samedi 30 mai 2026

Colony

Après avoir redynamisé le film d’infectés avec un Dernier train pour Busan bien énervé, puis un Peninsula aux allures de post-apo plus anecdotique, le réalisateur coréen Sang-Ho Yeon monte encore d’un cran avec un concept nouveau, celui d’un lien psychique entre les contaminés qui passent ainsi d’une somme d’individualités agressives à une communauté organisée et évolutive. 
Nourri de références aussi éclectiques que variées, Colony paie son tribut à Die Hard avec son pitch d’attaque terroriste dans une tour moderne en plein centre-ville, à Zombie lorsque les infectés déambulent dans un centre commercial où se terrent les derniers survivants, mais également aux jeux vidéo de tir à la première personne lors d’une séquence en mode FPS où des militaires se font massacrer par caméra embarquée interposée sous les yeux ébahis des politiciens terrés dans leur cellule de crise. 
Si le film alterne scènes intimistes, séquence d’action pure et effets gores, il n’en n’oublie pas moins sous texte politique et une charge sans concession envers le sempiternel aveuglement des autorités, la confrontation entre forces de l’ordre et scientifiques et une allégorie à peine déguisée de notre dépendance aux écrans et de l’émergence d’une forme d’intelligence artificielle qui pourrait imposer une pensée unique à des masses privée de leur libre arbitre. En 1978 Georges Romero dénonçait l’hyperconsommation avec Zombie, cinquante ans plus tard Sang-Ho Yeon pointe les dangers de l’hyper-connexion de nos sociétés modernes. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. 
En déroulant le compte à rebours macabre de la mort des principaux protagonistes, Sang-Ho Yeon fait preuve d’une noirceur assumée et n’épargne pas grand monde dans ce jeu de massacre où acte de bravoure et lâcheté ordinaire aboutissent souvent au même résultat. S’il reprend les bases d’un genre très balisé depuis les premiers infectés de 28 jours plus tard, Colony a le mérite d’explorer des thèmes nouveaux avec efficacité et un respect du genre qui force le respect.

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