samedi 27 juin 2020

The Hunt

Précédé par une réputation sulfureuse sans grand rapport avec le film, The Hunt arrive enfin en salle. Verdict ? 
Un groupe de nantis kidnappent et chassent des personnes choisies pour leurs penchant racistes, homophobes ou conspirationnistes. Jusqu’à ce que l’une des proies, accusée d’avoir dénoncé au grand jour ces pratiques immorales, se rebelle et devienne à son tour chasseur. 
Sauf qu’en étalant dans les médias ce qui n’était peut-être qu’une blague de riches désœuvrés, elle s’est elle-même transformée en catalyseur de cette chasse du comte Zaroff des temps modernes. Et qu’elle n’avait au final rien à voir avec toute cette affaire. 
Bref, empreint de cette roublardise propre aux productions Blumhouse, The Hunt prend un malin plaisir à mélanger les cartes de la morale et brouille toute tentative de justification des actes de ses protagonistes. Cocktail assez détonnant d’ultra violence constamment désamorcée par un humour au vitriol et de pseudo critique sociale, The Hunt renvoie dos à dos riches et pauvres, instruits et incultes, bien-pensants et extrémistes dans un maëlstrom sanglant et cartoonesque dont personne ne sortira vraiment indemne.
 Efficace, fun et juste ce qu’il faut incorrect, The Hunt est surtout la révélation d’une étonnante Betty Gilpin aux multiples facettes qui assume jusqu’au bout son personnage borderline.

dimanche 22 mars 2020

Pénurie de livres ? Amazon, Macron, faux boucs émissaires.

En ces temps de confinement relativement propices à la lecture (car malgré tout la vie continue et entre le télétravail, les enfants et les tâches journalières je m’étonne toujours de voir certains dans le désœuvrement le plus total au point de nous infliger leur journal d’un confiné dont on se passerait volontiers), la peur de manquer de livres rejoint l’angoisse des pâtes et du papier toilette. 
Et si, plutôt que de se ruer sur les commandes en ligne, on en profitait pour écouler cette Pile à Lire longue comme un jour sans livre, ou que l’on en profitait pour relire ces romans que l’on s’est juré de reprendre sans jamais en trouver le temps ? 
Vilipender Amazon dont les ventes explosent (et qui annonce pourtant se recentrer uniquement sur les commandes prioritaires, les livres en feront-ils partie ?) ou le gouvernement pour laisser s’organiser une situation honteuse de concurrence déloyale pour les libraires indépendants est trop facile. 
Pour les achats de livres comme pour le confinement, notre responsabilité prime avant toute chose. Chaque livre commandé en ligne est une pelleté de plus sur la tête de libraires déjà enterrés jusqu’au cou, et dont certains se demandent déjà s’ils pourront se relever après cette crise sans précédent. 
Nous sommes les premiers responsables. 
Responsable de privilégier les achats de proximité plutôt que de faire le jeu des multinationales de la vente en ligne, responsable d’anticiper le plaisir de notre prochaine visite chez notre libraire (encore quelques semaines à tenir) plutôt que de privilégier le tout - tout de suite. 
C’est lourd de conséquence mais diablement stimulant. 

mercredi 11 mars 2020

En avant

Retour vers la magie ! 
Après une série de suites exploitant les franchises à succès de Pixar (Toy Story, Les Indestructibles, Monstres et Compagnie) c’est avec un plaisir non dissimulé que l’on voit le studio revenir vers une création originale. 
Très vite nous sommes en terrain connu avec cette quête initiatique de deux frères elfes pour faire revenir leur défunt père à la vie le temps d’une journée dans un monde où la magie est tombée dans l’oubli au profit de la technologie. Pourtant, une fois encore, tout fonctionne. 
Sur un thème proche de celui exploité par la saga Toy Story (la perte de la magie n’est après tout pas si éloignée de celle de nos rêves d’enfants), En avant nous embarque dans une aventure alternant avec beaucoup de bonheur les moments épiques (la fin d’un vieux van est un modèle de séquence sacrificielle portée par une musique de circonstance), comiques et une émotion à fleur de peau, sans oublier quelques idées surprenantes comme ce père réduit à l’état de jambes que ses fils trainent au bout d’une laisse pendant tout leur périple. 
Peuplé d’un bestiaire fantastique du plus bel effet, des fées Hell’s Angels aux licornes sauvages, En Avant est aussi un beau clin d’œil aux adeptes des jeux de plateau avec une course contre la montre qui emprunte tous les codes des univers inspirés de Donjons et Dragons sans une once de cynisme. 
Si le long métrage fait la part belle aux personnages féminins et aux seconds rôles, véritable force du studio depuis ses débuts, c’est au travers des relations entre les deux frères Ian et Barley que passe une émotion d’autant plus touchante qu’elle n’est jamais imposée. 
Sans atteindre les sommets des Indestructibles ou de Monstres et Compagnie, En Avant est une belle aventure, sincère dans son propos et soignée dans sa conception, une réussite de plus au crédit d’un studio qui prend enfin le risque (mesuré) de sortir de sa zone de confort.

samedi 18 janvier 2020

1917

Réglons la question tout de suite, le plan séquence comme base narrative pour un film n’est pas une bonne idée. Outre la fausse prouesse technique (le soi-disant plan séquence est un patchwork de plans raccordés numériquement entre eux), le cinéma se construit aussi et surtout sur la table de montage avec ses ellipses, ses raccourcis, ses points de vues multiples, bref, tout sauf cette visite guidée de décors soignés et de situations obligées qui s’enchainent mécaniquement pour décrire le périple de Schofield et Blake, deux jeunes soldats britanniques mandatés pour aller prévenir leurs compagnons d’un piège tendu par les allemands qui pourrait causer des centaines de morts. 
Thématiquement et narrativement assez proche d’Il faut sauver le soldat Ryan (voire entre autres la scène du sniper allemand par exemple), 1917 n’en a pour autant ni la maitrise ni l’impact psychologique. Alors que la Première Guerre mondiale devrait pourtant donner lieu à des scènes apocalyptiques, nous sommes ici loin de la violence à peine soutenable du Hacksaw Ridge (Tu ne tueras point) de Mel Gibson qui égalait en termes de sauvagerie la première demi-heure d’Il faut sauver le soldat Ryan. 
Absorbé par la forme, Sam Mendes nous offre des cadavres putréfiés et des charniers bien trop propres sur eux pour que l’on y croit une seule seconde. Passons sur les limites imposées par son choix de plan séquence (le trajet en camion dure quoi, quatre minutes en temps réel ?), en nous collant le nez presque en permanence sur les protagonistes principaux, 1917, plutôt que de nous plonger dans l’horreur viscérale de la guerre, enchaine quelques rares scènes véritablement terrifiantes (l’errance de Schofield dans les ruines en feu et sa traque par des ombres armées de baïonnettes, la chute de l’avion allemand), une ou deux surprises scénaristiques (l’inversion des rôles des personnages principaux au premier tiers du film) mais se plante complétement dès qu’il faut parler d’humanité (la scène de rencontre avec la jeune française terrée chez elle est à ce sujet particulièrement ratée), un comble pour un film qui se réclame humaniste. 
Trop long, aseptisé et prisonnier de ses choix narratifs, 1917 n’est décidément pas le grand film de guerre que l’on attendait de la part de Sam Mendes.

dimanche 8 décembre 2019

La Reine des neiges 2

En 2013 déferlait le phénomène Reine des neiges, porté par un titre qui allait faire le tour du monde au point de caricaturer le film lui-même, pourtant l’un des meilleurs long métrage d’animation de ces dernières années. De la caractérisation des personnages à l’histoire en passant par l’animation elle-même et la bande son, La Reine des neiges s’imposait comme une belle réussite et la suite était pour le moins attendue sinon inévitable.
Elsa, Anna, Kristoff, Olaf et Sven reviennent donc en force et en chansons six ans après le premier opus pour de nouvelles aventures tout aussi mouvementées. Après la découverte et l’acceptation des pouvoirs d’Elsa vient le temps de la compréhension, ce qui va mener nos protagonistes au plus profond de la forêt interdite pour sauver le royaume d’une destruction imminente. 
N’y allons pas par quatre chemins, malgré une distance assumée avec les ingrédients du succès du premier épisode (la grimace d’Elsa lorsqu’elle se voit chantonner dans le passé, le passage chanté résolument second degrés de Kristoff), l’équipe de Jennifer Lee et Chris Buck cherche à renouer avec la déferlante de 2013 et multiplie pour cela les passages chantés jusqu’à saturation. Et c’est bien là le principal défaut de cette suite, cette multiplicité des morceaux musicaux dont cette fois pas un seul ne restera dans nos mémoires une fois quittée la salle. 
C’est d’autant plus dommage que le film est par ailleurs réussi, multipliant les morceaux de bravoure entre les esprits de la nature tout droit sortis d’un épisode de God of War et la présence accrue d’Olaf assurant un humour décalé qui fait souvent mouche. Sans compter une Elsa usant de ses pouvoirs à la manière des supers héros (on pense à Frozen des Indestructibles) contre des éléments retors avant d’être apprivoisés. 
Techniquement très abouti et accordant une attention toute particulière à ses deux personnages féminins, Elsa et Anna, La Reine des neiges 2 se prive d’un véritable méchant et réussit pourtant le pari de nous emporter dans une aventure sans trop de temps morts, exception faite des intermèdes musicaux. Une semi réussite donc, loin de la puissance du premier opus mais suffisamment aboutis pour satisfaire parents et enfants.

