samedi 20 juin 2026

Backrooms

Entre légende urbaine et phénomène YouTube qui devrait drainer dans les salles un public peut être pas tout à fait prêt pour une expérience aussi atypique de presque deux heures sur grand écran, Backrooms aurait pu se contenter de son statu de film concept familier des productions A24 et surfer sur une vague aussi porteuse qu’éphémère, vite vu vite oublié. 
La proposition artistique du jeune réalisateur Kane Parsons dont il faudra suivre de prés un parcours qui s’annonce d’ores et déjà prometteur n’en est que plus surprenante. 
En faisant preuve d’une direction artistique aussi originale qu’immersive, et en s’entourant de solides interprètes dont l’ultra charismatique actrice norvégienne Renate Reinsve révélée par Joachim Trier et le prolifique Chiwetel Ejiofor, Kane Parsons nous invite à un voyage exigeant, angoissant et dont on ne perçoit jamais vraiment l’aboutissement. 
Car Backrooms fait partie de ces films à tiroirs aux interprétations multiples qui posent davantage de questions qu’ils n’apportent de réponse. Cauchemar éveillé, expérience scientifique ou plongée dans la psyché tordue d’un esprit perturbé, le réalisateur sème quelques clefs tout au long de son long métrage sans jamais nous forcer la main mais avec l’intention assumée de se jouer des rouages de la psychanalyse moderne. 
A la manière d’Alice traversant le miroir, les différents protagonistes de Backrooms parcourent un monde parallèle et labyrinthique dont l’esthétique renvoie à des tableaux surréalistes (on pense notamment à Magritte ou Dali), un monde où rode une créature mortelle qui pourrait bien être l’incarnation de cet inconscient refoulé qui nous empêche d’exister pleinement. 
Jouant autant sur son ambiance visuelle que sonore avec ce bourdonnement électrique permanent dés que l’on pénètre dans ces fameuses backrooms, Kane Parsons construit sa propre mythologie avec des éléments certes ressassés (le found footage par exemple) mais une maitrise visuelle, une esthétique propre à lui et un refus de la facilité qui forcent le respect. Backrooms ne ressemble à rien de connu et c’est déjà suffisamment rare pour être souligné.

Aucun commentaire: