Smith toujours aussi inquiétant et imprévisible) lui confie son chat Bud pendant qu’il se rend au chevet de son père malade, la vie de Hank bascule dans une spirale de règlements de compte et de trahisons dont personne ne sortira indemne. 
Chantre du délire paranoïaque (Requiem for a Dream, Black Swan) et de la violence cathartique (Mother !), Darren Aronofsky délaisse le temps d’un film son étiquette de réalisateur arty et s’autorise un pas de côté avec ce thriller déjanté qui lorgne sans vergogne du coté de Guy Richie période Arnaques, Crimes et Botanique et Snatch. 
En explorant le New-York interlope du début des années 2000, le réalisateur convoque une galerie de personnages hauts en couleurs, gangsters, flics ripoux ou vétérans des bars de nuit pour une chorégraphie du chaos sans aucun temps mort.
Au fur et à mesure que les seconds rôles meurent les uns après les autres et que le piège se resserre autour d’un Hank Thompson jusqu’à présent spectateur de sa propre vie, ce dernier transcende son trauma et renait de ses cendres, tout seul mais peinard comme le chantait Léo Ferré. 
Sans révolutionner un genre ultra codifié (Guy Richie donc mais également Tarantino), Darren Aronofsky remplit jusqu'à la dernière scène toutes les cases d’un cinéma d’action divertissant, fun et suffisamment méchant pour se hisser au niveau de ses glorieux prédécesseurs.

mercredi 20 août 2025

Superman

Coincé entre la version iconique et un brin kitch de Richard Donner en 1978 et celle résolument plus sombre du Man of Steel de Zack Snyder en 2013 (nous passerons sur le Superman Returns de Bryan Singer en 2006), James Gunn, récemment promu co-PDG des studios DC avait fort à faire pour livrer sa propre vision du plus célèbre super héros américain et relancer les personnages DC Comics face à un univers Marvel de plus en plus tentaculaire. 
Mais sortir de l’ornière l’un des groupes de super-héros les moins connus et charismatiques de l’écurie Marvel, constitués entre autres d’un raton laveur hargneux et d’un arbre humanoïde au vocabulaire limité n’avait rien d’une sinécure, et pourtant le résultat est à la hauteur du défi, spectaculaire. 
Alors les détracteurs du réalisateur rétifs au ton coloré et décalé des Gardiens de la Galaxie peuvent passer leur chemin car ce Superman cuvée 2025 est du pur James Gunn. Les autres vont se régaler. 
Dés le premier plan le réalisateur donne le ton. Le film s’ouvre sur la première défaite du kryptonien face au Marteau de Boravie et l’introduction de son chien Kypto, aussi joueur qu’incontrôlable. Car malgré ses incroyables pouvoirs, ce Superman est faillible et c’est bien cette propension (toute relative) à échouer qui le rend d’autant plus humain et le détourne du destin imaginé par ses parents biologiques avant la destruction de leur planète. 
Axé sur l’inévitable défense des plus faibles face à des forces contraires aux valeurs humanistes portées par l’homme d’acier (capitalisme, armement, manipulation des masses, désinformation et course effrénée au pouvoir), Superman se démarque avant tout par ce ton unique d’un réalisateur soucieux de nous offrir le spectacle le plus débridé possible tout en respectant à la lettre le cahier des charges de l’iconique défenseur de la veuve et de l’orphelin. 
Truffé de clins d’œil à l’univers DC (l’interview télévisée de Peacemaker), de running gags (le Justice Gang), de personnages secondaires annonçant un univers élargi (Super Girl compétemment déchirée), le nouveau film de James Gunn se démarque pour une galerie de personnages tous plus cool les uns que les autres et parfaitement intégrés au déroulé de l’histoire. 
Si l’interprète de Superman incarne à merveille les valeurs portées par le kryptonien et inculquées par ses parents adoptifs, le héros existe aussi et surtout grâce à deux pôles contraires, une Loïs Lane ultra convaincante et un Lex Luthor des plus crédibles dans son délire de domination mondiale. 
Mais au-delà des piques bien senties assénées par le réalisateur (les haters du web représentés sous forme de singes lobotomisés), le pied de nez ultime pourrait bien être, dans un monde dominé par le cynisme et l’égocentrisme, d’ériger la gentillesse et l’altruisme comme degré ultime d’une attitude punk rock depuis longtemps dévoyée. 
Fun, décomplexé, respectueux et bienveillant, ce Superman pourrait bien être la première pierre d’un édifice solide pour le futur univers DC diablement prometteur.

lundi 18 août 2025

Together

Après dix ans de vie commune, Tim et Millie se questionnent encore sur les liens qui les unissent vraiment. Amour sincère ou simple routine de couple ? Un déménagement à la campagne est sensé leur fournir un nouveau départ, mais quand ils tombent au fond d’une excavation pendant une randonnée en forêt et qu’une force mystérieuse les attirent irrésistiblement l’un vers l’autre, ils comprennent vite que quelque chose ne tourne pas rond, d’autant que le moindre contact physique entraine la fusion de leurs chairs. 
Fort d’un tel postulat de départ, le réalisateur Michael Sanks aurait pu opter pour un comique de situation facilement graveleux (la scène de sexe dans les toilettes de l’école et sa conclusion embarrassante) ou le body horror version Cronenberg avec dégénérescence des corps et mutations improbables (la créature confrontée à Tim dans la grotte). Il choisit une troisième voie, celle de l’analyse d’un couple de trentenaire qui s’éloignent l’un de l’autre sentimentalement alors que leurs corps ne cherchent qu’à se rapprocher. 
Métaphore de l’interdépendance affective ou satyre du combat perpétuel entre la chair et l’intellect, Together invoque tout aussi bien le réjouissant Les Ruines de Carter Smith sorti en 2008 pour son infection organique d’un groupe de randonneurs que les délires d’un Brian Yuzna époque Society et sa fusion des corps. Le fait que les interprètes de Tim et Millie, Dave Franco et Alison Brie, soient ensemble dans la vie ajoute encore au coté introspectif de cette observation d’un couple en pleine crise existentielle. 
En expédiant rapidement les origines du mal qui frappent les malheureux au contact de cette force plus ou moins occulte à grand renfort de secte mystérieuse, Michael Sanks se concentre sur l’intime, celui de ces trentenaires qui ne peuvent vivre l’un sans l’autre sans pour autant s’épanouir dans une relation à sens unique.
La conclusion, radicale et d’une logique sans faille, confirme toutes les qualités d’un long métrage malin et intelligent tout en exploitant les règles du genre avec une modestie qui force le respect.

mardi 12 août 2025

Evanouis

Lorsque tous les enfants de la classe de Justine Gandy disparaissent la même nuit sauf un, les soupçons des parents se portent rapidement sur la professeure jusqu’à l’accuser de sorcellerie. Les regards croisés de six protagonistes étroitement mêlés à ces étranges évènements vont nous permettre de comprendre ce qu’il s’est réellement passé cette fameuse nuit dans cette ville de banlieue américaine tout ce qu’il y a de plus banale. 
Les films basés sur un pitch fort, ici la disparition simultanée et volontaire de dix-sept enfants la même nuit à 2H17 du matin, se révèlent la plupart du temps déceptifs lors de la révélation du dénouement, et si l’on se répète que le voyage reste aussi important que la destination finale, on en ressort avec un sentiment en demi-teinte, déçu de ne pas s’être laissé embarqué jusqu’au bout. Et c’est bien là l’une des forces du dernier film de Zach Cregger déjà remarqué pour son très réussi Barbare en 2022, que de nous offrir une fin tout à fait satisfaisante pour qui accepte l’argument fantastique jusqu’au bout. 
En prenant le parti de multiplier les points de vue sur son histoire par le prisme de personnages représentatifs de la société américaine (la professeure, le policier, l’enfant, le père de famille, le junkie, le directeur de l’école), le réalisateur assemble les pièces d’un puzzle parsemé de séquences tour à tour humoristiques, horrifiques, émouvantes ou franchement glaçantes comme ces apparitions oniriques d’un faciès outrageusement maquillé. 
En témoigne la scène finale qui alterne horreur, gore et burlesque en une poursuite vengeresse à travers un lotissement ravagé par ce tourbillon de violence. Parsemant son film d’indices sur la nature de la menace planant sur la population (le mot parasite inscrit sur le tableau de la salle de classe par exemple), Zach Cregger nous conduit pas à pas [SPOILER] vers le personnage de tante Gladys qui cache de bien lourds secrets et semble directement sortie du court roman Sacrées sorcières de Roald Dahl [FIN DU SPOILER]. 
Evanouis (passons sur la paresse du titre français) tient donc toutes les promesses de son pitch de départ et se démarque haut la main grâce à une réalisation maitrisée, une excellente caractérisation et interprétation des personnages et un respect salutaire du cinéma de genre.

samedi 9 août 2025

Dangerous Animals

Un tueur en série, des requins, une belle surfeuse au passé compliqué. L’animal le plus dangereux n’est peut-être pas celui que l’on croit. 
Fidèle à la réputation du cinéma australien de mêler étroitement nature sauvage et morts à répétition (Razorback et Wolf Creek pour n’en citer que deux représentants), Dangerous Animals délaisse le bush pour les fonds marins et un jeu du chat et de la souris entre un redoutable prédateur et sa proie qui va s’avérer plus coriace que prévue.
S’il ne renouvelle pas le genre à cause de personnages et de situations trop stéréotypées, le nouveau film de Sean Byrne se démarque par un cross over inédit entre deux sous genres à part entière, le tueur en série bien barré et les requins mangeurs d’hommes (et de femmes) et une férocité qui lui confère ce statut particulier des thrillers bien énervés. 
Incarné par un Jai Courtney déjà gratiné en Capitaine Boomerang dans le Suicide Squad de David Ayer, le grand méchant de Dangerous Animals excelle aussi bien dans ses joutes verbales que dans ses accès de violence ou ses délires sadique en cabotinant juste ce qu’il faut pour ne pas se caricaturer lui-même. 
Nerveux, suffisamment fun pour ne pas sombreur dans le sordide ou la violence gratuite et jouant de ses ficelles scénaristiques pour arriver à ses fins (la facilité avec laquelle Moses retrouve sa belle pour la sauver n’a d’autre justification que de fournir une victime supplémentaire à Tucker), Dangerous Animals est le film parfait pour une dose d’hémoglobine estivale avec cependant une question latente à la fin du film : qu’est-il advenu du petit chien ?

samedi 26 juillet 2025

Substitution – Bring her back

Révélés en 2023 avec La main, premier long métrage qui transcendait déjà son statut de film d’horreur pour ado par une hargne et une noirceur atypique dans ce type de production, les frères Philippou creusent leur sillon avec une histoire de possession et une réflexion sur le deuil qui nous emmène vers des contrées jusqu’alors peu explorées. 
Après la mort de leur père, Andy et sa demi-sœur non voyante Piper se voient confier à Laura, une ancienne psychologue pour enfant, endeuillée par le décès de sa propre fille noyée quelques années auparavant et dont le comportement va rapidement dévoiler une personnalité plus complexe qu’elle n’en a l’air. 
Dés les premières images en noir et blanc granuleux d’un rite mystérieux, Michael et Danny Philippou imposent leur vision du film. Dans la droite lignée de La main, les réalisateurs et scénaristes australiens instaurent un climat de violence et de malaise qui ira crescendo, jusqu’à une scène d’automutilation du jeune Oliver qui restera dans les mémoires, et la révélation des véritables intentions de Laura. 
Exploration du phénomène de deuil et véritable film de genre, Substitution n’a pourtant rien d’avenant. Tournant le dos à toute trace d’humour ou l’usage des habituels jumpscares, il laisse ses protagonistes à leur sort et nous place en observateurs presque cliniques des évènements inéluctables et dramatiques qui vont se jouer sous nos yeux. 
En refusant toute explication trop évidente (pas de secte ou de sorcière en vue) et en déroulant son intrigue autour de symboles récurrents, (l’eau, le cercle), le film nous laisse seuls au milieu de cette famille artificiellement recomposée et pourtant en pleine déliquescence, accentuant d’autant le sentiment de malaise mais confiant en notre capacité d’en tirer le meilleur parti possible.

lundi 21 juillet 2025

F1

Ancré dans la grande tradition des films sportifs, F1 en emprunte deux de ses stéréotypes les plus connus. Le Rookie, tête brûlée incroyablement douée mais dont l’inexpérience n’a d’égale que l’arrogance de sa jeunesse, et le Maverick indépendant et non conformiste, star déchue sur le retour en quête d’une hypothétique rédemption. Rien de bien neuf donc, mais comme la dit l’adage c’est dans les vieilles marmites que l’on fait les meilleures soupes et en cela F1 ne déroge pas à la règle. 
En soulignant le parallèle entre l’esprit d’équipe nécessaire au sein d’une écurie de Formule 1 et une galerie de personnages parfaitement esquissés faisant corps autour de leurs pilotes stars, le film de Joseph Kosinski alterne les moments de bravoure attendus avec une émotion bien réelle servie par des interprètes incarnés. 
Si la comparaison avec son précédent To Gun : Maverick est inévitable, et les films entretiennent en effet des thématiques communes, on pourra préférer à la droiture d’un Tom Cruise toujours impeccable le visage fatigué de Brad Pitt qui, s’il occupe indéniablement l’écran à chaque apparition, laisse suffisamment de champ libre à ses partenaires pour bâtir avec eux un divertissement de haute volée. 
Les séquences de courses filmées en caméras embarquées ou en plans larges sont suffisamment spectaculaires pour maintenir une tension constante, cela malgré le caractère un peu trop mécanique d’une intrigue qui avance sur rythme prévisible (défaite, victoire, défaite, victoire, défaite pour mieux accéder à la victoire). 
A la fois spectaculaire et intimiste, F1 nous promène à travers le monde sur les traces des plus grands circuits, nous fait entrer dans le quotidien d’une écurie de haut niveau et nous convie même à des séquences tour à tour émouvantes ou franchement drôles au rythme d’une course à la victoire (sur les autres mais aussi sur soi-même) qui ne nous lâchera pas avant le dénouement final. 
On peut trouver la carrosserie trop clinquante, il n’en reste pas moins un moteur qui rugit à chaque accélération pour notre plus grand plaisir.

samedi 12 juillet 2025

Rapaces

Le personnage du journaliste est, au même titre que le policier, une figure récurrente des intrigues centrées sur une enquête. Mais quand on pense investigation on se projette davantage sur les grands reporters que sur les paparazzis ou les salariés des journaux racoleurs comme Détective.

En adoptant ce point de vue atypique, le réalisateur Peter Dourountzis fait le pari de nous immerger dans des territoires jusque-là peu explorés, celui des rédactions que certains qualifieront de seconde zone, et le monde des cibistes gangrené par des mouvances masculinistes bien peu fréquentables.

