Après avoir redynamisé le film d’infectés
avec un Dernier train pour Busan bien énervé, puis un Peninsula aux allures de
post-apo plus anecdotique, le réalisateur coréen Sang-Ho Yeon monte encore d’un
cran avec un concept nouveau, celui d’un lien psychique entre les contaminés
qui passent ainsi d’une somme d’individualités agressives à une communauté
organisée et évolutive.
Nourri de références aussi éclectiques que variées,
Colony paie son tribut à Die Hard avec son pitch d’attaque terroriste dans une
tour moderne en plein centre-ville, à Zombie lorsque les infectés déambulent
dans un centre commercial où se terrent les derniers survivants, mais également
aux jeux vidéo de tir à la première personne lors d’une séquence en mode FPS où
des militaires se font massacrer par caméra embarquée interposée sous les yeux ébahis
des politiciens terrés dans leur cellule de crise.
Si le film alterne scènes
intimistes, séquence d’action pure et effets gores, il n’en n’oublie pas moins sous
texte politique et une charge sans concession envers le sempiternel aveuglement
des autorités, la confrontation entre forces de l’ordre et scientifiques et une
allégorie à peine déguisée de notre dépendance aux écrans et de l’émergence d’une
forme d’intelligence artificielle qui pourrait imposer une pensée unique à des
masses privée de leur libre arbitre. En 1978 Georges Romero dénonçait l’hyperconsommation
avec Zombie, cinquante ans plus tard Sang-Ho Yeon pointe les dangers de l’hyper-connexion
de nos sociétés modernes. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se
transforme.
En déroulant le compte à rebours macabre de la mort des principaux
protagonistes, Sang-Ho Yeon fait preuve d’une noirceur assumée et n’épargne pas
grand monde dans ce jeu de massacre où acte de bravoure et lâcheté ordinaire aboutissent
souvent au même résultat. S’il reprend les bases d’un genre très balisé depuis
les premiers infectés de 28 jours plus tard, Colony a le mérite d’explorer des
thèmes nouveaux avec efficacité et un respect du genre qui force le respect.

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