samedi 23 novembre 2019

Les Misérables

Le film s’ouvre et se termine sur une scène de chaos. Chaos euphorique, métissé et populaire lors de la dernière finale de la coupe du monde de football. Chaos violent, désespéré et destructeur lors d’un final filmé comme une guérilla urbaine. Entre les deux, quelques dizaines d’heures de la vie de Montfermeil dans le 93, entre flics de la BAC, gamins des rues, dealers, frères musulmans, médiateurs, parents dépassés et caïds de quartier. 
Presque vingt cinq ans après la Haine, Les Misérables fait écho au film coup de poing de Mathieu Kassovitz à plus d’un titre. Tout d’abord, la plongée dans le cœur d’une cité de banlieue avec une vraie proposition de cinéma. Ladj Ly comme Kassovitz avant lui ne se contente pas d’un état des lieux, il nous embarque dans son histoire avec de somptueux plans aériens (l’utilisation du drone pour rendre compte de l’enfermement dans lequel les barres d’immeubles confinent les habitants des citées est brillante), de plans tournés caméra à l’épaule dans des cages d’escaliers, de poursuites incroyablement fluides et d’une proximité avec ses acteurs, pour la plupart amateurs, d’une justesse incroyable. Autres points communs aux deux films, l’intrusion d’animaux anachroniques au cœur de la cité (une vache dans la haine, un bébé lion pour Les Misérables), des personnages de flics aux allures de cow boys et la quête d’un objet perdu (un flingue ou la carte mémoire d’une caméra) par qui le drame arrive. 
Mais loin de se contenter de suivre les pas de son ainé, Les Misérables dresse aussi le portrait d’une société malade de sa propre violence et de sa propension à répéter les même modèles d’une génération à l’autre, un univers clos et un fragile équilibre entretenu par les médiateurs, les dealers, les flics et les frères musulmans, véritable contre pouvoir pour une jeunesse privée de tous ses repères. 
L’un des plus grands mérites de Ladj Ly, et pas le moindre, est d’avoir digéré sa colère pendant de longues années et de nous proposer des portraits individuels sans aucune animosité ni jugement. Personne n’a fondamentalement tort ou raison, tout le monde agit selon ses propres motivations et son intérêt personnel, persuadé de son bon droit et de sa légitimité. Et alors que le réalisateur installe ses protagonistes et déroule son histoire, on assiste sans s’en rendre compte à la magie du cinéma. Les scènes d’anthologie s’enchainent (le face à face entre les forains et les noirs est un modèle du genre), les destins se croisent avec une incroyable fluidité pour aboutir à un final aussi tragique qu’inquiétant, un renversement de toute forme d’autorité par des gamins humiliés depuis leur plus jeune âge. 
Ces Misérables nous poursuivent longtemps après avoir quitté la salle, constat implacable d’une situation explosive que nous n’apercevons plus que par le prisme des faits divers. C’est sans aucun doute la marque des très grands films.

samedi 16 novembre 2019

La belle époque

Victor est un vieux con assumé, perdu dans une époque où les communautés virtuelles supplantent les contacts physiques. Il ne comprend plus sa femme, ne supporte plus son fils et passe le plus clair de son temps à fustiger ses contemporains esclaves des évolutions technologiques. Le jour où Antoine, un ami de son fils, lui propose de retrouver l’époque de son choix par le biais d’une reconstitution théâtrale, Victor choisit l’année 1974, le jour où il est tombé amoureux de sa femme dans un café lyonnais. Dés lors, les évènements vont se précipiter, passé et présent se mélangent dans un tourbillon sentimental dont tout le monde sortira changé, pour le meilleur ou pour le pire. 
Loin de l’image de suffisance et d’arrogance qu’il se plait parfois à projeter en public, force est de constater que Nicolas Bedos se révèle avec ce film comme un excellent metteur en scène. La belle époque, loin d’un constat amer sur le thème éculé du « c’était mieux avant » s’inscrit dans la droite ligne des meilleures comédies françaises, portée par des dialogues au cordeau qu’une galerie de comédiens au mieux de leur forme prennent visiblement un plaisir fou à interpréter. 
Mais c’est aussi et surtout dans le montage que le réalisateur impose sa patte et donne à son film ce petit plus indécelable qui le rend si attachant. Maniant les parallèles temporels à la manière de poupées russes s’emboitant les unes dans les autres, Nicolas Bedos impose un rythme soutenu, particulièrement dans la première partie du film comme dans cette scène très découpée des retrouvailles d’Antoine et de Margot. D’engueulades en étreintes, le metteur en scène résume en quelques secondes les relations tumultueuses d’un couple en permanence sur le film du rasoir se nourrissant de ses propres conflits pour avancer. 
Sur le modèle de Tarantino avec Il était une fois à Hollywood, Nicolas Bedos joue sur le personnage de l’acteur interprétant un acteur incarnant lui-même un personnage parfois double (voir à ce propos le rôle de Pierre Arditi) sans pour autant perdre le spectateur, où alors juste le temps de le raccrocher la scène suivante et d’enchainer vers un final profondément émouvant, donnant à Fanny Ardant la pleine mesure de son talent. 
Acerbe et drôle, touchant et déroutant, La belle époque démontre une fois de plus que l’on peut écrire des comédies intelligentes et piquantes sans sombrer dans la caricature grossière ni flatter les plus bas instincts des spectateurs. C’est suffisamment rare pour être souligné et cela fait un bien fou.