Le meurtre sauvage d’une jeune fille dans l’Est de la France est le point de départ d’une enquête qui ne dit pas son nom pour Samuel et sa fille Ava, le reporter aguerri qui passe à coté de sa vie et la jeune stagiaire qui cherche à se rapprocher de son père. Efficace dans la peinture de cette équipe de journalistes complétée par Christian, Solveig et Aubin (les toujours excellents Jean-Pierre Darroussin, Valérie Donzelli et Stephan Crepon), le film prend rapidement des allures de road-movie et embrasse tous les genres sans arriver à consolider le tout.

On passe ainsi des turpitudes amoureuses de Samuel à ses relations avec sa fille, d’une enquête policière sur les traces des assassins au monde des cibistes, et du quotidien d’un journal à la découverte d’une groupuscule d’extrême droite. 

Traversé de séquence vraiment réussies, la scène du restaurant et du piège qui se referme peu à peu sur Ava et Christian fait monter la tension de manière diablement efficace, le film de Peter Dourountzis se résume parfois à une série de vignettes aboutissant à un final rapidement expédié. 

Si tous les personnages sont crédibles et bien servis par une distribution exemplaire, le choix de Mallory Wanecque pour incarner Ava s’avère le moins convaincant et dessert les relations qui auraient pu se nouer entre ce père et sa fille à la recherche l’un de l’autre. 

Atypique dans sa volonté d’explorer des milieux interlopes et pétri de bonnes intentions, Rapaces lorgne du coté de la Nuit du 12 sans parvenir à égaler sa dimension universelle. Il n’en reste pas moins un thriller solide qui présage du meilleur pour la suite.

dimanche 6 juillet 2025

The Ugly Stepsister

Il était une fois. En prenant comme matériau de base le conte de fée, en l’occurrence Cendrillon, pour, non pas le dévoyer, car ces histoires enfantines transmises de générations en générations comportent déjà en leur sein leur lot de perversions, mais en pousser les curseurs à fond, la réalisatrice norvégienne Emilie Blichfeldt s’offre par la même occasion une critique à boulet rouge des diktats de la beauté à tout prix et une comédie bien barrée nourrie d’influences revendiquées. 
Et les clins d’œil pullulent dans ce body horror dont le genre redevient à la mode depuis The Substance de Coralie Fargeat. 
La plus évidente est bien entendu David Cronenberg à qui Emilie Blichfeldt paie son tribut en nommant l’un des invités au bal du prince du même patronyme et en revêtant le chirurgien et de ses infirmières d’uniformes qui renvoient directement à celui des jumeaux de Faux Semblants. 
En affichant une fascination morbide pour les sécrétions corporelles dans tout ce qu’elles ont de plus crues (du sperme d’un prétendant au pue d’un bouton percé) et les mutilations les plus variées (le calvaire psychologique enduré par la belle Agnès est une promenade de santé par rapport au chemin de croix physique supporté par Elvira), la réalisatrice fait preuve d’une radicalité implacable envers ses personnages tous plus tordus ou dépravés les uns que les autres. 
Volontairement outrancier mais jamais gratuit, The Ugly Stepsister déboule sur nos écrans comme une boule puante lâchée en pleine réception mondaine à la manière d’un Shrek sous amphétamine, malaisant, provocateur, excessif mais jubilatoire.

samedi 28 juin 2025

13 jours 13 nuits

Les petites histoires qui font la Grande. Alors que les troupes américaines évacuent l’Afghanistan en 2021, les Talibans envahissent Kaboul et sèment la terreur parmi les habitants. Dans ce chaos ambiant, l’ambassade de France demeure l’un des derniers refuges pour des Afghans menacés de mort. Face à cet afflux de réfugiés, le commandant Mohamed Bida va devoir composer avec sa hiérarchie et son propre sens de l’honneur. 
Pour adapter ce fait réel, lui-même retranscrit par le principal intéressé dans ses mémoires, le réalisateur Martin Bourboulon ne cherche pas à concurrencer les films d’actions américains sur leur propre terrain de jeu (La chute du Faucon Noir pour n’en citer qu’un) mais joue bien au contraire la carte de la sobriété. 
Pas d’iconisation héroïque ni de fétichisme militaire mais une course contre la montre filmée au plus près de ses personnages, militaires, journalistes, réfugiés ou activistes plongés dans une réalité qui les dépasse. Et c’est bien au travers cette galerie de portraits parfois à peine esquissés mais toujours justes (l’américaine Nicole Gee est particulièrement touchante) que né l’émotion. 
Film humaniste dans le sens où les décisions des personnages sont dictées par les valeurs humaines plutôt que par le respect des ordres ou l’intérêt personnel, 13 jours 13 nuits n’en oublie pas pour autant une tension permanente culminant lors des scènes de déplacement (l’exfiltration du commandant Afghan ou l’évacuation des réfugiés et du personnel de l’ambassade) où l’exiguïté des véhicules renforce le sentiment d’urgence et de danger permanant. 
Si l’on peut questionner la vision patriotique de cet épisode Afghan du point de vue français et l’écriture un peu trop caricaturale de certains personnages (Eva incarnée par Lyna Khoudri entre autres), le film de Martin Bourboulon porté par un Roschdy Zem impérial n’en demeure pas moins une franche réussite entre film de guerre et hommage au courage d’hommes et de femmes qui font passer leurs exigences morales avant toute chose.

samedi 21 juin 2025

28 ans plus tard

En 2003, le réalisateur Danny Boyle, déjà épaulé par Alex Garland au scénario, électrise les morts vivants chers à George A. Romero avec 28 jours plus tard et ses infectés aussi affamés que mortellement rapides. 
Quatre ans plus tard l’espagnol Juan Carlos Fresnadillo livre une suite plus orientée action avec un clin d’œil appuyé au Jour des morts-vivants et ses militaires aussi dangereux que les contaminés qu’ils combattent. 
Il faudra donc attendre plus de vingt ans pour retrouver le duo Boyle - Garland et un monde plus déliquescent que jamais. Car c’est bien dans la veine postapocalyptique que s’inscrit ce 28 ans plus tard, film hybride aux multiples références avec pour toile de fond une fascination évidente pour la mort. 
Si Danny Boyle n’a rien perdu de son sens de la mise en scène et sa direction d’acteurs, c’est bien la patte du scénariste qui s’imprime à chaque plan. De Annihilation à Civil War en passant par Men, Alex Garland passé depuis derrière la caméra n’a eu de cesse d’explorer les multiples faces du deuil et de notre approche de la mort sous toute ses formes. 
[Attention POILER] Alors que Jamie incite (oblige ?) son fils à exécuter des infectés à l’arme blanche pour son rite de passage à l’âge adulte, c’est pourtant le décès de sa mère (et l’inversion des rôles qui le précède quand elle l’appelle papa ou qu’elle lui confie le bébé) qui va véritablement l’obliger à s’émanciper de sa condition d’enfant pour enfin voler de ses propres ailes et partir explorer le monde [fin du SPOILER]
Alternant des scènes de poursuites tendues à l’extrême et des moments de calme tout aussi réussis (la rencontre avec Eric, les échanges entre Jamie et sa mère), le réalisateur parsème son film de touches d’humour particulièrement bien sentis et parvient à un équilibre salutaire entre l’intime et l’horreur. 
Mais si le film parvient à se sortir de situations extrêmes qui pourraient parfois le faire basculer dans le ridicule, c’est avant tout grâce à une distribution d’acteurs tous aussi bons les uns que les autres. On ne s’étonnera plus de la justesse du jeu de Jodie Cormer toujours impeccable, et Alfie Williams dans le rôle du jeune Spike reste une vraie découverte. 
Alors que le film se termine par une scène absolument WTF sortie d’un film de zombie italiens des années soixante-dix et annonçant clairement une suite, 28 ans plus tard réussit sur deux tableaux, celui de prolonger efficacement une saga passionnante entamée vingt ans plus tôt et d’y apporter une vision suffisamment différente pour explorer de nouvelles multiples.

samedi 7 juin 2025

Ballerina

Avec le personnage de Paloma dans Mourir peut attendre en 2021, Ana de Armas braque littéralement la meilleure scène du film, allant même jusqu’à volet la vedette à un James Bond lui aussi sous le charme. 
Alors quand l’annonce d’un spin off de l’univers John Wick tombe peu de temps après, l’attente est à la hauteur des espérances : énorme pour les fans d’une série dont la réalisation et la chorégraphie martiale transcendent les codes du cinéma d’action et imposent une mythologie à la fois cohérente et diablement jouissive. 
L’arrivée de Len Wiseman à la réalisation ainsi que le temps écoulé entre l’annonce du projet et les premières images suscitent les premières inquiétudes, bien vite confirmées lors de l’arrivée de Ballerina en salle. 
Malgré de bonnes idées de mises en scène, dont les combats à la grenade et le duel au lance flamme qui fera date, le film s’étire sur deux heures interminables en se reposant paresseusement sur des lauriers trop grands pour lui. 
Passons l’histoire cousue de fil blanc, l’intérêt de la saga n’a jamais résidé dans l’écriture scénaristique mais bien dans son interprétation et l’inventivité visuelle de son univers. Plombé par une réalisation paresseuse et des personnages sans grande envergure, Bellerina se contente de capitaliser sur l’univers de John Wick sans jamais prendre son envol. 
Malgré tous ses efforts et son investissement, Ana de Armas parait bien pâle à coté d’un Keanu Reeves toujours aussi minimaliste, les nouveaux venus ne brillent pas par leur présence et le reste de la distribution se contentent de rejouer indéfiniment le même rôle. 
Là où la réalisation de Chad Stahelski transpirait l’amour des combats chorégraphiés et de la série B de qualité, Len Wiseman livre le minimum syndical et se nourrit sur le dos de la bête sans apporter une goutte de sang neuf à l’univers étendu du redoutable Baba Yaga. 
Reste Ana de Armas, moins convaincante en deux heures de John Wick qu’en dix minutes de James Bond.

