Entre légende urbaine et phénomène
YouTube qui devrait drainer dans les salles un public peut être pas tout à fait
prêt pour une expérience aussi atypique de presque deux heures sur grand écran,
Backrooms aurait pu se contenter de son statu de film concept familier des
productions A24 et surfer sur une vague aussi porteuse qu’éphémère, vite vu
vite oublié.
La proposition artistique du jeune réalisateur Kane Parsons dont
il faudra suivre de prés un parcours qui s’annonce d’ores et déjà prometteur n’en
est que plus surprenante.
En faisant preuve d’une direction artistique aussi
originale qu’immersive, et en s’entourant de solides interprètes dont l’ultra
charismatique actrice norvégienne Renate Reinsve révélée par Joachim Trier et
le prolifique Chiwetel Ejiofor, Kane Parsons nous invite à un voyage exigeant, angoissant
et dont on ne perçoit jamais vraiment l’aboutissement.
Car Backrooms fait
partie de ces films à tiroirs aux interprétations multiples qui posent
davantage de questions qu’ils n’apportent de réponse. Cauchemar éveillé,
expérience scientifique ou plongée dans la psyché tordue d’un esprit perturbé,
le réalisateur sème quelques clefs tout au long de son long métrage sans jamais
nous forcer la main mais avec l’intention assumée de se jouer des rouages de la
psychanalyse moderne.
A la manière d’Alice traversant le miroir, les différents
protagonistes de Backrooms parcourent un monde parallèle et labyrinthique dont
l’esthétique renvoie à des tableaux surréalistes (on pense notamment à Magritte
ou Dali), un monde où rode une créature mortelle qui pourrait bien être l’incarnation
de cet inconscient refoulé qui nous empêche d’exister pleinement.
Jouant autant
sur son ambiance visuelle que sonore avec ce bourdonnement électrique permanent
dés que l’on pénètre dans ces fameuses backrooms, Kane Parsons construit sa
propre mythologie avec des éléments certes ressassés (le found footage par
exemple) mais une maitrise visuelle, une esthétique propre à lui et un refus de
la facilité qui forcent le respect. Backrooms ne ressemble à rien de connu et c’est
déjà suffisamment rare pour être souligné.

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