samedi 24 mai 2025

Mission : Impossible – The Final Reckoning

Tout ça pour en arriver là. Après presque vingt ans d’une franchise qui a redéfini les codes du blockbuster d’action, Ethan Hunt et son équipe, ou du moins ce qu’il en reste, reviennent pour un baroud d’honneur qui, s’il reprend à la lettre les codes de la saga, en demeure l’un de ses épisodes les plus faibles. 
Pensé comme une rétrospective introspective, The Final Reckoning souffre tout d’abord de l’absence d’un méchant digne de ce nom. Entre une entité informatique qui emprunte à la fois au virus et à l’intelligence artificielle et un cyber terroriste des plus commun, Ethan Hunt semble davantage lutter contre les éléments (la pression des profondeurs ou la gravité) que contre sa propre némésis. 
Trop long, trop bavard, trop sérieux (les rares séquences d’humour tombent à plat), ce huitième opus coche toutes les cases du cahier des charges Mission Impossible (les masques, la paranoïa ambiante, les cascades) sans retrouver le souffle épique des précédents épisodes. 
Déchiré entre l’esprit d’équipe et la solitude de l’élu qui renvoie à plus d’un titre au Néo de Matrix en guerre contre les machines, Ethan porte sur ses épaules le poids d’un monde au bord de l’apocalypse nucléaire et les multiples flash-backs de ses exploits passés sonnent comme l’annonce d’une retraite bien méritée. 
Il n’en demeure pas moins que The Final Reckoning nous réserve encore de belles surprises comme une séquence bien claustrophobique à bord d’un sous-marin échoué ou une tension paranoïaque croissante au sein de l’Etat major des armées américaines. 
Partagé entre la nécessité de boucler la saga, un cahier des charges toujours aussi exigeant dans le spectaculaire et une dimension humaine qui peine à convaincre, Tom Cruise et son alter ego Christopher McQuarrie ont l’intelligence d’arrêter la série avant le film de trop et malgré ses faiblesses, le dernier opus de Mission Impossible referme dignement la porte d’une saga qui aura porté haut et forts les valeurs d’un cinéma populaire exigeant et divertissant.

samedi 10 mai 2025

Destination finale : Bloodlines

La saga Destination Finale a ceci d’original qu’elle met en scène le tueur de slasher ultime, la Mort elle-même. En résultent des mises en situation plus invraisemblables les unes que les autres pour précipiter les malheureux protagonistes dans des morts atroces, avec une prédilection pour les accidents domestiques et routiers. 
Sixième volet de la série, ce Destination Finale Bloddlines (les liens du sang en français, ce qui a son importance dans le déroulé du scénario) pousse tous les curseurs à fond. 
Enchainement d’incidents anodins, fausses pistes et scènes gores parfaitement réussies dans leur volonté d’aller toujours plus loin, mais également scénario cousu de fil blanc, représentation artificielle de la famille américaine et personnages tellement fades que l’on attend avec une impatience à peine cachée leurs décès de toute façon inéluctables. 
Les réalisateurs semblent avoir oublié qu’un bon film d’horreur ne se limite pas à ses débordements sanglants mais passe avant tout par ses protagonistes, d’autant plus quand le grand méchant demeure invisible bien qu’omniprésent. 
Usant et abusant des fausses pistes qui sont depuis toujours la marque de fabrique de la saga (plans fixes et insistants sur un râteau ou un éclat de verre alors que le danger vient d’ailleurs), faisant preuve d’imagination pour mettre en scène des morts toujours plus impressionnantes, Zach Lipovsky et Adam B. Stein se contentent pourtant d’une galerie de personnages fades et interchangeables dont les actes demeurent la plupart du temps incompréhensibles (la mère de Stéfani revient après vingt ans d’absence comme si elle était partie chercher du pain la veille). 
Malgré une montée en tension spectaculaire dans la séquence d’introduction et un véritable soin apporté aux séquences de mises à mort, Destination finale : Bloodlines ne parvient pas à se démarquer des productions horrifiques produites à la chaine par les studios américains et ne constitue certainement pas l’épisode le plus réussi de la saga.

dimanche 4 mai 2025

L’amour c’est surcoté

L’amour c’est surcoté, c’est du moins ce que ne cesse de se répéter Anis, trentenaire en galère avec les filles, coincé entre ses potes, ses parents et un trauma qu’il n’arrive pas à surpasser, la perte de son meilleur ami Isma trois ans auparavant. La rencontre avec Madeleine pourrait bien changer les choses si ces deux-là arrivent à s’apprivoiser. 
En adaptant son propre roman, Mourad Winter débarque dans le paysage bien balisé de la comédie française avec une énergie et un culot qui forcent le respect. 
Entouré d’une troupe de comédiens aussi à l’aise dans l’émotion que dans la déconne, le film déroule des dialogues cultes avec un sens inné des scènes de groupe et réussit à créer cette alchimie rare, entre éclats de rire et larmes d’émotion sans jamais sombrer dans le pathos. 
Le réalisateur prend ce qu’il y a de meilleur chez les stand-upeurs français en évitant la succession de sketches trop téléphonés ou les personnalités castratrices qui ne laissent pas de place aux autres. Inutile de citer les interprètes au risque d’en oublier, ils sont tous parfaits (mention spéciale à Benjamin Tranié, hilarant dans le rôle casse gueule du pote raciste et antisémite) autour du tandem Hakim Jemili-Laura Felpin à fleur de peau. 
On ressort de la salle le sourire aux lèvres et la larme à l’œil, trop content de rejouer les dialogues du film avec ses potes. Tout est dit.

vendredi 25 avril 2025

Sinners

Black Power. De Creed à Black Panther, le duo Ryan Coogler - Michael B. Jordan a toujours revendiqué un cinéma de divertissement étroitement liée à la culture afro-américaine. Sinners qui marque leur sixième collaboration ne fait pas exception à la règle. 
En mêlant film de vampire et ode musical sur fond de ségrégation noire dans le sud des Etats Unis des années Trente, le réalisateur ose un pari risqué qu’il remporte haut la main grâce à un sens aigu de la mise en scène, la double présence d’un Michael B. Jordan toujours aussi charismatique entouré d’un casting impeccable, une bande son envoutante et des références à la pelle. 
Croisement improbable entre 30 jours de nuits, Une nuit en enfer, le western, les films de gangsters et les comédies musicales, Sinners nous offre quelques scènes mémorables comme ce morceau de blues transgénérationnel auquel répond une danse irlandaise endiablée des vampires. 
La parabole politique aurait pu tourner court et sombrer dans la facilité avec une confrontation entre les vampires blancs racistes et les résistants noirs mais Ryan Coogler déjoue tous les pièges du manichéisme en ne perdant jamais de vue la portée symbolique de ses personnages. 
Visuellement somptueux et réjouissant dans son mélange des genres, Sinners est surtout un bel hommage à cette musique du diable née dans les champs de coton qui a su traverser les générations pour porter haut et fort la douleur, la révolte et l’espoir.

samedi 8 mars 2025

Mickey 17

It’s time to die. 
A la manière d’un Tom Cruise condamné à mourir à répétition dans Edge of Tomorrow, Robert Pattinson incarne Mickey Barnes dans le nouveau film du réalisateur césarisé Bong Joon Ho. 
Mais il n’est pas question ici de boucle temporelle puisqu’à chacune de ses morts pour faire avancer la science, Mickey Barnes est réimprimé en trois dimensions et sa mémoire injectée dans un corps fabriqué à partir de déchets organiques. 
Cette condition fait de lui un Remplaçable, un être humain corvéable à merci réduit à son enveloppe charnelle duplicable à l’infini et dont la mort se trouve dédramatisée par la perspective de renaitre, encore et toujours. Jusqu’à ce qu’un grain de sable fasse dérailler la machine. 
Du mélange des genres au thème de la lutte des classes jusqu’à la présence de monstres improbables sur une planète gelée, Mickey 17 représente à lui tout seul un condensé de la filmographie de Bong Joon Ho. 
De Parasites à Snowpiercer en passant par The Host, les thèmes chers au réalisateur coréens se retrouvent tous dans ce dernier opus qui oscille en permanence entre comédie noire et science-fiction assumée avec un contexte social omniprésent. 
Entre influences et clin d’œil assumés, on pense notamment à Alien et Starship Troopers, Mickey 17 réussit néanmoins à trouver sa voie grâce à une distribution au cordeau (quel plaisir de retrouver Anamaria Vartolomei) et un subtil numéro d’équilibriste entre film de genre et satire sociale dont Bong Joon Ho a le secret.
Insuffler un ton aussi politique et acerbe dans une production de cette ampleur n’était pas gagné et s’il ne révolutionne pas le genre, Mickey 17 réussit à divertir tout en nous donnant à réfléchir sur le rapport de pouvoir et de domination entre classes sociales avant d’y mettre un terme aussi définitif que délicieusement naïf.

dimanche 9 février 2025

5 septembre

La fabrique de l’information. 
A partir d’un fait divers archiconnu, la prise d’otages des athlètes israéliens par un commando de terroristes palestiniens lors des Jeux Olympiques de Munich en 1972 et son issue tragique, le réalisateur Tim Fehlbaum nous propose de suivre les évènements en temps réels depuis un studio de télévision à quelques centaines de mètres des lieux du drame, décortiquant ainsi la façon dont le producteur Geoff va présenter les faits à des millions de téléspectateurs. 
Car outre le rappel douloureux de l’un des épisodes les plus marquants du conflit israélo-palestinien et une mise en perspective pertinente (le fait que le drame se déroule dans une Allemagne encore traumatisée par les atrocités de la Seconde Guerre Mondiale est essentiel dans la compréhension du déroulé des évènements), 5 septembre nous invite dans les coulisses de la fabrication de l’information et de la manière de s’en faire écho sans tomber dans le sensationnalisme ni dans le voyeurisme. 
Bati presque essentiellement sur son montage sec et nerveux, à l’image des reportages réalisés en temps réel par l’équipe du directeur de télévision Roone Arledge, le film de Tim Fehlbaum nous embarque dans un thriller haletant, d’autant plus surprenant que l’on connait l’issu du drame, dans les pas de journalistes, caméramen et preneurs de son spectateurs et témoins d’une série d’évènements qui vont tenir en haleine le monde entier. 
Suffisamment ramassé sur une durée d’une heure trente cinq et porté par un casting crédible de bout en bout, 5 septembre se double d’une réflexion bienvenue sur la responsabilité éditoriale et la manière de présenter et recevoir une information. 
Un sujet plus que jamais d’actualité à l’heure de la mondialisation et des combats permanents pour préserver l’intégrité des groupes de presse.  

samedi 1 février 2025

babygirl

La scène d’ouverture de Babygirl donne le ton du film. Un couple fait l’amour, la femme feint un orgasme rapidement expédié pour mieux s’isoler devant un porno et se masturber toute seule. 
Car derrière la carrière de Romy, femme puissante et intelligente arrivée à la tête d’une entreprise de robotique new-yorkaise à force de courage et d’abnégation, se cache une vie trop rangée entre un mari metteur en scène débordé et deux enfants engoncés dans leurs archétypes de fille modèle et de fille hors norme. Le parfait modèle familial américain qui ne demande qu’à exploser sous le poids des conventions. 
L’irruption d’un stagiaire entreprenant va obliger Romy à prendre conscience de cette mascarade tout en réveillant en elle des désirs qu’elle pensait oubliés à jamais. 
Et c’est bien de désirs féminins dont il est question ici, désirs le plus souvent ignorés ou inassouvis, relégués au second plan d’une vie où les conventions prennent le pas sur une sexualité que l’on rêverait plus libre. Alors que la vie de Romy n’est que luxe et volupté, la séquence où tout bascule avec Samuel se déroule dans une chambre d’hôtel miteuse, projection inconsciente de ses désirs jugés trop déviants pour être exposés au grand jour. 
Loin de tomber dans les méandres d’un énième thriller sulfureux avec manipulation et chantage à la clef, la réalisatrice Halina Reijn filme au contraire ses personnages avec une bienveillance d’abord suspect, on se demande à quel moment Samuel ou Romy vont dévoiler leur véritable personnalité et précipiter le drame, avant de comprendre que rien de tel se va se passer. Babygirl est d’abord et avant tout le portrait d’une femme qui a trop longtemps ignoré ses pulsions et qui, arrivée au sommet du pouvoir, assume enfin sa propre sexualité. 
Si le film aurait gagné en audace, la mise en danger de Nicole Kidman reste tout de même très relative et moins spectaculaire que la mise en abime de Demi Moore dans The substance, sans compter que les scènes de sexe demeurent assez soft pour un film qui entend prendre le sujet du désir féminin à bras le corps, Babygirl n’en reste pas moins un essai courageux et trop rare sur un thème encore largement sous-exploité.

samedi 25 janvier 2025

Le dossier Maldoror

Si tu plonges longtemps ton regard dans l'abîme, l'abîme te regarde aussi. C’est que qui arrive à Paul Chartier, jeune gendarme idéaliste confronté au milieu des années quatre-vingt-dix à la disparition de deux jeunes filles en Belgique. Ce n’est que le début d’une longue série et d’une spirale obsessionnelle où il entrainera à son corps défendant sa famille, ses amis et perdra sa propre identité. 
Librement inspiré par l’affaire Dutroux qui traumatisa la société belge en 1996, Fabrice Du Welz délaisse son formalisme habituel pour coller durant plus de deux heures trente à ce gendarme sous pression interprété par Anthony Bajon dont le physique presque enfantin contraste singulièrement avec la noirceur qui l’habite. 
Aussi à l’aise dans ses pas de côté, comment ne pas penser au Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino durant la scène du mariage, qu’en plein cœur de l’enquête pour laquelle il suit les traces du David Fincher de Zodiac, le réalisateur belge oscille entre cinéma de genre et catharsis pour illustrer le dysfonctionnement de la justice belge, les erreurs de jugement dues à la rivalité larvée entre la gendarmerie belge, la police judiciaire et la police communale et la manière de se confronter au mal dans tout ce qu’il a de plus commun et d’abject. 
Passionnant dans sa reconstitution presque documentaire des faits, parfaitement maitrisé en termes de mise en scène, Le dossier Maldoror aurait gagné à explorer plus en profondeur la piste du réseau pédophile aux ramifications insoupçonnées sur laquelle le film s’arrête de façon trop abrupte. 
Regarder le mal en face sans tomber dans la surenchère et le voyeurisme et embarquer le spectateur pendant deux heures trente cinq sans une once d’ennui, pari gagné pour Fabrice Du Welz qui ajoute une pièce maitresse à une filmographie déjà bien fournie.